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jeudi 29 janvier 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM PEUR SUR LA VILLE DE HENRI VERNEUIL (1975)

 


Vu le Film Peur sur la Ville de Henri Verneuil (1975) avec Jean Paul Belmondo Charles Denner Léa Massari Rosy Varte Aldalebrto Maria Merli Jean Martin Catherine Morin Jacques Rispal Henri Jacques Huet Jean François Balmer 

Au dix-septième étage de la tour Les Poissons à Courbevoie, Nora Elmer (qui vient juste de perdre son mari) est réveillée par un coup de téléphone anonyme : un personnage mystérieux la menace de mort parce qu'elle a un amant qu'elle a continué à voir même après la mort de son mari. L'inconnu lui annonce qu'il va venir chez elle pour la tuer. Quand un homme sonne par erreur à sa porteelle prend peur, fait un malaise cardiaque et se tue en tombant de sa fenêtre. 

Le commissaire Letellier et son adjoint Moissac, de la brigade criminellesont chargés de l'enquête. Letellier se désintéresse de l'affaire lorsqu'il apprend que son vieil ennemi, le gangster Marcucci, est de retour en ville. Deux ans plus tôt, Letellier a poursuivi Marcucci après un braquage dans les rues d'Asnières-sur-Seine ; non seulement le gangster a réussi à s'enfuir maisen plus, l'un de ses collègues et un passant ont été tués dans la course-poursuite. À cause de ce double échec, Letellier a été viré de la brigade antigang pour être muté à la criminellece qu'il n'a jamais admis. 

Peur sur la Ville (1975), c’est Henri Verneuil qui sort l’artillerie lourde et met Paris en état d’alerte maximale. Un polar urbain sec, nerveuxanxiogène, qui tient autant du film de poursuite que du cauchemar collectif. Et au centre de tout çaBelmondonotre Bébel national, cassecou professionnel, corps en mouvement permanent, énergie brute, sourire bravache et sueur bien réelle. 

IciBébel ne joue pas au héros : il est le héros, commissaire Letellier, flic à l’ancienne, obstinécabosséhumain, qui court plus qu’il ne réfléchit… ou plutôt qui réfléchit en courant. La scène des toits des Galeries Lafayette, impossible dans la réalité mais inoubliable au cinéma, est un manifeste : Verneuil filme le vertige, le danger, le Paris d’en haut, et Belmondo y va sans doublurecomme toujoursMême chose dans le métromême chose sur le pont de Bir-Hakeimscène devenue mythique au point que la Ville de Paris a fini par rendre les armes et baptiser l’allée Jean-Paul-Belmondo en contrebas. Le cinéma qui laisse des traces dans la pierre. 

Mais Peur sur la Villece n’est pas qu’un Bébel en apesanteurC’est aussi — et surtout — le duo Belmondo / Charles Denner, déjà à l’œuvre dans L’Héritier. Denner, glaçantcérébralambiguapporte ce que Bébel n’a pas : le doute, la parole, l’analysepresque la culpabilité. Leur confrontation, parfois feutréeparfois électrique, est le vrai cœur du film. Qui tient l’autre ? Le flic qui agit ou celui qui comprend ? 

Le scénario joue avec la figure du serial killer à la française : pas un monstre hollywoodienmais un tueur méthodiqueperversomniprésent, qui laisse tellement d’indices qu’on a parfois l’impression d’une énigme des Castors Juniorssauf que les morts sont bien réelles. Cette surabondance de traces renforce paradoxalement l’angoisse : le tueur est partoutinsaisissablepresque abstraitune idée qui contamine la ville. 

Verneuil soigne son ambiance : Paris n’est plus une carte postalec’est un labyrinthe anxiogènebruyantnerveux la peur circule plus vite que les voitures. La mise en scène est tendueefficace, sans fioritures inutilesChaque poursuite est une mise en danger réellechaque plan respire le risque physique. 

Les actrices, trop souvent reléguées à l’arrière-plan dans les polars de l’époqueincarnent ici la vulnérabilité et la menace diffuse. Elles sont des cibles, des présences fragilesmais aussi des révélateurs de la monstruosité du tueurdont la dangerosité repose moins sur la violence graphique que sur la répétition et la froideur. 

Peur sur la Ville, c’est un film qui vieillit bien parce qu’il ne triche pas. Il transpire l’époque, la ville, la peur, le corps de Bébel mis en jeu comme un dernier rempart. Et quand on a travaillé aux Galeries Lafayette comme moi , quand on vit près du pont de Bir-Hakeim, comme ma pomme le film ne se regarde plus : il se superpose au réel, scène après scène, comme un souvenir parasite. 

Alors ouimontons sur les toits de Paris. Essayons, je dis bien essayons, de suivre Belmondo. Mais une chose est sûre : lui sera déjà arrivé avant nous.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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