Vu le film Le Pacha de Georges Lautner (1968) avec Jean Gabin André Pousse Robert Dalban Maurice Garrel Dany Carrel Serge Gainsbourg Jean Gaven Louis Seigner Dominique Zardi André Weber
Le commissaire Joss dit "Le Pacha" voit approcher le temps de la retraite. Mais il est douloureusement affecté par la mort de son collègue Gouvion, survenue au cours d'un vol à main armée Gouvion n'était d'ailleurs pas un saint, mais Joss est décidé à finir sa carrière par un coup d'éclat contre les truands.
Le Pacha est un polar noir comme on n’en fait plus, sec, brutal, tendu, avec cette élégance un peu sale des années 60 où les flingues parlent autant que les regards. Georges Lautner filme droit devant, sans fioritures, et donne à Jean Gabin l’un de ses rôles de flic bourru les plus jubilatoires. Gabin est le Pacha, point final. Il n’explique rien, il tranche. Et quand Audiard lui met des mots dans la bouche, chaque phrase tombe comme une gifle bien ajustée. Ici, le dialogue n’illustre pas l’action, il la domine.
Audiard est en état de grâce : chaque réplique est pesée, aiguisée, définitive. Ça claque, ça cogne, ça fait mouche. Gabin porte ces mots comme un manteau taillé sur mesure, avec cette autorité tranquille qui n’appartient qu’à lui. Un flic qui n’a plus rien à prouver, mais encore tout à perdre.
Face à lui, André Pousse livre sans doute son meilleur rôle, celui d’un caïd ignoble, un des pires salauds du cinéma français, et c’est dire. Un personnage gratiné, épais, sûr de lui, trop sûr de lui justement. Un con dangereux, et Lautner aime filmer les cons dangereux. Parce que des cons, il y en a plein dans Le Pacha : un inspecteur qui se prend pour un bandit, un divisionnaire qui comprend trop tard qu’il s’est fait rouler, et un caïd persuadé d’être plus malin que tout le monde.
Robert Dalban est impérial, probablement l’un de ses meilleurs rôles. Solide, précis, jamais en surjeu. Autour, la galerie de seconds rôles est un luxe absolu : Louis Seigner, Maurice Garrel, Dany Carrel, Jean Gaven… et Serge Gainsbourg, évidemment, avec sa présence trouble et surtout ce “Requiem pour un con” qui traverse le film comme une balle lente mais mortelle.
La musique et la chanson fonctionnent à merveille avec le montage. Le tempo épouse les séquences, accompagne la violence, souligne la fatalité. Ce n’est pas un gadget musical, c’est une colonne vertébrale. Un requiem ironique, brutal, presque ricanant.
Mais derrière le polar qui défouraille, Le Pacha est aussi un film sur l’amitié déçue, la trahison, les lignes qu’on croyait droites et qui se révèlent pourries jusqu’à l’os. Lautner filme un monde où la loyauté a un prix, et où ceux qui oublient ce prix finissent toujours par payer l’addition.
La mise en scène est sèche, efficace, sans gras. Le scénario avance comme un rouleau compresseur, sans temps mort. Pas de psychologie démonstrative, tout passe par les regards, les silences, les mots d’Audiard qui frappent juste.
Le Pacha est un grand polar français, un film de gueules, de voix, de morale grise et de connerie humaine à l’état brut. Un film qui rappelle que dans ce milieu, les cons ne meurent jamais tous… mais certains méritent qu’on leur chante un requiem.
Un classique. Sec. Définitif. Gabinesque.
