Vu le Film Les Tontons Flingueurs de Georges Lautner (1963) avec Lino Ventura Bernard Blier Jean Lefebvre Francis Blanche Horst Frank Venantino Venantini Jacques Dumesnil Robert Dalban Claude Rich Sabin Sinjen Mac Ronay Paul Meurisse Henri Cogan Georges Nojaroff Paul Mercey Beatrice Delfe
Le personnage récurrent de la trilogie littéraire d'Albert Simonin, « Max le Menteur » devient, dans le scénario, Fernand Naudin, un ex-truand, relégué depuis près de quinze ans à Montauban pour de sombres histoires de démélés avec la police de la région parisienne, et reconverti dans le négoce de matériel agricole et de terrassement. Le film s'ouvre sur son départ en pleine nuit pour Paris et donne tout de suite le ton : une parodie des films noirs américains, où l'humour sculpte l'ensemble des dialogues.
Les Tontons Flingueurs de Georges Lautner, c’est ce genre de film qu’on croit connaître par cœur avant même de l’avoir revu… et qui, pourtant, continue de faire mouche à chaque passage télé ou soirée DVD. Un classique populaire, oui, mais surtout un monument de dialogues, un feu d’artifice verbal signé Michel Audiard, où chaque phrase pourrait être encadrée, tatouée ou gravée sur une bouteille de gnôle maison.
L’histoire est simple, presque un prétexte : Fernand Naudin (Lino Ventura), ancien truand rangé des voitures, se retrouve propulsé tuteur d’une jeune fille, Patricia, et héritier d’un business louche à la mort d’un vieux copain. Évidemment, le milieu ne l’entend pas de cette oreille, et les “tontons” débarquent, flingues sous le manteau et réparties assassines en bandoulière. Mais on s’en fout presque de l’intrigue, tant le plaisir est ailleurs.
Car ici, le vrai moteur du film, ce sont les dialogues. Audiard aligne les punchlines comme d’autres alignent les balles, avec silencieux certes, mais aucun bruit inutile : ça claque, ça fuse, ça déglingue. De la pomme, de la betterave, du brutal, du poétique, du nonsense génial. “Mais moi, les dingues qui écrivent des trucs comme ça, je les soigne.” Et heureusement qu’on ne l’a pas fait.
La mise en scène de Lautner, souvent sous-estimée, est d’une efficacité redoutable. Il sait exactement quand laisser parler les acteurs, quand poser sa caméra et surtout quand ne pas en faire trop. Le rythme est dingue, sans gras, sans temps mort. Chaque scène est une mécanique bien huilée au service du texte et des comédiens.
Et quels comédiens. Ventura, qui ne se voyait pas en comédie, livre l’un de ses rôles les plus mythiques, avec ce sérieux imperturbable qui rend chaque absurdité encore plus drôle. Bernard Blier en mafieux alcoolisé qui se prend des bourres pifs est une bénédiction. Francis Blanche et Jean Lefebvre défouraillent verbalement à tout va. Robert Dalban, Claude Rich, chacun apporte sa pierre à cet édifice absurde et génial.
Ce qui est savoureux, c’est de savoir que le film fut compliqué à monter : Gaumont n’en voulait pas, Ventura doutait, Lautner et Veber n’étaient pas en lune de miel. Comme quoi, ce sont souvent les films faits dans la douleur qui deviennent éternels.
“C’est curieux, chez les critiqueurs comme moi, ce besoin de faire des phrases !” Et pourtant, impossible de résister. Les Tontons Flingueurs, c’est plus qu’un film : c’est un patrimoine oral, un recueil de citations vivantes, un plaisir intact. “Les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.” Et moi le premier. Les tontons resteront éternels. On les reverra encore. Et encore. Et encore.
Les Tontons reste éternel et on le reverra encore et encore.
NOTE ; 16.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Georges Lautner
- Assistants-réalisateurs : Albert Kantoff et Claude Vital
- Scénario : Albert Simonin et Georges Lautner[], d'après le roman Grisbi or not grisbi, d'Albert Simonin
- Dialogues : Michel Audiard et Georges Lautner
- Production : Robert Sussfeld et Irenée Leriche
- Producteur exécutif : Alain Poiré
- Photographie : Maurice Fellous
- Opérateurs : Georges Pastier et Yves Rodallec
- Son : Antoine Archimbaud
- Preneur de son : Daniel Brisseau
- Montage : Michelle David
- Direction artistique : Jean Mandaroux assisté de Jacques d'Ovidio
- Accessoiriste : Jacques Martin
- Photographie de plateau : Jean-Louis Castelli
- Musique : Michel Magne[]
- Orchestrations et arrangements musicaux : Bernard Gérard
- Pays de production :
France,
Allemagne de l'Ouest,
Italie - Langue : français, allemand, anglais
- Sociétés de production : Société nouvelle des établissements Gaumont (France), Corona Filmproduktion GmbH (Allemagne), Ultra Film et Sicilia Cinematografica (Italie)[]
- Sociétés de distribution : Gaumont Distribution
France
- Lino Ventura : Fernand Naudin
- Bernard Blier : Raoul Volfoni, « gérant » de la salle de jeux
- Francis Blanche : Me Folace, le notaire du Mexicain
- Sabine Sinjen (doublage en français par Valérie Lagrange mais incertain[) : Patricia, la fille du Mexicain
- Claude Rich : Antoine Delafoy, le petit ami de Patricia
- Robert Dalban : Jean, le majordome
- Jean Lefebvre : Paul Volfoni, le frère de Raoul
- Horst Frank : Theo, « gérant » de la distillerie
- Venantino Venantini (VF : Charles Millot[]) : Pascal, l’homme de main du Mexicain
- Mac Ronay (VF : André Weber[) : Bastien, le cousin germain de Pascal
- Charles Régnier (VF : Michel Duplaix[]) : Tomate, « gérant » de la roulette clandestine
- Pierre Bertin : Adolphe Amédée Delafoy, le père d'Antoine, du Fonds monétaire international
- Jacques Dumesnil : Louis, dit « le Mexicain »
- Paul Mercey : Henri, « gérant » du bowling
- Dominique Davray : Mme Mado, « gérante » de la maison close
- Henri Cogan : Freddy
- Georges Nojaroff : Vincent
- Yves Arcanel : le contremaître du dépôt de Montauban
- Charles Lavialle : le chauffeur de taxi
- Philippe Castelli : le tailleur
- Anne Marescot : l'amie de Patricia qui se fait rabrouer par Me Folace
Acteurs non crédités :
- Marcel Bernier : Léon
- Jean-Pierre Moutier : le jeune homme invité en retard
- Jean Luisi : le tueur au pistolet-mitrailleur
- Jean-Louis Castelli : le photographe du mariage (caméo : il est le photographe de plateau)
- Béatrice Delfe : une invitée de Patricia
- Jean-Michel Derot : un invité de Patricia
- Françoise Borio : une invitée de Patricia
- Paul Meurisse : le commandant Théobald Dromard dit « le Monocle », le passant distingué

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