Vu le Film La Femme la Plus Riche du Monde de Thierry Klifa (2025) avec Isabelle Huppert Laurent Lafitte Marina Fois Raphael Personnaz André Marcon Mathieu Demy Joseph Olivennes Micha Lescot Paul Beaurepaire Yannick Renier Anne Brochet
Marianne Farrère (interprétée par Isabelle Huppert), héritière d’une entreprise de cosmétiques et femme la plus riche du monde, réalise une séance photo avec Pierre‑Alain Fantin (Laurent Lafitte), un photographe fantasque. Le comportement déjanté du photographe séduit cette femme fortunée et la libère de la torpeur de son univers figé et ennuyeux.
L’amitié improbable qui naît entre eux a un prix : le carnet de chèques de l’héritière est fréquemment sollicité pour financer le photographe, notamment l’extension de son atelier où il vit avec son amant.
Frédérique, la fille de Marianne (Marina Foïs), tente de mettre à mal l’emprise qu’exerce Pierre‑Alain sur sa mère ainsi que les dépenses inconsidérées qui en découlent. Elle finit par déposer plainte.
J’ai voulu rattraper ce film dans la foulée des César. Mauvaise urgence. Mon attente n’était pas si pressée, et je confirme après visionnage : elle pouvait encore attendre.
Klifa, habitué aux tourments familiaux feutrés, nous invite ici — sous couvert de fiction — dans ce qui ressemble furieusement à la dynastie Liliane Bettencourt / Françoise Bettencourt Meyers. Autrement dit, la famille la plus célèbre de France pendant des années… avec ses « petits problèmes financiers » mensuels (sic). Sur le papier, il y avait matière à disséquer l’âme noire d’un clan où l’argent n’est pas un moyen mais une obsession, où l’affect se monnaie et où la confiance se facture.
Alors cette histoire de gens dans la difficulté financière (sic) ne m'intéressais pas au plus haut point à l'époque et du mal du pourquoi en faire un film si au moins on avait entré dans l'âme noir de ses protagonistes qui pensent qu'à leurs flics plus ou moins mal gagnés et qui ne s'en cachent pas.
Mais le film choisit une autre voie : celle du réel édulcoré, presque aseptisé.
Physiquement, rien ne ressemble aux “héros” (re-sic). Pas une ride mal placée, pas un cheveu de travers. Les maquillages n’ont visiblement pas coûté cher : tout le monde est trop beau. Trop lisse. Trop propre. On parle d’un univers de luttes de pouvoir, de manipulations, d’avidité, et l’image est digne d’une publicité de luxe. Le décalage est permanent.
Côté casting, le bât blesse encore plus. Isabelle Huppert, « Mamie L’Oréal », est d’une fixité presque fantomatique. Une présence statique, sans véritable vibration émotionnelle. Elle traverse le film plus qu’elle ne l’habite. Raphaël Personnaz dans le rôle du valet traître reste trop lisse, trop appliqué. Quant à Marina Foïs, son personnage évoquant Liliane Bettencourt ne dépasse jamais la surface : ni monstruosité tragique, ni vertige intérieur.
Et puis il y a le cas Pierre-Alain Fantin, évident double de François-Marie Banier. Interprété par Laurent Lafitte, il devient une sorte d’escroc séducteur presque sympathique. Là où Banier traînait une aura ombrageuse, manipulatrice, dérangeante, Klifa semble tenté par l’indulgence, voire l’admiration. Résultat : un personnage transformé en Zaza flamboyante, excessive, cabotine. Et Lafitte, pourtant excellent dans des registres dramatiques, en fait ici des tonnes. À chaque apparition, on entend presque : « Je veux mon César ! » — et vous, je suis sorti du film.
La mise en scène, sans fard, est propre mais plate. Elle observe sans jamais mordre. Le scénario effleure les enjeux sans creuser la noirceur morale. On reste à la surface d’un scandale historique qui aurait mérité une plongée sans oxygène. Au lieu d’une tragédie sur le pouvoir, la solitude et la corruption des sentiments, on assiste à une chronique chic et inoffensive.
Au fond, ce qui frustre, c’est que l’histoire réelle — explosive, cynique, presque shakespearienne — était plus forte que la fiction. En refusant d’entrer franchement dans la laideur morale et l’avidité assumée de ses protagonistes, le film se prive de sa puissance dramatique.
Rien à prendre au sérieux, Je dirais : rien à risquer non plus. Et c’est peut-être le vrai problème.
NOTE : 11.30
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Thierry Klifa
- Scénario : Cédric Anger, Jacques Fieschi et Thierry Klifa
- Musique : Alex Beaupain
- Photographie : Hichame Alaouié
- Son : Fabrice Osinski
- Montage : Chantal Hymans
- Décors : Ève Martin
- Costumes : Jürgen Döring, Laure Villemer
- Production : Mathias Rubin
- Sociétés de production : Recifilms (Paris), Versus Production (Bruxelles), en association avec 7 SOFICA
- Isabelle Huppert : Marianne Farrère
- Laurent Lafitte : Pierre-Alain Fantin
- Marina Foïs : Frédérique Spielman
- Raphaël Personnaz : Jérôme Bonjean
- André Marcon : Guy Farrère
- Mathieu Demy : Jean-Marc Spielman
- Joseph Olivennes : Raphaël d’Alloz
- Micha Lescot : De Veray
- Paul Beaurepaire : Charles Spielman
- Yannick Renier : capitaine de la Brigade financière
- Anne Brochet : Betsy
- Douglas Grauwels (d) : l'architecte

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