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mardi 11 novembre 2025

11.20 - MON AVIS SUR LE FILM LA CHALEUR DU SEIN DE JEAN BOYER (1933)


 Vu le Film La Chaleur du Sein de Jean Boyer (1933) avec Michel Simon Arletty Gabrielle Dorziat Jeanne Lion Jean Pâqui Jean Loury Pierre Larquey Marguerite Moreno Henri Vilbert François Périer  

Le fils de l'archéologue Michel Quercy a tenté de se suicider. Son père étant, comme à l'habitude, en expédition archéologique, ce sont ses trois belles-mères successives qui se massent à son chevet, sa mère étant morte à sa naissance. 
À chacune d'elles, il donne une version différente des raisons de son geste et elles vont tenter, tant mal que bien, d'arranger les affaires de "leur fils" et le père, revenu d'Égypte, comprendra qu'il ne suffisait pas de "donner des mères" à son fils mais qu'il va désormais falloir être le père qu'il n'a jamais été. 

La Chaleur du Sein de Jean Boyer, c’est ce petit film d’avant-guerre qui ne cherche pas midi à quatorze heures. Une comédie familiale qui ne se prend jamais au sérieux et qui, justement, fonctionne grâce à cette légèreté assumée. Un fils un peu beaucoup voyou, qui a déjà bien compris l’héritage paternel, tente de se suicider. Rien de noir pourtant : le ton reste doux, presque tendre. Et surtout, ce garçon ne se retrouve pas seulement veillé par sa mère. Non. Il en a trois. Le père, c’est Michel Simon, volage professionnel, collectionneur de femmes légitimes et irrésistible pitre. Le fiston n’a visiblement retenu de lui que les mauvaises habitudes. 

Autour de ce lit d’hôpital où le gamin se remet doucement, déboulent trois mères successives, trois ex-madames Simon, chacune avec son tempérament, sa façon de protéger ce garçon, et toutes persuadées d’avoir le vrai lien maternel. Arletty, Jeanne Lion et Gabrielle Dorziat : un trio d’actrices formidables qui illumine littéralement le film. Arletty apporte son franc-parler gouailleur, Jeanne Lion son panache, Dorziat son élégance mordante. Face à elles, Michel Simon, monstre sacré, fait le numéro qu’on attend : mélange de mauvaise foi, charme de travers, tendresse bancale et gestes trop larges. Tout le monde joue juste, personne ne tire la couverture, et la mécanique comique tourne à merveille. 

L’histoire avance tranquillement, sans coups de théâtre inutiles, sans drame de trop, juste ce qu’il faut pour garder éveillé le spectateur qui connaît déjà le cinéma de cette période. Boyer signe ici un film quasi “Guitry sans Guitry”, c’est-à-dire l’esprit de la comédie de mœurs, le ton léger, les marivaudages amusés, mais sans l’arme fatale : les dialogues ciselés du maître. On sent que le réalisateur vise l’agréable plutôt que le brillant. Ce n’est pas un défaut : c’est sa nature. 

Et malgré un titre qui ferait presque croire à un film érotique avant l’heure, il n’y a évidemment rien de tout cela. Hélas — ou pas — le film reste sage, très sage même, le plus canaille ici restant Michel Simon lui-même, simplement en traversant un couloir. 

La mise en scène fait ce qu’elle doit : propre, vivante, jamais pesante. Les scènes entre les trois mères sont les plus réussies, parce que Boyer sait laisser respirer ses actrices. Le scénario, lui, tient en peu de lignes, mais il a l’intelligence de ne pas forcer : une situation, des personnages hauts en couleur, et la simple idée que ce gamin, voyou par mimétisme, ne manque pas d’amour… il en a même trop. 

La Chaleur du Sein est un film d’un autre temps, et c’est ce qui fait son charme. Une bulle légère, drôle, sans ambition démesurée, mais avec trois actrices splendides et un Michel Simon impérial en pater irresponsable. Un plaisir simple, et parfois ça suffit largement. 

NOTE : 11.20

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