Vu le film Miséry de Rob Reiner (1990) avec Kathy Bates James Caan Lauren Bacall Richard Farnsworth Frances Sternhagen Jerry Potter Wendy Bowers J.T Walsh Archie Hahn
Romancier à succès, Paul Sheldon est le créateur de la saga Misery, série de romans “à l'eau-de-rose”, mais, pour son dernier roman, il a décidé de faire mourir son personnage qui lui a apporté le succès afin de passer à autre chose. Désireux de se concentrer sur des histoires plus sérieuses, il écrit dans un chalet du Colorado un manuscrit pour un nouveau roman qui, il l'espère, lancera sa nouvelle carrière. Il prend ensuite le volant de sa voiture, une Ford Mustang 1965, sous un blizzard, pour regagner New York. La visibilité sur la route étant presque nulle, il finit par avoir un accident. Inconscient, il est secouru par Annie Wilkes, une infirmière admiratrice de Misery qui le ramène chez elle.
Misery, réalisé par Rob Reiner, est sans conteste l’une des adaptations les plus abouties de l’univers de Stephen King. Un film qui prouve qu’il n’est nul besoin de monstres, de sang à outrance ou d’effets spéciaux tapageurs pour terroriser un spectateur : un lit, une chambre, deux personnages… et un talent immense derrière la caméra suffisent.
L’histoire est d’une simplicité redoutable. Paul Sheldon, écrivain à succès lassé de sa propre créature littéraire, est victime d’un accident de voiture dans une région isolée. Recueilli par Annie Wilkes, infirmière et fan absolue de ses romans, il pense d’abord avoir trouvé son ange gardien. Grave erreur. Très grave erreur. Car Annie n’est pas une admiratrice ordinaire : elle est la définition même du fanatisme maladif.
Cloué au lit, jambes brisées, Paul Sheldon devient prisonnier, totalement dépendant de cette femme qui contrôle tout : la morphine, la nourriture, la liberté… et bientôt son œuvre. Difficile de ne pas penser à Fenêtre sur cour d’Hitchcock : même vulnérabilité, même impuissance, même regard terrorisé posé sur un danger qui s’approche lentement, très lentement.
Rob Reiner orchestre ce huis clos avec une précision chirurgicale. Sa mise en scène est d’une efficacité implacable : pas d’esbroufe, pas de gras, chaque plan est pensé pour étouffer le spectateur. La tension ne retombe jamais, elle s’infiltre, s’installe, s’accroche. On est coincé dans cette maison comme Paul est coincé dans son lit.
James Caan, tout en retenue, incarne parfaitement cet homme intelligent réduit à l’état d’objet. Son jeu repose sur le regard, la voix, la peur contenue. Face à lui, Kathy Bates livre une performance monumentale, tout simplement l’une des plus grandes du cinéma de genre. Annie Wilkes est tour à tour maternelle, infantile, douce, hystérique, terrifiante. Elle sourit… et on tremble. Elle crie… et on sait que ça va faire mal.
Son Oscar n’a rien d’un accident : Bates crée un personnage iconique, dérangeant, inoubliable. Annie Wilkes n’est pas qu’une folle, elle est le cauchemar de tout créateur face à son public le plus toxique.
Le scénario avance lentement, mais sûrement, comme une lame qu’on sent glisser sous la peau. Chaque scène ajoute une couche d’angoisse, chaque silence devient une menace. Et quand la violence explose, elle n’en est que plus choquante, presque insoutenable.
Le final, certes attendu dans sa brutalité, reste parfaitement maîtrisé. Il conclut ce cauchemar de manière sèche, violente, nécessaire. Misery est un film oppressant, intelligent, glaçant, qui prouve que le vrai horror show se joue souvent dans la tête… et dans le regard d’une infirmière trop souriante.
Un grand film. Un vrai. Et surtout, une leçon de cinéma.
NOTE : 16.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Rob Reiner
- Scénario : William Goldman, d'après le roman Misery de Stephen King
- Musique : Marc Shaiman
- Orchestration : Dennis Dreith, Bruce Fowler et Hummie Mann
- Montage musical : Mo Morrisey et Scott Stambler
- Direction artistique : Mark W. Mansbridge
- Décors : Norman Garwood
- Costumes : Gloria Gresham
- Maquillage : John M. Elliott Jr. et Margaret E. Elliott
- Coiffure : Judith A. Cory et Judy Crown
- Photographie : Barry Sonnenfeld
- Son : Charles L. Campbell, Rick Kline, Gregg Landaker, Donald J. Malouf, Kevin O'Connell
- Montage : Robert Leighton
- Production : Rob Reiner et Andrew Scheinman
- Coproduction : Steve Nicolaides et Jeffrey Stott
- Sociétés de production: Castle Rock Entertainment, en association et coproduction avec Nelson Entertainment
- Sociétés de distribution : Columbia Pictures (États-Unis) ; Columbia Pictures of Canada (Canada) ; UGC (France) ; Ascot Elite Entertainment Group (Suisse)
- Budget : 20 millions de $[
- James Caan (VF : Bernard Tiphaine) : Paul Sheldon, écrivain à succès
- Kathy Bates (VF : Denise Metmer) : Annie Wilkes , infirmière et admiratrice de Paul
- Richard Farnsworth (VF : Henri Labussière) : Buster , sheriff de Silver Creek
- Frances Sternhagen (VF : Nadia Barentin) : Virginia , femme et adjointe du sheriff
- Lauren Bacall (VF : Nadine Alari) : Marcia Sindell , éditrice de Paul
- Graham Jarvis (VF : Antoine Marin) : Libby , concierge du lodge
- Jerry Potter (VF : Yves Barsacq) : Pete
- Tom Brunelle (VF : Daniel Gall) : le présentateur
- June Christopher (VF : Marie-Christine Robert) : la présentatrice
- Julie Payne : une journaliste
- Archie Hahn (en) : un journaliste
- Gregory Snegoff (en) (VF : William Coryn) : un journaliste
- Wendy Bowers (VF : Denise Metmer) : la serveuse
- Rob Reiner : le pilote d'hélicoptère (non crédité)
- J. T. Walsh (VF : Michel Papineschi) : Sherman Douglas (non crédité)

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