Vu le Film Les Pétroleuses de Christian-Jaque (1971) avec Brigitte Bardot Claudia Cardinale Micheline Presle Georges Beller Patrick Préjean Michael J;Pollard Patty Shepard
Louise et ses quatre sœurs forment une bande de hors-la-loi. Après une énième attaque de train, elles décident de prendre leur retraite après avoir découvert dans leur butin le titre de propriété d'un ranch, Little P. Mais une fois arrivées, elle se heurtent à l'hostilité de Maria Sarrazin, qui a découvert que le ranch en question était pétrolifère et qui veut se l'approprier.
Sur le papier, Les Pétroleuses avait tout pour faire jaillir l’or noir du divertissement populaire : Christian-Jaque à la mise en scène, Brigitte Bardot en hors-la-loi glamour, Claudia Cardinale en rivale incendiaire, Micheline Presle en figure d’autorité, et une coproduction franco-italo-hispano-britannique tant il fallait de bras pour tenter de sauver le navire. Mais malgré tout cela — et même à cause de tout cela — le film s’enlise dans une nullité sans nom.
L’histoire se veut celle de deux femmes à la tête de bandes rivales, lancées dans une course absurde au pétrole au cœur d’un Ouest américain de pacotille. Un western féminin avant l’heure, presque subversif sur le principe. Sauf que le pétrole, lui, peut jaillir ; les bonnes idées, jamais. Le scénario est un désert plus aride que les décors censés représenter l’Arizona, où l’on croise sans sourciller un accent de la Canebière perdu en plein Far West. À ce niveau-là, ce n’est plus un anachronisme, c’est un sketch involontaire.
La mise en scène de Christian-Jaque, pourtant vétéran du cinéma populaire, est ici totalement apathique. Aucun souffle, aucun rythme, aucun sens du burlesque ou de l’aventure. Tout est plat, mou, mal découpé. La photographie est blafarde, sans relief, comme si même la pellicule s’ennuyait. Quant au montage, il achève de donner au film des allures de série B de mauvais goût, voire franchement Z.
Et quel gâchis côté acteurs. Brigitte Bardot, pourtant icône absolue, semble errer dans le film sans direction, réduite à une succession de poses et de décolletés — eh oui, on est en 1971. Claudia Cardinale, immense actrice, paraît tout aussi perdue, mal servie par des dialogues indigents. Micheline Presle traverse l’histoire avec une dignité presque déplacée tant le matériau est pauvre. Tout le monde joue mal, sans exception, comme contaminé par l’absurdité générale.
Le doublage est, lui, sidérant. Étonnant au point de faire penser à une séance dans une salle X de quartier — et je n’exagère même pas. Les voix ne collent jamais aux corps, aux intentions, aux situations, renforçant cette impression permanente de faux, de bricolé, d’artificiel.
Reste un plaisir coupable : apercevoir Jean Lefebvre et Raymond Bussières, ou encore Préjean et Béller, dans ce grand n’importe quoi. Ils semblent sortis d’un autre film, d’un autre monde, et leur présence amuse presque malgré soi.
Les Pétroleuses est donc un western au goût prononcé de nanar français, un objet étrange où l’affiche est plus réussie que le film, où le titre promet plus que le contenu, et où l’ambition féministe supposée se noie dans le ridicule. À oublier vite. Très vite. Une curiosité, certes, mais surtout un immense gâchis de talents.
NOTE : 6.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Christian-Jaque, assisté de Jean Couturier
- Scénario : Marie-Ange Aniex, Daniel Boulanger, Clément Bywood et Jean Nemours, d'après une histoire d'Eduardo Manzanos Brochero
- Musique : Francis Lai
- Photographie : Henri Persin
- Montage : Nicole Gauduchon
- Décors : Fabio Rinaudi
- Costumes : Rosine Delamare
- Affiches : Jacques Vaissier (France), Enzo Nistri (Italie)
- Production : Francis Cosne, Raymond Erger
- Sociétés de production : Société Nouvelle de Cinématographie (SNC), Copercines (Madrid), Films EGE (Paris), Francos Films, Hemdale Group, Vides Cinematografica (Rome)
- Société de distribution : Société Nouvelle de Cinématographie (SNC)
- Brigitte Bardot : Louise / « Frenchie King »
- Claudia Cardinale : Maria Sarrazin
- Michael J. Pollard : le shérif
- Patty Shepard : Petite-Pluie
- Micheline Presle : Tante Amélie
- Henri Czarniak : Doc Miller
- Georges Beller : Marc
- Teresa Gimpera : Caroline
- Emma Cohen : Virginie
- Patrick Préjean : Luc
- Riccardo Salvino : Jean
- Valéry Inkijinoff : Spitting Bull
- Denise Provence : Mme Letellier
- Leroy Haynes : Marquis
- Jacques Jouanneau : M. Letellier
- Raoul Delfosse : Le Cornac
- France Dougnac : Elisabeth

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire