Vu le Film Cris et Chuchotements de Ingmar Bergman (1972) avec Harriet Anderson Liv Ullman Ingrid Thulin Kari Sylwan Erland Josephson Henning Moritzen Georg Arlin Anders Erk
À la fin du xixe siècle, Agnès (Harriet Andersson) se meurt d'un cancer dans le manoir familial entouré d'un immense parc au bord d'un lac. Ses deux sœurs, Karin (Ingrid Thulin) et Maria (Liv Ullmann), sont venues l'assister dans ses derniers jours, mais seule la chambrière Anna (Kari Sylwan) — qui des années avant a perdu sa petite fille — parvient à l'aider et à l'aimer. Karin, l'aînée, froide, impatiente et phobique, est mariée à un homme rigide qu'elle n’aime pas. Un soir à table elle lui dit ouvertement le haïr.
Que ne faut-il pas faire pour relever un défi… regarder Cris et Chuchotements d’Ingmar Bergman en fait clairement partie. Qu’on se mette d’accord tout de suite : non, les films de Bergman ne sont pas moches. Ils sont même souvent magnifiques. Mais alors, qu’est-ce qu’ils peuvent être terriblement ennuyeux. Et ici, en plus d’être ennuyeux, c’est plombant, dépressif et parfois franchement sadique.
Bergman nous enferme dans une grande maison bourgeoise, hors du temps, où quatre femmes cohabitent : trois sœurs — Agnès, Karin et Maria — et une bonne, Anna. Agnès agonise lentement, rongée par la maladie, pendant que les autres tournent autour d’elle, incapables d’aimer correctement, de parler franchement ou simplement de se comporter comme des êtres humains décents. Les cris, ce sont ceux de la douleur. Les chuchotements, ceux de la lâcheté.
Chaque sœur est un cas clinique. Karin, froide, rigide, mariée à un homme qu’elle méprise au point d’aller jusqu’à une scène de mutilation glaçante — Bergman ne fait jamais dans la dentelle. Maria, faussement lumineuse, est une manipulatrice narcissique qui détruit tout ce qu’elle touche, y compris son mari. Agnès, la mourante, semble presque la plus vivante dans sa souffrance. Quant à Anna, la servante, elle est la seule à faire preuve d’une vraie humanité, d’une vraie compassion — logique : elle est pauvre, donc elle aime. Bergman adore ce genre de symbolique.
Film féministe avant l’heure ? Ou film profondément patriarcal qui montre surtout que les femmes sont des problèmes ambulants, incapables de s’aimer entre elles et encore moins d’aimer les hommes ? Ce n’est pas moi qui le dis : c’est Bergman qui le montre, image après image, silence après silence. Les hommes sont absents ou impuissants, mais les femmes se déchirent avec une cruauté presque clinique.
La mise en scène est d’une rigidité absolue. Tout est cadré, contrôlé, figé. Le rouge omniprésent — murs, rideaux, fond de plan — symbolise le sang, l’utérus, la mort, la souffrance… on a compris Ingmar, merci. La photographie de Sven Nykvist est somptueuse, vraiment. Chaque plan pourrait être encadré et accroché dans un musée. Mais voilà : c’est beau comme un faire-part de décès.
Heureusement, les actrices sont au sommet. Harriet Andersson est bouleversante en Agnès, Liv Ullmann impressionne par son ambiguïté, Ingrid Thulin glace le sang par sa dureté, et Kari Sylwan apporte une douceur presque insupportable tant elle contraste avec le reste. Elles portent le film à bout de bras, voire sur le dos.
Cris et Chuchotements parle de la jalousie, de la putainerie morale, de la peur de la mort, de l’incapacité à aimer. Des thèmes passionnants, certes, mais traités avec une telle lourdeur qu’ils plombent littéralement la soirée. C’est un film important, un film majeur, un film admirable… mais aussi un film qui donne envie de vérifier si on a encore un pouls à la fin.
Un grand Bergman, sans doute. Un grand moment de cinéma, peut-être. Mais surtout un bel objet, sublime et profondément ennuyeux, qui vous murmure à l’oreille que la vie est courte, la mort inévitable, et que la famille est souvent une prison. À voir pour la culture. À encaisser pour le moral.
NOTE : 12.50
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Ingmar Bergman
- Scénario et dialogues : Ingmar Bergman
- Producteur : Lars-Owe Carlberg
- Sociétés de production : Cinematograph, Svenska Film Institute
- Photographie : Sven Nykvist
- Musique : la Mazurka Op. 17 n° 4 de Frédéric Chopin interprétée par Käbi Laretei et la Sarabande de la cinquième suite pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach interprété par Pierre Fournier
- Montage : Siv Lundgren
- Costumes et décors : Marik Vos-Lundh
- Pays de production :
Suède
- Harriet Andersson : Agnès
- Kari Sylwan : Anna la servante
- Ingrid Thulin : Karin
- Liv Ullmann : Maria (et aussi sa propre mère)
- Erland Josephson : David (le médecin)
- Henning Moritzen (en) : Joakim (le mari de Maria)
- Georg Årlin (en) : Fredrik (le mari de Karin)
- Anders Ek : Isak (le pasteur)
- Inga Jill : tante Olga (la narratrice)
- Rosanna Mariano : Agnès enfant
- Monika Priede : Karin enfant
- Lena Bergman : Maria enfant
- Malin Gjörup : la fille d'Anna
- Linn Ullmann : la fille de Maria

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