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mercredi 7 janvier 2026

11.10 MON AVIS SUR LE FILM LA CRIME DE PHILIPPE LABRO (1983)

 


Vu le Film La Crime de Philippe Labro (1983) avec Claude Brasseur Jean Claude Brialy Gabrielle Lazure Jean Louis Trintignant Dayle Haddon Robert Hirsch Luc Antoine Diqueiro Jacques Dacqmine  

Un célèbre avocat d'affaires, Me Antoine d'Alins, est abattu de deux balles en plein Palais de justice. Le commissaire Martin Griffon (Claude Brasseur), de la brigade criminelle (« la crime »), est chargé de l'enquête et, après avoir longtemps hésité, collabore avec une journaliste, Sybille Berger (Gabrielle Lazure) tout en étant surveillé par le contrôleur de la police Jean-François Rambert (Jean-Claude Brialy), tandis que la maîtresse de Me Antoine d'Alins, Suzy Thomson (Dayle Haddon) est assassinée à son tour alors qu’elle allait faire des révélations à la journaliste. L’enquête mènera Martin Griffon dans les hautes sphères de l’État jusqu’au ministre des Transports (Jean-Louis Trintignant), beau-frère de Me Antoine d'Alins, qui voulait le soudoyer pour faire obtenir un marché public très important à l’homme d'affaires Avram Kazavian (Robert Hirsch). 

La Crime est un polar typique des années 80, période où le cinéma français adaptait à la chaîne des romans noirs, souvent avec de grandes ambitions et des résultats inégaux. Ici, le scénario est signé Jean-Patrick Manchette, référence du roman noir, et la promesse était alléchante. Sur le papier, tout y est : pouvoir, corruption, vengeance, police gangrenée jusqu’aux étages ministériels. 

Philippe Labro, loin de ses meilleures réussites de l’époque Belmondo, signe un film sombre, désabusé, mais aussi terriblement daté. Il tente une dénonciation des méthodes policières et politiques, du ministre aux simples flics, en passant par toute la faune de conseillers, d’arrivistes et de carriéristes. Sur ce terrain-là, Labro sait de quoi il parle, et on sent qu’il pense à quelqu’un… ou à plusieurs. 

Le problème, c’est que cette lucidité politique se heurte à un scénario bancal, miné par un nombre impressionnant d’invraisemblances. Le cœur du récit repose sur un conflit intime : un commissaire bourru, brutal, sans limites, campé par un Claude Brasseur fidèle à lui-même, découvre qu’un haut gradé – qui a en prime récupéré sa femme, parce que dans ce genre de film tout est toujours « logique » – est impliqué dans une affaire criminelle majeure. 

Brasseur est solide, rugueux, mais son personnage manque d’épaisseur. On est loin d’un Gabin : ici, l’autorité n’est jamais vraiment incarnée, seulement imposée. Le film aligne les figures de pouvoir comme des silhouettes, sans jamais leur donner une véritable chair dramatique. 

La mise en scène de Labro est propre, sombre, fonctionnelle, mais sans relief. Aucun plan ne marque durablement, aucun rythme ne s’impose. Le polar avance mécaniquement, sans tension réelle, sans mystère prenant, comme s’il déroulait un cahier des charges. 

Et c’est là que La Crime devient symptomatique : le film illustre le déclin du polar français de cette époque. Malgré le succès public, Delon, Belmondo, Brasseur et consorts finissaient par jouer à peu près le même film, avec les mêmes codes, les mêmes figures d’hommes fatigués, les mêmes combines morales. 

Revoir La Crime quarante ans plus tard n’a pas été une bonne idée. Ce qui pouvait sembler audacieux ou cynique à l’époque apparaît aujourd’hui vieilli, prévisible, parfois même un peu creux. Le film tient davantage comme témoignage d’une époque que comme véritable œuvre de cinéma. 

Un polar qui voulait mordre, mais qui se contente finalement de montrer les dents.

NOTE : 11.10

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