Pages

mardi 27 janvier 2026

8.10 - MON AVIS SUR LE FILM DALLOWAY DE YANN GOZLAN (2025)


 Vu le Film Dalloway de Yann Gozlan (2025) avec Cécile de France Anna Mouglalis Lars Mikklesen Mylène Farmer Freya Mayor Frédéric Pierrot 

En 2028, à Paris, dans un monde frappé d'une nouvelle pandémie, Clarissa Katsef commence sa résidence artistique afin d'écrire un nouveau roman après six ans sans publication. L'appartement qu'elle occupe est géré par Dalloway, une intelligence artificielle qui sert également d'assistante personnelle. Coincée dans son projet de biographie de Virginia Woolf, une série d'événements et de rencontres vont l'amener à travailler sur un projet plus personnel, mais un autre résident, plus méfiant sur la place de l'intelligence artificielle dans le processus créatif, va amener Clarissa à s'interroger sur les véritables projets d'Anne Dewinter, directrice de la résidence. 

Dalloway joue clairement sur l’actualité : pandémie en arrière-plan, IA omniprésente, monde sous cloche et angoisse technologique en kit. Le problème, c’est que les scénaristes se jettent sur le sujet avant même d’avoir le moindre recul. On plaque des peurs contemporaines comme on collerait des post-it sur un écran d’ordinateur : ça fait moderne, mais ça ne fait pas forcément cinéma. 

Personnellement, les films sur l’IA ne me passionnent guère, surtout quand ils arrivent en contradiction totale avec le réel : pendant que les Guilds américaines faisaient grève contre l’utilisation de cette même IA, le cinéma continue de l’ériger en menace fascinante. Ne faites pas ce que je dis, ne faites pas ce que je fais — même si je le fais. 

Adapté du roman Les Fleurs de l’ombre de Tatiana de Rosnay, Dalloway se présente comme un quasi huis clos. Clarissa, incarnée par Cécile de France, est une romancière en résidence, isolée, chargée d’écrire sur la vie de Virginia Woolf. Une idée séduisante sur le papier : Woolf, la création, la folie douce, la voix intérieure. Sauf que cette voix intérieure prend ici la forme d’une IA personnelle… doublée par Mylène Farmer. 

Au départ, l’IA conseille. Puis elle suggère. Puis elle ordonne. Et Clarissa passe doucement, mais sûrement, en PLS existentielle. Cécile de France fait ce qu’elle peut — et même plus que ça. Elle porte le film à bout de bras, crédible dans l’angoisse, la fatigue mentale, la paranoïa rampante. Mais le scénario l’enferme dans un tunnel où chaque étape est téléphonée à l’avance. 

Yann Gozlan, qui semblait être un réalisateur à suivre, donne ici l’impression de tourner en rond. Depuis Visions et maintenant Dalloway, le thriller paranoïaque devient une formule. Tous les poncifs sont là : hackers tapotant frénétiquement dans des sous-sols tagués, écrans verts, lumières froides, complots numériques et menace diffuse jamais vraiment incarnée. 

La mise en scène est propre, trop propre même. Tout est lisse, contrôlé, clinique, comme si le film avait peur de salir son concept. L’angoisse ne naît jamais vraiment, elle est expliquée, soulignée, commentée. On ne ressent pas, on comprend — et ce n’est pas la même chose. 

Et puis il y a Mylène Farmer. Voix magnétique, présence fantomatique, quasi divine. À tel point qu’on finit par se demander si le film n’est pas, au fond, un long écrin sonore à sa gloire. La séance cannoise, avec ovation du fan club comprise, renforce ce sentiment : Dalloway s’écoute plus qu’il ne se regarde. 

Et si c’était ça, finalement, le futur du cinéma ? Des films à entendre plutôt qu’à voir ? Espérons que non. Parce que le cinéma, quand même, c’est aussi des corps, des regards, du trouble visuel — pas seulement une voix qui murmure à l’oreille pendant 90 minutes. 

Dalloway avait des cartes intéressantes, un casting solide, un point de départ littéraire noble. Mais à force de vouloir être dans l’air du temps, il finit par manquer d’air tout court. 

NOTE : 8.10

FICHE TEHCHNIQUE


DISTRIBUTION

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire