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samedi 15 novembre 2025

11.20 - MON AVIS SUR LE FILM DEFENSE DE SAVOIR DE NADINE TRINTIGNANT (1973)


 Vu le film Défense de Savoir de Nadine Trintignant (1973) avec Jean Louis Trintignant Juliet Berto Michel Bouquet Charles Denner Marie Trintignant Barbara Laage Carlo de Mejo Bernadette Lafont 

Découverte près du corps de son amant décédé, Simone, une prostituée, est inculpée. Malgré le manque de coopération de cette dernière, l'avocat commis d'office, Maître Jean-Pierre Laubré, mène son enquête et découvre des faits troublants concernant Ravier, la victime. Ses recherches le mettent sur le chemin de Cristiani, candidat aux élections législatives, mais révèlent aussi que Ravier était un indic politique, lui-même impliqué dans un assassinat la veille de son meurtre. 

Quand la crème fouettée essaie de masquer une génoise en carton 

« Défense de Savoir » de Nadine Trintignant, c’est un peu comme vouloir faire du Chabrol avec les restes du frigo : on a les ingrédients, on a même l’assistant qui deviendra plus tard Jean-Jacques Beineix, mais au final la recette tourne, la sauce tranche, et l’ensemble reste collé au fond de la casserole. Tout y est pourtant : un polar à la française, une atmosphère années 70, un parfum de dénonciation sociale (parce que la mode était à ça), et un casting tellement bon que n’importe quel cinéaste normal aurait signé un classique juste en appuyant sur “REC”. Mais hélas, mille fois hélas, tout le reste est une mélasse : la quintessence des polars 70’s version ratée, avec ce son direct qui bouffe la moitié des dialogues — ce qui est peut-être une bénédiction, si on y pense. 

On espère que les dialogues étaient bons. On l’espère très fort. On ne les entend pas, mais on l’espère. 

Parce que sur le papier, il y a de quoi saliver : Juliet Berto, Michel Bouquet, Charles Denner, Bernadette Lafont, Jean-Louis Trintignant... une brochette idéale. La “chantilly” du casting, , qui tente désespérément de cacher l’indigence de la génoise dramatique sur laquelle ils sont posés. Ils jouent tous parfaitement, mais quand la mise en scène reste figée comme un bloc de margarine au frigo et que le scénario enfile les lieux communs sociopolitiques comme des perles, on finit par se demander pourquoi on a sorti la vaisselle en porcelaine. 

Et derrière tout ça, le clan Trintignant-Marquant au grand complet, bien décidé à nous faire croire qu’ils tiennent là LE film qui dénonce, LE film qui dérange, LE film qui fouille le dessous du tapis bourgeois. Sauf qu’un tapis, ça se soulève avant de filmer. Yves Boisset savait faire ça : il épluchait, il grattait, il vérifiait le dossier. Ici, on dénonce de loin, vaguement, en mode slogan. On n’a pas un polar, on a une posture. Mal cadrée. 

L'histoire ? Ah oui, parlons-en. Un avocat commis d’office mène l’enquête — pour trois francs six sous et avec un zèle qu’on ne voit même plus dans les films de super-héros. Il se défonce littéralement : il achète du sauciflard à la prévenue, il houspille un politicien douteux (donc forcément puissant, donc forcément de droite dans l’équation maison, pendant que tout le gratin du cinéma de l’époque se disait de gauche — merci pour eux), et il avance dans l’affaire comme un Don Quichotte du barreau. C’est l’homme qui dérange l’ordre bourgeois, oh la la, quelle audace, ça faisait vraiment gauchiste — mais version affiche collée de travers. 

Et pendant ce temps, Marie Trintignant fait ses débuts. Elle s’appelle Marie, elle devient témoin numéro un, et on coche une case de plus dans le bingo familial. 

Le problème, c’est que la mise en scène ne dirige rien : elle accompagne, elle note, elle laisse faire. C’est plat, figé, narcissique, comme si le film voulait se regarder dans le miroir au lieu de regarder ses personnages. Tout est là, mais rien ne prend. Polar ciselé en surface, mais creux dès qu’on gratte — un peu comme ces “films qui dénoncent” qui se croient efficaces juste en ayant dénoncé quelque chose. 

Résultat : Défense de Savoir, c’est une insulte au cinéma. Un film bidonné par excellence. Un véritable trompe-l’œil où les acteurs essayent de sauver les meubles pendant que le scénario s’écroule en direct et que la mise en scène regarde ailleurs. Une génoise sèche avec de la chantilly de luxe dessus : ça peut impressionner une seconde, mais à la première bouchée, on comprend que ce n’est pas du gâteau. 

Un polar qui aurait pu être brillant, mais qui finit en leçon mal digérée. Une dénonciation qui dénonce surtout un manque cruel de cinéma. Et une démonstration que même avec Denner, Bouquet, Lafont, Berto et Trintignant, si la base est bancale… eh bien, la maison s'écroule. 

Défense de savoir ? 
Non : défense de s’infliger ça. 

NOTE : 11.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

 

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