Vu le Film Blue Moon de Richard Linklater (2025) avec Ethan Hawke Andrew Scott Margaret Quailey Bonny Cannavale Simon Delaney Cillian Sullivan David Rawle Patrick Kennedy Caitriona Ellis Anne Brogan
À New York, en 1943, le célèbre parolier Lorenz Hart, surnommé Larry, participe à la première de la comédie musicale "Oklahoma!," pièce pour laquelle Richard Rodgers, son ancien partenaire de création, a composé la musique.
Film de niche, assumé, bavard jusqu’à l’ivresse : Blue Moon ne s’adresse clairement pas à tout le monde. Richard Linklater, toujours aussi prolifique, livre ici un objet très particulier, presque théâtral, qui ne passionnera réellement que les adeptes de son cinéma… ou les amoureux des coulisses de Broadway.
Car soyons honnêtes : qui, de ce côté de l’Atlantique, connaît vraiment Lorenz Hart ? Et pourtant, quel génial parolier. Avec son complice historique Richard Rodgers, il a enflammé Broadway avec certaines des plus grandes comédies musicales américaines.
Mais toute histoire a une fin. Et Blue Moon raconte précisément ce moment de bascule. Rodgers (Andrew Scott), désormais associé à Oscar Hammerstein, triomphe avec Oklahoma! tandis que Hart (Ethan Hawke), invité à la première, digère très mal cette mise à l’écart. Plutôt que d’applaudir, il noie sa rancœur dans un bar de jazz de Broadway.
Et Hart n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les verres s’enchaînent, l’alcool coule à flots, les cigarettes embrument l’air. Il insulte, il règle ses comptes : ex-partenaires, journalistes, photographes, jusqu’à un jeune Stephen Sondheim qui en prend pour son grade. Pour Hart, il n’y a qu’une vérité : la sienne. Star gay d’un système qui l’a célébré puis abandonné, il se retrouve soudain ignoré par les siens… et cela le perturbe profondément.
Il drague ouvertement un jeune pianiste qui l’ignore superbement. Cette indifférence lui est plus douloureuse que toutes les trahisons professionnelles. Linklater filme alors un homme brillant, imbu de lui-même, efféminé, cruel parfois, mais doté d’un langage d’une élégance assassine lorsqu’il étrille sa propre communauté, qu’il accuse de se cacher, de mentir, de renoncer.
Ethan Hawke, fidèle parmi les fidèles de Linklater (même sur de longues années pour un film), est méconnaissable. Il compose un Hart excessif, cassant, vulnérable, jouant aussi sur la petite taille du personnage (1m52), jusque dans les moindres détails, les « petites broutilles » qui deviennent ici des éléments de jeu. Peut-être trop, parfois. On sent l’acteur habité… et l’ombre du « je veux un Oscar » n’est jamais très loin.
Face à lui, Andrew Scott en Richard Rodgers impressionne par sa retenue. Moins démonstratif, plus simple, plus juste. Une performance élégante, qui explique sans peine son Ours d’Argent à Berlin. À choisir, c’est peut-être lui qui marque le plus durablement.
La mise en scène de Linklater est fidèle à lui-même : discrète, presque invisible, laissant toute la place aux dialogues incessants. Il ne se passe presque rien. Vraiment rien. Tout est dans la parole, le rythme, la musique du club, les regards, les silences. Il faut s’accrocher. Écouter. Se laisser porter.
Le scénario est à la fois hilarant et profondément triste. Les répliques fusent, pleines d’esprit, mais révèlent une immense solitude. Jusqu’à cette sortie de bar, sous une pluie battante, où Hart, imbibé d’alcool et de nicotine, s’effondre dans une ruelle. Fin de parcours. Fin d’illusion.
Reste la question des récompenses : Hawke, nommé aux Golden Globes, parviendra-t-il à doubler Léo et Timothée dans la dernière ligne droite ? Mystère.
Blue Moon dure 100 minutes, et c’est long… très long, si l’on n’adhère pas à cette proposition radicale. Un film à écouter plus qu’à regarder. Admirable par moments, épuisant par d’autres.
Bien… mais réservé aux patients, aux passionnés, et aux amoureux des mots.
NOTE : 13.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Richard Linklater
- Scénario : Robert Kaplow[]
- Musique : Graham Reynolds
- Direction artistique : Alice Murphy et Aisling O'Callaghan
- Décors : Susie Cullen
- Costumes : Consolata Boyle[]
- Photographie : Shane Kelly[]
- Montage : Sandra Adair
- Production : Mike Blizzard, Richard Linklater et John Sloss[]
- Sociétés de production : Detour Films Production, en coproduction avec Lenovo Media Group et en association avec Cinetic Media, Under The Influence, Wild Atlantic Pictures[]
- Sociétés de distribution : Sony Pictures Classics (monde)[1] ; Métropole Films (Québec)[
- Ethan Hawke : Lorenz Hart
- Margaret Qualley : Elizabeth Weiland
- Bobby Cannavale : Eddie
- Andrew Scott : Richard Rodgers
- Patrick Kennedy : E. B. White
- Jonah Lees : Morty Rifkin
- Simon Delaney (en) : Oscar Hammerstein II
- Cillian Sullivan : Stephen Sondheim
- John Doran : Weegee
- Anne Brogan : Frieda Hart

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