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mardi 20 janvier 2026

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM LE PACHA DE GEORGES LAUTNER (1968)

 


Vu le film  Le Pacha de Georges Lautner (1968) avec Jean Gabin André Pousse Robert Dalban Maurice Garrel Dany Carrel Serge Gainsbourg Jean Gaven Louis Seigner Dominique Zardi André Weber 

 Le commissaire Joss dit "Le Pacha" voit approcher le temps de la retraite. Mais il est douloureusement affecté par la mort de son collègue Gouvion, survenue au cours d'un vol à main armée Gouvion n'était d'ailleurs pas un saint, mais Joss est décidé à finir sa carrière par un coup d'éclat contre les truands. 

Le Pacha est un polar noir comme on n’en fait plus, sec, brutal, tendu, avec cette élégance un peu sale des années 60 où les flingues parlent autant que les regards. Georges Lautner filme droit devant, sans fioritures, et donne à Jean Gabin l’un de ses rôles de flic bourru les plus jubilatoires. Gabin est le Pacha, point final. Il n’explique rien, il tranche. Et quand Audiard lui met des mots dans la bouche, chaque phrase tombe comme une gifle bien ajustée. Ici, le dialogue n’illustre pas l’action, il la domine. 

Audiard est en état de grâce : chaque réplique est pesée, aiguisée, définitive. Ça claque, ça cogne, ça fait mouche. Gabin porte ces mots comme un manteau taillé sur mesure, avec cette autorité tranquille qui n’appartient qu’à lui. Un flic qui n’a plus rien à prouver, mais encore tout à perdre. 

Face à lui, André Pousse livre sans doute son meilleur rôle, celui d’un caïd ignoble, un des pires salauds du cinéma français, et c’est dire. Un personnage gratiné, épais, sûr de lui, trop sûr de lui justement. Un con dangereux, et Lautner aime filmer les cons dangereux. Parce que des cons, il y en a plein dans Le Pacha : un inspecteur qui se prend pour un bandit, un divisionnaire qui comprend trop tard qu’il s’est fait rouler, et un caïd persuadé d’être plus malin que tout le monde. 

Robert Dalban est impérial, probablement l’un de ses meilleurs rôles. Solide, précis, jamais en surjeu. Autour, la galerie de seconds rôles est un luxe absolu : Louis Seigner, Maurice Garrel, Dany Carrel, Jean Gaven… et Serge Gainsbourg, évidemment, avec sa présence trouble et surtout ce “Requiem pour un con” qui traverse le film comme une balle lente mais mortelle. 

La musique et la chanson fonctionnent à merveille avec le montage. Le tempo épouse les séquences, accompagne la violence, souligne la fatalité. Ce n’est pas un gadget musical, c’est une colonne vertébrale. Un requiem ironique, brutal, presque ricanant. 

Mais derrière le polar qui défouraille, Le Pacha est aussi un film sur l’amitié déçue, la trahison, les lignes qu’on croyait droites et qui se révèlent pourries jusqu’à l’os. Lautner filme un monde où la loyauté a un prix, et où ceux qui oublient ce prix finissent toujours par payer l’addition. 

La mise en scène est sèche, efficace, sans gras. Le scénario avance comme un rouleau compresseur, sans temps mort. Pas de psychologie démonstrative, tout passe par les regards, les silences, les mots d’Audiard qui frappent juste. 

Le Pacha est un grand polar français, un film de gueules, de voix, de morale grise et de connerie humaine à l’état brut. Un film qui rappelle que dans ce milieu, les cons ne meurent jamais tous… mais certains méritent qu’on leur chante un requiem. 

Un classique. Sec. Définitif. Gabinesque. 

NOTE : 12.90

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