NOTE : 12.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Georges Lautner
- Scénario : Michel Audiard, Georges Lautner et Albert Simonin, d'après le roman de Jean Delion Pouce
- Dialogues : Michel Audiard
- Assistants réalisateur : François Audiard, Robin Davis, Paul Nuyttens, Alain Pacchiotti, Yves Ridard, Claude Vital
- Musique : Serge Gainsbourg (Requiem pour un con, Harley Davidson) et Michel Colombier (Batucada meurtrière, thème de l'attaque du fourgon)
- Photographie : Maurice Fellous
- Décors : Jean d'Eaubonne
- Décorateur : Raymond Gabutti assisté de Michel de Broin
- Son : Jean Rieul
- Montage : Michelle David
- Directeur de production : Robert Sussfeld et Roger De Broin
- Producteur délégué : Alain Poiré
- Production : Gafer, Gaumont, Rizzoli Films (Rome)
- Chorégraphie : Rita Renoir
- Cascades : Rémy Julienne, bagarres réglées par Henri Cogan
- Jean Gabin : le commissaire divisionnaire Louis Joss, dit « le Pacha »
- Dany Carrel : Nathalie Villar, la sœur de Léon, serveuse au « Hippie's »[Note 1]
- Jean Gaven : Marc, un inspecteur
- André Pousse : Marcel Lurat, dit « Quinquin »
- Félix Marten : Ernest, dit « le Feutré »
- Louis Seigner : Paul, le directeur de la police
- Robert Dalban : l'inspecteur Albert Gouvion
- Maurice Garrel : Léon Brunet, le receleur
- André Weber : Émile Vergnes, dit « le Génois »
- Pierre Koulak : Abdel Schmil, dit « le Coréen »
- Frédéric de Pasquale : Alfred, un inspecteur
- Gérard Buhr : Arsène Lumont, dit « le serrurier », un complice de Quinquin
- Louis Arbessier : le directeur de chez Boucheron
- Pierre Leproux : Druber, le gardien de la bijouterie
- Henri Déus : Léon Villar, le frère de Nathalie, dit « Léon de Lyon »
- Dominique Zardi : Horst Weiss, un homme de Quinquin, dit « Horst de Hambourg »
- Yves Arcanel : un inspecteur de la police judiciaire
- Yves Barsacq : le médecin légiste
- Christian Bertola : Donadieu
- Michel Carnoy : Malevin
- Michel Charrel : un consommateur chez Marcel
- Henri Cogan : Riton
- Germaine Delbat : madame Druber
- Michel Duplaix : un inspecteur de la PJ
- Noëlle Adam : Violette, une serveuse au « Hippie's »
- Marianne Comtell : Odile, une serveuse au « Hippie's »
- Serge Sauvion : l'inspecteur René
- Maurice Auzel : un homme de la bande d'Émile
- Pascal Fardoulis : un homme de la bande d'Émile
- Hervé Jolly : un homme de la bande d'Émile
- Jean Luisi : un homme de la bande d'Émile
- Pippo Merisi : un homme de la bande d'Émile (crédité Pipo Merigi)
- Georges Ranga : un homme de la bande d'Émile
- Henri Attal : un homme de la bande d'Émile
- Raoul Saint-Yves : le chef de gare de Troyes
- Philippe Vallauris : un inspecteur de la PJ
- Serge Gainsbourg : lui-même, en session au studio d'enregistrement
- Léon Zitrone : lui-même, commentateur hippique
- Béatrice Delfe : une auxiliaire de police
- Marcel Bernier : le chauffeur de Brunet
- Yves Gabrielli : un homme de la bande à Quinquin
- Adrien Cayla-Legrand : un policier à l'enterrement
- Jean Sylvère : l'officier de police Marquet
- Rémy Julienne : un motard
- Véronique de Villèle : la femme blonde assise au bar
- Bernard Garet
- Carmen Aul : Une danseuse au « Hippie's »
- Rita Reaumur : Une danseuse au « Hippie's »
- Gérald Bruneau : Le hippie (non-crédité)
- Henri Gourdan : Le dessinateur à la P.J. (non-crédité)
- Corrado Guarducci : (non-crédité)
- Jean Martin : Un homme de la bande à Quinquin (non-crédité)

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