Pages

samedi 17 janvier 2026

13.20 - MON AVIS SUR LE FILM A NORMAL FAMILY DE JIN HOI HUR (2025)


 Vu le film A Normal Family de Jin-Ho Hur (2025) Avec Sul Kyung-guJang Dong-gunHee-ae Kim Claudia Kim Choi Ri Kim Jung Chul 

 

Jae-wan, un riche avocat, qui s'est remarié avec Ji-soo, jeune propriétaire d'une pâtisserie, et son frère cadet, Jae-gyoo, un médecin menant une vie bourgeoise moins faste avec son épouse, Yeon-kyeong, traductrice, se retrouvent à table à l'heure du dîner pour parler de l'internement de leur mère manifestement alzheimer… Les tensions sont manifestes. Pendant ce temps là, leurs enfants respectifs, ont une soirée libre qui va virer au cauchemar extra-violent : ils tabassent à mort, sous le regard d'une caméra de surveillance, un SDF qui s'est trouvé sur leur passage 

 

A Normal Family de Hur Jin-ho est un film coréen qui, par sa forme, fait irrésistiblement penser à ParasiteTel père, tel fils ou Jiburo, mais qui, sur le fond, reste très éloigné de la noirceur de Memories of Murder ou de la brutalité de J’ai rencontré le diable. On retrouve ici la marque de Hur Jin-ho, réalisateur de April Snow, qui excelle à créer une atmosphère feutrée où chaque regard, chaque silence, chaque geste trahit un monde intérieur complexe. 

Le film est l’adaptation du roman Le Dîner (Het Diner, 2009) de Herman Koch, transposé avec intelligence dans un contexte coréen. Ce déplacement culturel est fascinant : ce qui fonctionnait dans l’Europe bourgeoise prend une résonance particulière dans la Corée contemporaine, où le poids du regard social et de la réussite familiale ajoute une tension supplémentaire. Les questions posées par le roman — jusqu’où irait-on pour protéger ses enfants ? Comment la morale se plie-t-elle au confort et à l’apparence ? — prennent ici une dimension nouvelle et troublante. 

Le récit débute avec une famille apparemment normale, rangée, organisée, presque trop parfaite. On sent dès les premières scènes que cette normalité est fragile, qu’elle repose sur des compromis et des non-dits. En filigrane, Hur Jin-ho tisse un arrière-plan familial subtil et complexe : les relations entre parents et enfants, entre frères et sœurs, sont à la fois crédibles et douloureusement tendues. La famille n’est pas un refuge, mais un terrain où chaque mot peut devenir une bombe. 

Le casting est tout simplement remarquable. Chaque acteur incarne son rôle avec une intensité contenue, mais qui vous saisit à chaque scène. Les parents oscillent entre froideur calculée et émotions refoulées, tandis que les enfants naviguent dans une zone de culpabilité, d’innocence et de manipulation qui rend chaque scène fascinante. Il est rare de voir un film où la crédibilité des personnages est si totale que l’on croit instantanément à leurs dilemmes, à leurs petites lâchetés et à leurs grandes décisions. 

L’histoire, fidèle à la trame du roman, prend son temps. La première partie installe les personnages, leur quotidien, les tensions sous-jacentes, et vous laisse deviner que quelque chose va basculer. Puis survient le second drame, brutal mais traité avec finesse : la vie de famille implose en quelques scènes ciselées, où chaque mot, chaque geste résonne comme un coup porté à l’illusion de normalité. Hur Jin-ho réussit à rendre palpable ce moment où la façade tombe et où l’intime devient incontrôlable. 

La mise en scène est d’une précision remarquable. Les cadres, les lumières, les déplacements des personnages créent un langage visuel qui accompagne le scénario avec fluidité. Rien n’est gratuit : chaque plan, chaque détail, chaque silence est là pour faire monter la tension et pour exposer les fractures invisibles d’une famille qui se croyait intacte. Il y a une élégance dans cette façon de filmer qui rappelle le cinéma européen, tout en restant profondément coréenne par sa sensibilité et sa mélancolie. 

Le scénario, lui, joue habilement avec la morale et l’empathie. Hur Jin-ho ne juge jamais ses personnages, il les observe, les comprend et les expose. La tension naît de cette observation : jusqu’où irait-on pour protéger ses enfants ? Comment justifie-t-on l’injustifiable ? Le film nous place devant ces questions, et c’est terriblement efficace, parce qu’il ne cherche pas à donner des réponses faciles. 

Et puis il y a ce dénouement, terrible, qui vous fait littéralement monter les poils. Ce n’est pas un twist spectaculaire, mais un moment de vérité pure, où toutes les failles et contradictions de la famille éclatent au grand jour. Vous avez suivi chaque émotion, chaque hésitation, et soudain, tout se cristallise : c’est cruel, poignant et implacable. 

Humour et punchlines sont également présents, discrètement mais avec efficacité. Les petites touches ironiques, les répliques cinglantes glissées au milieu de conversations feutrées, offrent un contraste qui rend le film encore plus humain et vivant. Hur Jin-ho ne tombe jamais dans le pathos ; au contraire, il fait sourire avant de serrer le cœur. 

En résumé, A Normal Family est une réussite totale. Le film combine une mise en scène élégante, un scénario intelligent, un casting impeccable et une capacité rare à montrer que derrière la façade de normalité, la famille est un univers complexe, parfois dangereux, toujours fascinant. C’est un film qui reste longtemps en tête, qui questionne et qui bouleverse, et dont chaque scène, chaque plan, chaque acteur participe à cette tension silencieuse mais intense. 

Si vous aimez le cinéma subtil, les tensions familiales traitées avec intelligence, les acteurs qui portent un film sur leur seule crédibilité, et les histoires qui vous laissent avec un nœud dans la gorge et des frissons dans le dos, alors A Normal Family est à voir absolument. Hur Jin-ho signe ici un film d’une précision et d’une élégance rares, capable de capturer l’intime et le terrible dans le même souffle.

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Hur Jin-ho
  • Scénario : Park Eun-kyo et Park Joon-seok, d'après le roman Le Dîner de Herman Koch[]
  • Musique : Cho Sung-woo
  • Décors : Mo So-ra
  • Costumes : Choi Eui-young
  • Photographie : Go Rak-sun
  • Son : Park Jin-hong et Park Yong-gi
  • Montage : Kim Hyeong-joo
  • Production : Kim Won-gook
    • Production déléguée : Kim Joo-seong et Kim Won-gook
    • Coproduction : Park Min-cheol
  • Sociétés de production : Hive Media Corp[], en coproduction avec Higround[]
  • Sociétés de distribution : Hive Media Corp et Mindmark (Corée du Sud) ; Diaphana Distribution (France)
  • Pays de production : Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud

DISTRIBUTION

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire