Vu le film La Maison Assassinée de Georges Lautner (1988) avec Patrick Bruel Anne Brocjhet Agnès Blanchot Ingrid Held Yann Colette Roger Jendly Jean Pierre Sentier Christian Barbier Maria Meriko Martine Sarcey Jenny Clève et Yves Vincent
1896, dans les hautes terres sauvages de la Haute-Provence, la famille Monge est sauvagement assassinée par trois inconnus en pleine nuit. Nourrisson seul survivant de ce massacre, Séraphin Monge revient sur les lieux vingt-cinq ans plus tard, à sa démobilisation après la fin de la Grande Guerre. L'image de sa mère morte en essayant de l'atteindre une dernière fois le hante. Il entreprend de détruire sa maison pour retrouver la paix, tout en cherchant à identifier les meurtriers pour venger sa mère. À sa grande surprise, un inconnu le devance sur le chemin de sa vengeance et massacre tous ceux qui semblent posséder une partie du puzzle de la sombre histoire des Monge.
La Maison assassinée est un polar signé Georges Lautner, adapté du roman de Pierre Magnan. Sur le papier, tous les ingrédients semblaient réunis pour un grand film noir rural : une maison brûlée, un massacre familial, un survivant qui revient des années plus tard, des silences lourds, la terre, les regards, la vengeance en sourdine. Mais voilà, on est face à un Lautner sans baffes, sans mitraillette verbale, sans punchlines d’Audiard. Un Lautner en costume du dimanche, propre sur lui, presque trop sage.
Ici, Lautner range les flingues et sort la nappe blanche. Il vise le feutré, l’intériorité, une atmosphère à la Didier Van Cauwelaert, mais sans en maîtriser la musique intime. Or sans ces ingrédients, le plat ne passe pas. Le réalisateur semble vouloir se réinventer, quitter le polar populaire pour quelque chose de plus grave, de plus terrien, mais il y perd son mordant. Et sans mordant, un polar s’émousse vite.
Pourtant, les polars dans le monde paysan, on sait faire. Le Retour de Martin Guerre, Les Grandes Brûlées, L’Affaire Dominici ont prouvé que la campagne pouvait être un terrain de tragédie aussi puissant que les bas-fonds urbains. Ici, malheureusement, la terre colle aux bottes mais n’englue jamais vraiment le spectateur. On s’enfonce dans les champs sans jamais toucher le cœur du drame. À tel point que je me suis ennuyé grave, au point d’éplucher des légumes pour ma soupe pendant le film — ce qui, avouons-le, n’est jamais bon signe pour un polar censé tenir en haleine.
La mise en scène est appliquée, sérieuse, presque scolaire. Lautner filme la campagne comme un décor figé, théâtral, où même le vent du soir ne parvient pas à briser mon amertume. Tout est trop posé, trop propre, trop respectueux du texte original. Il manque la sueur, la boue, l’odeur de la peur. Le drame reste à distance, comme observé derrière une vitre.
L’interprétation, elle aussi, souffre de cette raideur. Très théâtrale, parfois empesée, elle donne l’impression que les acteurs déclament plus qu’ils ne vivent. Le principal problème reste le choix de confier les clés du film au jeune Patrick Bruel. On lui demande de porter le poids du passé, de la vengeance, du traumatisme, alors qu’il n’a tout simplement pas les épaules. Ni à l’époque, ni depuis d’ailleurs. Son personnage devrait être hanté, habité, rongé de l’intérieur ; il reste lisse, extérieur, presque transparent. Un héros sans mystère dans un film qui en aurait eu cruellement besoin.
Autour de lui, les personnages secondaires existent, mais trop brièvement, comme des silhouettes dans la brume. Les fausses pistes s’accumulent, les faux coupables se succèdent, le vrai coupable arrive noyé dans le pot de lait déjà plein à ras bord. À force de vouloir brouiller les cartes, le scénario finit par perdre son impact. Le suspense s’étire, se dilue, et la tension retombe avant même d’avoir réellement décollé.
Ce polar méditerranéen aurait pu me captiver. Il avait le cadre, le drame, l’histoire. Mais au lieu de creuser, il s’enlise. Au lieu de mordre, il caresse. Au lieu d’empoigner, il observe. Lautner tente autre chose, c’est respectable, mais ici la greffe ne prend pas. Sans sa verve habituelle, sans la violence sèche ni la langue qui claque, La Maison assassinée reste un film honorable, mais terriblement inoffensif. Un polar qui sent la terre… mais qui n’en sort jamais vraiment.
A noter la présence de l’acteur Yves Vincent (Les Gendarmes, Hibernatus) dans un petit rôle de juge d’Instruction)
NOTE : 9.50
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Georges Lautner, assisté de Dominique Brunner
- Scénario : Jacky Cukier et Georges Lautner, d'après le roman du même nom de Pierre Magnan
- Dialogues : Didier van Cauwelaert
- Production : Alain Poiré
- Société de production : Gaumont
- Musique : Philippe Sarde
- Photographie : Yves Rodallec
- Montage : Michelle David
- Décors : Jacques Dugied
- Patrick Bruel : Séraphin Monge
- Anne Brochet : Marie Dormeur
- Agnès Blanchot : Rose Pujol
- Ingrid Held : Charmaine Dupin
- Yann Collette : Patrice Dupin
- Jean-Pierre Sentier : Célestat Dormeur
- Roger Jendly : Zorme
- Christian Barbier : Brigue
- Martine Sarcey : Clorinde Dormeur
- Maria Meriko : la Tricanote
- Claude Evrard : Gaspard Dupin
- André Rouyer : Didon Pujol
- Gérard Caillaud : le compagnon à 42 ans
- Jenny Clève : la Grenadière, servante des Dupin
- Yves Vincent : le juge
- Jean-Claude Bourbault : Félicien Monge
- Vincent Vittoz : le compagnon à 18 ans
- Laurent Gendron : le simplet
- Anik Belaubre : la mère Dupin
- Michelle Bonnet : Thérèse Pujol
- Alice Lautner : Marcelle Pujol
- Jean-Luc Porraz : le notaire

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