Vu le Film Walkyrie de Bryan Singer (2008) avec Tom Cruise Tom Wilkinson Benneth Brannaggh Carice Van Houten Bill Nagy Terence Stamp Eddie Izzard Tom Hollander
En 1943, durant la Seconde Guerre mondiale, le colonel allemand Claus von Stauffenberg rentre en Allemagne gravement blessé, victime d’un raid de la Royal Air Force en Tunisie. Il avait été envoyé dans cette zone pour des propos négatifs à l'encontre d'Adolf Hitler et de sa politique, qu'il juge néfaste pour l'Allemagne. Après sa convalescence (il a perdu son œil gauche, sa main droite et deux doigts de la main gauche), Stauffenberg décide de rejoindre la résistance allemande à la demande du général Friedrich Olbricht. Ils s'associent avec de nombreux opposants haut placés, notamment le generalmajor Henning von Tresckow, qui a raté l'occasion de tuer le Führer avec une bouteille piégée lors d'une visite à Smolensk.
Ce n’est pas une chevauchée fantastique, mais Wagner n’aurait sans doute pas détesté cette histoire vraie où quelques officiers allemands décident de défier l’ogre au cœur même de son antre. Walkyrie raconte l’un des complots les plus audacieux de la Seconde Guerre mondiale : éliminer Hitler de l’intérieur, dans son bunker, avec une simple mallette. Sur le papier, cela semble presque “simple”. À l’écran, on comprend très vite que c’est une mécanique infernale, vouée à se gripper à chaque rouage.
Bryan Singer s’empare d’un fait historique connu, dont on connaît pourtant l’issue, et réussit le pari délicat de maintenir une tension constante. On sait que tout va mal finir, mais on espère quand même. Et c’est là la force du film : transformer l’inéluctable en suspense.
Au centre de cette tragédie annoncée, le colonel Claus von Stauffenberg. Un homme blessé en Afrique du Nord, amputé d’une main, privé d’un œil, mais pas de volonté. Tom Cruise, souvent réduit à ses cascades et à ses poses (oui, même ici il reste un peu sexy, on ne se refait pas), livre une performance étonnamment sobre. Il incarne un homme raide, déterminé, rongé par le doute, mais porté par une foi quasi désespérée dans l’idée qu’agir vaut mieux que se taire.
Cruise donne à Stauffenberg une fragilité bienvenue. Derrière l’uniforme impeccable, on sent la peur, l’entêtement, l’incertitude. Jusqu’où aller quand on n’est sûr de rien ? Jusqu’où s’investir quand l’acte est irréversible et que l’échec signifie la mort, pour soi et pour les autres ?
Singer est intelligemment entouré. Kenneth Branagh, Bill Nighy, Tom Wilkinson, Terence Stamp : une galerie de visages marqués, de consciences tourmentées, d’hommes coincés entre devoir, loyauté et morale. Aucun n’est caricatural. Chacun porte sa part de lâcheté, de courage ou de résignation. Le casting est une vraie force du film, donnant de l’épaisseur à cette “fronde” condamnée.
La mise en scène est classique mais efficace, rigoureuse comme un plan militaire. Pas d’esbroufe inutile, pas de pathos appuyé. Le montage joue avec le temps, les silences, les contretemps administratifs qui deviennent presque des armes du destin. Une porte fermée, un téléphone qui ne répond pas, une mallette déplacée : ici, l’Histoire se joue sur des détails.
Le scénario respecte les faits tout en posant des questions universelles. Ce n’est pas seulement un film sur un complot, mais sur le choix. Choisir d’agir ou de se taire. Choisir la victoire hypothétique ou la vengeance certaine du Reich. Choisir de rester homme dans un système qui a déjà perdu son humanité.
Walkyrie montre avec justesse les affres de l’homme dans les moments extrêmes. La peur, le doute, l’entêtement, l’illusion du contrôle. Rien n’est héroïque au sens hollywoodien, tout est tragiquement humain.
Un film tendu, passionnant, où Bryan Singer mène bien sa barque, et où Tom Cruise prouve qu’il peut être plus qu’un corps en mouvement : un visage de l’incertitude. Un thriller historique qui interroge l’engagement de soi, et rappelle que parfois, même en échouant, l’acte compte autant que son résultat.
NOTE: 16.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Bryan Singer
- Scénario : Christopher McQuarrie et Nathan Alexander
- Musique et montage : John Ottman
- Décors : Lilly Kilvert (en)
- Costumes : Joanna Johnston
- Photographie : Newton Thomas Sigel
- Production : Christopher McQuarrie, Bryan Singer, Gilbert Adler (en) et Chris Lee ; Tom Cruise, John Ottman et Paula Wagner (délégués)
- Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, United Artists, Bad Hat Harry Productions et Achte Babelsberg Film
- Sociétés de distribution : United Artists ; TFM Distribution ; 20th Century Fox
- Budget : 75 000 000 $[
- Tom Cruise (VF : Jean-Philippe Puymartin) : colonel Claus von Stauffenberg, chef de l’état-major de l'Armée de réserve
- Kenneth Branagh (VF : Renaud Marx) : Generalmajor Henning von Tresckow
- Bill Nighy (VF : Georges Claisse) : General Friedrich Olbricht, adjoint du commandant en chef de l'Armée de réserve
- Tom Wilkinson (VF : Jean-Yves Chatelais) : Generaloberst Friedrich Fromm, commandant en chef de l'Armée de réserve
- Carice van Houten (VF : Élisabeth Ventura) : comtesse Nina von Stauffenberg
- Thomas Kretschmann (VF : Gabriel Le Doze) : Major Otto-Ernst Remer, chef de bataillon dans l'Armée de réserve
- Terence Stamp (VF : Michel Ruhl) : Generaloberst Ludwig Beck
- Eddie Izzard (VF : Thierry Wermuth) : General Erich Fellgiebel, chef des communications de l'Oberkommando der Wehrmacht
- Kevin McNally (VF : Jacques Frantz) : Carl Friedrich Goerdeler
- Christian Berkel : colonel Albrecht Mertz von Quirnheim, adjoint d'Olbricht
- Jamie Parker (VF : Sébastien Azzopardi) : lieutenant Werner von Haeften, aide de camp de Stauffenberg
- David Schofield (VF : Féodor Atkine) : Generalfeldmarschall Erwin von Witzleben
- David Bamber (VF : Jean-Paul Zehlacker) : Adolf Hitler, Führer du Troisième Reich
- Tom Hollander (VF : Patrick Osmond) : colonel Heinz Brandt, adjoint du chef de l’état-major de l'Armée de terre
- Kenneth Cranham (VF : Vincent Grass) : Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel, chef de l'Oberkommando der Wehrmacht
- Christian Oliver : Feldwebel Adams
- Manfred-Anton Algrang : Reichsminister Albert Speer
- Matthias Freihof : Reichsführer-SS Heinrich Himmler
- Harvey Friedman (en) : Reichsminister Joseph Goebbels
- Gerhard Haase-Hindenberg (de) : Reichsmarschall Hermann Göring
- Halina Reijn : Margarethe von Oven
- Ian McNeice (VF : Jean-Claude Sachot) : un général inspiré de Joachim von Kortzfleisch
- Bernard Hill (VF : Michel Bedetti) : un général de l'Afrika Korps
- Julian Morris : un jeune lieutenant de l'Afrika Korps
- Waldemar Kobus (VF : Gilles Morvan) : SS-Obergruppenführer Wolf-Heinrich von Helldorf, chef de la police de Berlin
- Wotan Wilke Möhring : Unteroffizier Kolbe

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