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jeudi 15 janvier 2026

9.50 - MON AVIS SUR LE FILM LES TEMPETES DE DANIA REYMOND (2025)


 Avis sur le Film Les Tempêtes de Dania Reymond (2025) avec Camélia Jordana Khaled Benassia Shirine Boutella Mehdi Ramdani Slimane Benouari Fouad Triif 

D’étranges tempêtes de poussière jaune s’abattent sur la ville. Nacer, journaliste, couvre le phénomène pour son journal. Alors que les évènements inexpliqués se multiplient, sa femme Fajar réapparaît. Face à des vents de plus en plus menaçants et tandis que la ville semble sombrer dans la folie, Nacer devra dénouer un passé qui le hante. 

Premier film, et déjà un pari risqué. Les Tempêtes n’est pas de ces œuvres qui prennent le spectateur par la main : c’est un film qui avance à l’aveugle, dans le sable, dans la mémoire, dans le non-dit. Un film mi-fantastique, mi-intime, où les fantômes du passé tentent de survivre à une tempête de sable aussi irréelle que symbolique, faite de poussière, de sang et de souvenirs mal enterrés. 

Danya Raymond, pour son premier long métrage, ose mélanger le deuil, la filiation et le surnaturel sans jamais appuyer là où ça ferait “effet”. Elle préfère la suggestion à la démonstration, la pudeur au fracas. Et aujourd’hui, c’est presque un acte de résistance. Le film est pudique, et même doublement pudique : dans ce qu’il raconte et dans la manière de le filmer. Rare, très rare en ce moment. 

Cette coproduction franco-belgo-algérienne apporte une vraie richesse visuelle et culturelle. Le désert n’est pas un décor exotique, mais un espace mental, un territoire hanté. La tempête de sable, phénomène central du film, n’est jamais totalement expliquée — et tant mieux. Ici, le sable ne cherche pas la logique, il cherche la trace. Celle des morts, des fautes, des liens brisés. 

Camélia Jordana, que j’aurais pu craindre par réflexe, s’intègre étonnamment bien à cette brume sableuse. Elle joue juste, sans surjeu, sans posture. Elle est là, fragile mais ancrée, comme si le film l’obligeait enfin à se taire pour mieux exister. À ses côtés, Khaled Benaissa apporte une présence solide, presque minérale, un contrepoint essentiel à cette errance fantomatique. 

La mise en scène est audacieuse, parfois à deux doigts de la casse-gueule. On sent que tout pouvait s’effondrer à la moindre fausse note. Mais Danya Raymond tient la barre. Le cadre est maîtrisé, le son travaillé, la tempête devient une matière vivante, oppressante, jamais gratuite. 

Oui, le film est lent. Oui, certains resteront à la porte. Mais cette lenteur est cohérente : on ne traverse pas un deuil ni une tempête intérieure en courant. Les Tempêtes ne cherche pas à séduire, il cherche à hanter. 

Un premier film fragile mais habité, imparfait mais sincère, qui laisse des grains de sable dans la tête longtemps après la projection. Et surtout, un vrai espoir pour une réalisatrice qui, dès son coup d’essai, a compris qu’intime et fantastique peuvent parler la même langue — à voix basse.

NOTE : 9.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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