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jeudi 29 janvier 2026

16.30 - MON AVIS SUR LE FILM NUREMBERG DE JAMES VAN DERBILT (2026)

 


Vu le Film Nuremberg de James Van DerBilt (2026) avec Russel Crown Rami Malek Léo Woodall John Slattery Mark O’Brien Richard E.Grant Michael Shannon Colin Hanks Peter Jordan 

En 1945, le psychiatre Douglas Kelley — également officier des services de renseignement américains — est chargé d'interroger des prisonniers nazis pour déterminer s'ils sont aptes à être jugés au procès de Nuremberg. Il va particulièrement s'opposer à Hermann Göring, l'ancien « bras droit » d'Adolf Hitler 

Nuremberg de James Vanderbilt, adapté du roman Le Nazi et le Psychiatre de Jack El-Hai, s’écarte intelligemment du simple film de procès pour explorer une zone bien plus trouble : celle de la psyché des criminels nazis et de ceux chargés de les comprendre. Le film raconte comment le psychiatre américain Douglas Kelley est mandaté par l’état-major américain afin d’évaluer les risques de suicide chez les accusés du régime nazi avant leur comparution, mais aussi — implicitement — pour percer leurs mécanismes de déni et de manipulation. 

Face à lui, Hermann Göring, ancien bras droit d’Hitler, se révèle un adversaire redoutable. S’engage alors un véritable jeu du chat et de la souris, un duel intellectuel glaçant entre deux manipulateurs, dont l’un a fait du mal une idéologie et l’autre de la compréhension un métier. Le film interroge frontalement jusqu’où l’on peut aller dans la compromission morale pour « comprendre » : Kelley s’immisce dans l’intimité de Göring, rencontre sa femme, ses enfants, observe cet homme capable d’apparaître aimable, affable, presque protecteur — masque terrifiant d’un mal qui se donne des airs de normalité. 

Russell Crowe est tout simplement magistral : son Göring est charmant, sûr de lui, d’une intelligence stratégique redoutable, et d’autant plus effrayant qu’il ne hausse jamais la voix. Il incarne parfaitement cette idée essentielle du film : le mal ne se présente pas toujours sous un visage monstrueux, il sait séduire, rassurer, se rendre fréquentable. Face à lui, Rami Malek, plus en retrait, peine parfois à imposer une épaisseur équivalente, même si son effacement peut aussi se lire comme celui d’un homme peu à peu happé par ce qu’il observe. 

Il faut également saluer les rôles secondaires, loin d’être anecdotiques. Leo Woodall incarne un jeune officier américain dont le parcours, en apparence modeste, devient l’un des plus justes baromètres moraux du film. Témoin direct des accusés, des preuves et des images des camps, son personnage traverse une véritable initiation au réel : celle d’une génération qui découvre que la barbarie peut se dissimuler derrière des discours policés et des attitudes courtoises. Son regard évolue, se durcit, et donne au film une respiration humaine, presque candide au départ, profondément marquée à l’arrivée. 

À l’inverse, Michael Shannon, impérial comme toujours, apporte une gravité institutionnelle au récit. Son personnage incarne l’autorité américaine, pragmatique, inflexible, parfois brutale dans sa lucidité. Il ne cherche ni à comprendre ni à séduire, mais à faire avancer la machine judiciaire. Shannon joue cette raideur morale avec une économie remarquable, donnant au film une colonne vertébrale éthique : face aux jeux psychologiques de Göring et aux doutes de Kelley, il représente la nécessité de la loi, froide, imparfaite, mais indispensable. 

Ces deux trajectoires parallèles — l’innocence qui se fissure et l’autorité qui tient bon — enrichissent considérablement Nuremberg, en l’ancrant non seulement dans l’Histoire, mais dans ses effets concrets sur ceux qui y participent. Le film ne montre pas seulement le procès des criminels nazis, il expose aussi ce que ce procès fait aux vivants. 

Le procès de Nuremberg, passionnant, dépasse ici sa simple dimension judiciaire. Vanderbilt y intègre des images des camps, rappelant brutalement ce que les mots et les postures tentent parfois de masquer. Le film trouble, dérange, et refuse toute facilité spectaculaire : il montre comment l’Histoire se joue aussi dans les regards, les silences et les stratégies psychologiques. 

Film de procès, film de mémoire, Nuremberg est surtout un film d’avertissement. Dans son déroulement, tout résonne puissamment avec notre époque, alors que des conflits ressurgissent aux portes de l’Europe et que les discours de justification, de banalisation et de séduction refont surface. Le destin tragique de Kelley — spécialiste du suicide incapable d’échapper au sien — ajoute une dimension presque métaphysique au récit : à force de sonder le mal, on risque d’y laisser une part de soi. 

Un grand film sérieux, dérangeant, qui articule avec force l’Histoire et ses conséquences, et rappelle que comprendre n’est jamais excuser — mais que ne pas comprendre expose à la répétition. 

NOTE : 16.30

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