Vu le Film Le Marginal de Jacques Deray (1983) avec Jean Paul Belmondo Carlos Sotto Mayor Roger Dumas Pierre Vernier Tcheky Karyo Henry Silva Maurice Barrier Claude Brosset Jean Claude Dreyfus
Le commissaire Philippe Jordan (Jean-Paul Belmondo) est un flic aux méthodes expéditives. Encombrant tant pour ses supérieurs que pour ceux qu'il traque, en raison de méthodes souvent peu licites, il ne manque pas d'efficacité. Récemment muté à Marseille, il veut mettre hors d'état de nuire Sauveur Mecacci, un des parrains de la French Connection et pervers notoire, pour qui Jordan éprouve de la rancœur
Le Marginal, c’est avant tout un film René Château pur jus : un écrin fait sur mesure pour Bebel, sa dégaine, sa bande, sa compagne de l’époque (Carlos Sotto Mayor) et toute une conception du cinéma populaire des années 80. Un cinéma frontal, viril, sans excuses, où le flic n’est jamais vraiment du côté du règlement mais toujours du côté de l’action.
Belmondo y campe un flic marginal – le mot n’est pas galvaudé – qui traverse Marseille à Paris comme il traverse les règles : en les ignorant. Un peu flic, un peu voyou, souvent justicier sauvage, toujours fonceur. Le badge sert surtout de prétexte, le reste se règle à coups de poings, de réparties et d’accélérateur enfoncé.
Jacques Deray, derrière la caméra, fait le boulot. On pouvait espérer mieux de leur collaboration, surtout après ses réussites passées, mais même en pilotage automatique, Deray sait filmer l’action, les gueules, la nuit. Sa mise en scène est sèche, efficace, parfois presque télévisuelle, mais elle va droit au but. Pas de fioritures inutiles : ici, ça bastonne, ça roule vite, ça tombe de haut.
Le scénario tient sur un ticket de métro parisien, mais ce n’est pas le sujet. Ce film n’a jamais prétendu être une étude sociologique : c’est un véhicule à cascades et à charisme. Et à ce jeu-là, Rémy Julienne est partout. On sent que Bebel lui a laissé carte blanche : poursuites, chocs, sauts, tôles froissées… Julienne bosse à chaque minute, et le film respire l’odeur de l’essence et du danger réel, pas du trucage numérique.
La musique d’Ennio Morricone, évidemment, vient donner une ampleur presque ironique à cette série B de luxe. Morricone fait du Morricone : thème marquant, ambiance nocturne, élégance inattendue qui contraste avec la brutalité du personnage.
Le casting secondaire est solide. Henry Silva, avec sa froideur habituelle, apporte une vraie présence de méchant international, parfaite pour cette coproduction. Tchéky Karyo, encore jeune, sort à peine de La Balance et impose déjà quelque chose : une intensité, une modernité, une gueule. On sent poindre l’acteur qu’il deviendra.
Paris est filmé comme un tableau noir, un Paris by night aujourd’hui disparu : quartiers chauds, rues poisseuses, bars enfumés, une ville dangereuse et vivante, loin des cartes postales. Rien que pour ça, le film vaut le coup d’œil : c’est une capsule temporelle.
Alors oui, Le Marginal n’est pas le meilleur Deray. Oui, le film a ses lourdeurs, ses facilités, son machisme d’époque assumé. Mais il reste efficace, généreux, honnête dans ce qu’il propose. Du Bebel dans toute sa splendeur : décontraction insolente, sourire en coin, coups qui partent avant les questions.
Bastons, cascades, poursuites, touches d’humour, gueules inoubliables : tout y est. Un film qui ne s’excuse jamais d’exister, qui fonce tête baissée, comme son héros.
Un cinéma populaire brut, sans filtre.
Toute une époque.
NOTE : 11.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Jacques Deray, assisté de Frédéric Blum
- Scénario : Jacques Deray, Jean Herman et Michel Audiard (non crédité)
- Dialogues : Michel Audiard (non crédité)
- Musique : Ennio Morricone (accompagné par le groupe Blizzard), Trompette : Alessandro Alessandroni
- Photographie : Xaver Schwarzenberger
- Son : Alain Sempé
- Cascades :
- Réglage : Rémy Julienne (cascades automobiles), Claude Carliez (bagarres)
- Exécution : Jean-Paul Belmondo, Dominique Gilles (pilote d'hélicoptère)
- Effets sonores : Daniel Couteau
- Générique : Eurocitel
- Distribution : Margot Capelier
- Production : Alain Belmondo
- Durée : 100 minutes
- Jean-Paul Belmondo : Commissaire divisionnaire Philippe Jordan
- Henry Silva (VF : Jacques Deschamps) : Sauveur Mecacci
- Maria Carlos Sotto Mayor (créditée Carlos Sotto Mayor) : Livia Dolores Maria Monteblanco, prostituée
- Pierre Vernier : Inspecteur Rojinski
- Maurice Barrier : Tonton
- Claude Brosset : Antonio Baldi
- Tchéky Karyo : Francis Pierron, ami du Commissaire Jordan
- Jean-Claude Dreyfus : un travesti
- Ysabelle Lacamp (créditée Isabelle Lacamp) : une prostituée qui aurait bien « monté à l’œil » avec le commissaire Jordan
- Dany Kogan : la prostituée, qui connaît bien les frères Tourian
- Mehmet Ulusoy (crédité Memet Ulosoy) : M. Mansour, attaché culturel à l’ambassade de Turquie
- Jean-Louis Richard : Antoine
- Michel Robin : Alfred Gonet, dit Freddy le chimiste
- Jacques Maury : Maître Cappa, avocat et associé de Mecacci
- Didier Sauvegrain : Marc Villa, homme de main, assassin d'Alfred
- Stéphane Ferrara : Tonio, l'indic assassiné
- Roger Dumas : Inspecteur Simon
- Maurice Auzel : Inspecteur Rosenberg
- Jean-Roger Milo : gardien du squat
- Gabriel Cattand : Contrôleur Dumas
- Henri Attal : Georges, le serveur du restaurant Le Gavroche
- Jacques David : Garnier, supérieur du Commissaire Jordan
- Lætitia Gabrielli : Catherine Cerruti, la fille (droguée) de Tonton
- Jean-Hugues Lime : Speed
- Michel Berreur : le premier frère Tourian
- Yves Gabrielli : le deuxième frère Tourian
- Fatiha Chriette : la mère Kemal
- Daniel Breton : Angelo, homme de main, le conducteur lors de la course-poursuite
- Amadeus August : le videur du club Le Carré D'As
- Paul Sørensen : homme prenant un café
- Gérard Moisan : l’homme de main insultant dans le club privé
- René Chateau (coproducteur du film) : le maître d'hôtel du restaurant (caméo non crédité)
- Charly Koubesserian (maquilleur du film) : le patron de l'atelier de confection (caméo non crédité)

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