Vu le Film Te Casses pas la Tête Jerry de Jerry Lewis (1968) avec Jerry Lewis Patricia Routledge Terry Thomas Jacqueline Pearce Bernard Cribbins John Bluthal
George Lester, un Américain idiot, a un plan pour devenir riche rapidement : transformer l'appartement londonien de sa femme Pamela, de qui il est séparé, en discothèque à la mode. Furieuse, la future ex-Mme Lester lui ordonne de le remettre en état.
Après les États-Unis, avant la France, voilà Jerry en escale à Londres, et rien que ce déplacement géographique suffit à relancer la machine comique. Car chez lui, le décor n’est jamais un simple fond : c’est un partenaire, parfois même une victime. Londres, avec son flegme, ses règles, sa tenue impeccable, devient le terrain idéal pour que Jerry vienne tout dérégler avec une précision de funambule ivre. On retrouve ce tempo si particulier, cette manière d’installer une situation presque anodine, de la faire durer, de la tendre comme un élastique jusqu’à ce qu’elle claque en plein visage du spectateur. Et dans ce film, il est à son meilleur niveau, celui où le moindre geste, le moindre regard, la moindre hésitation devient matière à gag. Son corps reste son principal outil : élastique, imprévisible, capable de passer du contrôle absolu à la catastrophe totale en une fraction de seconde.
Il ne joue pas dans le décor londonien, il le désorganise méthodiquement, transformant chaque code social en piège comique. Là où un Anglais reste droit, lui se plie ; là où tout doit être contenu, lui déborde. Et c’est précisément dans ce décalage que naît le rire.
Mais ce qui fait la force du film, c’est qu’au-delà de la mécanique burlesque, il y a toujours cette tendresse, cette fragilité presque enfantine qui empêche Jerry de devenir cruel. Il ne ridiculise jamais vraiment les autres, il se sacrifie lui-même au gag, il est le premier à tomber pour que le spectateur se relève en riant. Certains enchaînements sont d’une simplicité désarmante, presque muets, hérités d’un autre temps, tandis que d’autres relèvent d’une véritable chorégraphie physique où chaque mouvement est millimétré.
Le film ne cherche pas à moderniser son langage, il assume pleinement son style, et c’est cette fidélité qui le rend aussi efficace. Londres apporte une rigidité qui sert de contrepoint parfait à son chaos intérieur, et cette opposition fonctionne à merveille, comme une partition parfaitement accordée entre discipline et anarchie. On sent un Jerry libre, inspiré, qui maîtrise totalement son rythme et son univers, capable de faire durer un gag jusqu’à l’absurde sans jamais perdre le spectateur.
C’est un cinéma qui ne s’explique pas vraiment, il se ressent, il se vit, presque physiquement. Et dans ce voyage londonien, il atteint une forme d’équilibre rare entre maîtrise et folie. Un film qui ne se casse pas la tête, peut-être, mais qui prouve surtout qu’avec un tel sens du tempo, du corps et du regard, Jerry Lewis n’a jamais eu besoin de réfléchir longtemps pour nous faire rire — il lui suffisait d’exister à l’écran.
NOTE ; 8.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Jerry Paris
- Scénario : Max Wilk, d'après son roman Don't Raise the Bridge, Lower the River
- Direction artistique : John Howell
- Photographie : Otto Heller
- Montage : Bill Lenny
- Musique : David Whitaker
- Chorégraphie : Leo Kharibian
- Production : Walter Shenson ; Leon Becker (production associée)
- Société de production : Walter Shenson Productions
- Société de distribution : Columbia Pictures
- Pays :
Royaume-Uni
- Jerry Lewis (VF : Jacques Dynam) : George Lester
- Terry-Thomas (VF : Roger Carel) : H. William Homer
- Jacqueline Pearce (en) (VF : Perrette Pradier) : Pamela Lester
- Bernard Cribbins (VF : Philippe Dumat) : Fred Davies
- Patricia Routledge : Lucille Beatty
- Nicholas Parsons (VF : Bernard Dhéran) : Dudley Heath
- Michael Bates (VF : Antoine Marin) : le Dr Spink
- Colin Gordon (VF : Richard Francœur) : M. Hartford
- John Bluthal (en) (VF : Roger Rudel) : le Dr Pinto
- Sandra Caron : l'infirmière de Pinto
- Margaret Nolan : l'infirmière de Spink
- Harold Goodwin (VF : Jean Berton) : Six-Eyes Wiener (Œil-de-Lynx en VF)
- Niké Arrighi : la serveuse portugaise
- John Barrard : l'homme zébré
- Pippa Benedict (VF : Perrette Pradier) : Fern Averback
- Robbie Lee (en) : Bruce
- Al Mancini (en) (VF : Gérard Hernandez) : Pedro, le chauffeur portugais
- Richard Montez (VF : Henry Djanik) : Ali
- John Moore (VF : René Renot) : Digby
- Henry Soskin (VF : Claude Dasset) : l'Arabe barbu

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