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vendredi 23 janvier 2026

15.10 - MON AVIS SUR LE FILM LE CID DE ANTHONY MANN (-1961)

 


Vu le Film Le Cid de Anthony Mann (1961) avec Charlton Heston Sophia Loren Geneviève Page Raf Vallone  John Fraser Gary Raymond Hurd Hatfield Michael Hordem Douglas Wilmer Herbert Lom 

Au cours du voyage qui doit le ramener chez lui pour se marier avec la belle Chimène, Rodrigue capture quelques chefs maures qui, à l’appel du sanguinaire et sournois Ben Youssouf, tyrannisent la péninsule espagnole. Rodrigue conduit les prisonniers chez son père, qui laisse cependant à son fils le soin de décider de leur sort. Rodrigue leur rend la liberté à la condition qu’ils ne fassent plus la guerre à l’Espagne et aux terres du roi Ferdinand. C’est alors qu’un des chefs maures (Mutaman) le fait entrer dans l’histoire en lui donnant comme surnom Le Cid (mon Seigneur) pour le remercier de sa clémence. 

« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. » 
Voilà une phrase qui résume à elle seule l’ampleur du défi. Adapter Le Cid de Corneille (non, pas le chanteur, ni l’oiseau…) est déjà une gageure au théâtre, alors au cinéma, le pari devient presque insensé. 

Anthony Mann s’y colle pourtant en 1961, avec les armes qui sont les siennes : le grand spectacle, l’ampleur des décors, le souffle épique. Mann n’est pas un metteur en scène de théâtre filmé, ni un styliste du verbe. C’est un cinéaste de l’action, des hommes en lutte, des conflits de pouvoir et des destins plus grands que nature. 

On retrouve donc Rodrigue, dit Le Cid, incarné par un Charlton Heston impérial, massif, droit comme une statue antique. Heston impose une autorité naturelle, une présence physique qui fait oublier parfois la complexité morale du personnage, mais qui sert parfaitement la vision héroïque du film. Face à lui, Sophia Loren en Chimène apporte une noblesse tragique et une intensité émotionnelle indéniable, même si le personnage perd en subtilité ce qu’il gagne en passion. 

Le film s’éloigne clairement de la rigueur du texte de Corneille. Mann transforme la tragédie classique en un vaste film d’aventures médiévales, peuplé de Maures, de chevaliers, de complots et de batailles rangées. Les luttes intérieures deviennent des luttes de territoire, les dilemmes moraux se traduisent par l’épée et le fracas des armures. 

La mise en scène est spectaculaire : costumes somptueux, décors grandioses, batailles impressionnantes pour l’époque. Mann sait filmer les foules, les charges, les affrontements avec un sens du rythme et de l’espace remarquable. Le scénario privilégie l’efficacité dramatique à la fidélité littéraire, et assume pleinement cette orientation. 

Est-ce respectueux de l’univers de Corneille ? Pas vraiment. 
Est-ce efficace au cinéma ? Absolument. 

Le Cid version Mann est moins une adaptation fidèle qu’une réinterprétation hollywoodienne, pensée pour séduire le spectateur, lui en mettre plein la vue et transformer la tragédie en fresque héroïque. Et dans cette logique, le contrat est rempli. 

On peut regretter la perte de la langue, de la finesse psychologique, de la tension verbale. Mais on ne peut nier le plaisir du spectacle. Le spectateur en a pour son argent, porté par des acteurs charismatiques, une mise en scène ample et un souffle épique sincère. 

Un film peut-être infidèle au texte, mais fidèle à une certaine idée du cinéma spectaculaire. Et parfois, vaincre sans péril… c’est aussi prendre le risque de trahir pour mieux divertir. 

NOTE : 15.10

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