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dimanche 25 janvier 2026

14.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE MONOCLE RIT JAUNE DE GEORGES LAUTNER (1964)


 Vu Le Monocle Rit Jaune de Georges Lautner (1964) avec Paul Meurisse Robert Dalban Marcel Dalio Barbara Steele Lino Ventura Pierre Richard Henri Nasset Edward Meeks Noel Roquevert Olivier Despax  

Le commandant Dromard alias « le Monocle » est chargé par les services secrets français d'enquêter sur des attentats qui visent le personnel et les installations de la recherche atomique mondiale. Chef de Dromard, le Colonel lui désigne deux suspects; un homme, un certain Bergourian et une femme. Accompagné du sergent Poussin, l'enquêteur surveille un suspect en prenant le bateau vers Hong KongBergourian est assassiné dès sa descente du bateau. 

Troisième et dernier volet de la trilogie des MonoclesLe Monocle rit jaune est la preuve éclatante — s’il en fallait une — que les OSS 117 version Dujardin n’ont strictement rien inventé. L’absurde, le vrai, l’élégant, le pince-sans-rire, il est là, dès la première bobine et jusqu’au carton final. Et il porte un monocle. 

Lautner lâche son Commandant Dromard à Hong-Kong, décor exotique mais jamais carte postale, qu’il filme comme un terrain de jeu pour espions décalés. L’intrigue est biscornue, volontiers emberlificotée, mais toujours lisible, avec ces rebondissements qui font le sel d’un cinéma populaire intelligent, où l’on ne prend pas le spectateur pour un idiot — juste pour un complice. 

Au centre de tout : Paul Meurisse, flegmatique impérial, zen avant l’heure, qui compose ici un personnage appelé à marquer durablement sa carrière. Dromard n’est pas un héros bodybuildé, c’est une silhouette, une diction, un regard. Il tire moins vite que son ombre, mais pense plus vite que les autres. Un art perdu. Meurisse, c’est la classe qui n’appuie jamais, l’ironie sans clin d’œil, le sérieux qui rend l’absurde encore plus drôle. 

Clin d’œil savoureux de l’histoire du cinéma français : Meurisse fera un caméo dans Les Tontons flingueurs, rendant l’appareil à Lino Ventura, lui-même venu faire un tour de piste sous le nom de Fernand Naudin (CQFD). Le cinéma de Lautner est aussi un jeu de miroirs, une famille qui se reconnaît. 

Bien sûr, les dialogues et certaines situations donneraient aujourd’hui des boutons aux plus chatouilleux. Mais un Monocle qui ne gratte pas, ce n’est pas un Monocle. Ça tape, ça flingue, mais surtout ça cause. Et quand ça cause, c’est du tonnerre. Michel Audiard n’est jamais loin dans l’esprit, même quand il n’est pas au générique. 

Mention spéciale à l’hommage aussi inattendu que délicieusement saugrenu à West Side Story, et à ce moment suspendu où Meurisse et Dalio entonnent Je veux revoir ma Normandie. Dalio, éternel passeur, chantera la même rengaine plus tard dans Rabbi Jacob. Le cinéma français adore ses ritournelles, et Lautner sait les faire résonner. 

La mise en scène est souple, jamais tape-à-l’œil. Lautner laisse batifoler ses acteurs, installe un humour bon-enfant qui enrobe les scènes sans jamais tuer le suspense. On sourit, on s’amuse, mais on reste accroché. Une comédie légère, oui, mais jamais légère au sens vide. 

Reste ce regret : la brouille entre Lautner et Meurisse, qui mettra fin à une collaboration aussi évidente qu’élégante. Dommage. Certains tandems étaient faits pour durer. 

Le Monocle rit jaune, c’est ça : un film qui tape, qui flingue, qui chante, qui ironise, et qui nous rappelle qu’il y avait déjà, dans les années 60, un art consommé de l’absurde chic. Un cinéma qui n’avait pas besoin de cligner de l’œil pour être drôle. 🎬👓 

NOTE : 14.20

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