Vu le Film 53 Sundays de Cesc Gay (2026) avec Javier Camara Carmen Machi Alexandra Jimenez Javier Gueteriez ALvarez
Deux frères et une sœur se réunissent pour prendre une décision concernant leur père de 86 ans qui commence à se comporter de manière très étrange : faut-il le placer en maison de retraite ? Ou l'accueillir chez l'un d'eux ?
Il ne faut pas se fier au titre, 53 Sundays, ce n’est pas un défi absurde à base de glaces englouties à la chaîne, mais bien ces fameux 53 dimanches — ceux qui rythment une année un peu bancale, et surtout un roman écrit par l’un des protagonistes, comme un miroir pas très flatteur de ce qui se joue sous nos yeux. 53 Sundays signé Cesc Gay, c’est du théâtre filmé qui ne dit pas son nom, un huis clos presque étouffant où quatre adultes qui partagent le même sang (et une pièce en plus) réalisent qu’ils ne partagent plus grand-chose d’autre.
Trois frères et sœurs, et la compagne de l’un d’eux, réunis non pas par plaisir mais par nécessité : il faut décider quoi faire du père, devenu moins autonome, plus encombrant aussi dans ce que ça renvoie d’eux-mêmes. Sur le papier, c’est une discussion. Dans les faits, c’est une guerre polie. Chacun arrive avec ses comptes, ses rancunes, ses petites lâchetés bien rangées. Et forcément, ça déborde.
Il y a Julian, l’écrivain — ou disons celui qui se pense écrivain — et qui devient très vite la cible idéale. Parce que juger le roman, c’est éviter de parler du reste. Alors on décortique, on pique, on humilie presque, à fleuret moucheté comme vous le dites très justement, mais le fleuret touche. Et parfois profondément. Le texte devient un champ de bataille, un prétexte pour régler autre chose. Toujours autre chose.
Ce qui frappe, c’est cette incapacité à se parler vraiment. Ils sont là, autour de la table, dans ce décor qui pourrait être celui de n’importe quelle famille, et pourtant tout sonne faux, ou plutôt tout sonne retenu. On parle, mais on ne dit rien. Ou trop tard. Ou mal. Une thérapie familiale sans thérapeute, donc forcément ça dérape.
Le film repose entièrement sur ses acteurs, et il le sait. Pas d’échappatoire, pas de distraction. Il faut tenir l’attention avec des regards, des silences, des phrases qui claquent ou qui glissent. Et ils tiennent. Chacun existe, avec ses failles, ses certitudes, ses crispations. On sent le vécu, le non-dit accumulé, les années de distance.
Cesc Gay et sa réalisation reste volontairement discrète, presque en retrait, comme si elle refusait d’interférer avec ce qui se joue. Peu de mouvements, peu d’effets, mais une précision dans le placement, dans le rythme des échanges. C’est du tempo, presque musical, où chaque réplique trouve sa place, ou la vole à l’autre.
C’est plus commercial que ses débuts, oui, dans le sens où le dispositif est plus accessible, plus lisible. Mais il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas aimable pour autant. Il y a quelque chose de grinçant, parfois même de cruel dans la manière dont les personnages se renvoient leurs vérités.
L’histoire tient sur peu de choses, mais c’est justement là sa force. Une situation simple, presque banale, et tout repose sur la manière dont elle se fissure. Pas de grands rebondissements, mais une montée progressive de la tension, jusqu’à ce que les masques tombent — ou se reforment encore plus solidement.
Et puis cette sensation d’enfermement. Huis clos familial, presque hermétique, où même l’air semble manquer. On est avec eux, coincé dans cette pièce, témoin de ce qui aurait peut-être dû rester tu. Ou être dit plus tôt. Beaucoup plus tôt.
C’est un film pour ceux qui aiment les histoires de famille, oui, mais pas celles où tout s’arrange autour d’un café. Ici, on parle de gens qui ont du mal à se rencontrer, et encore plus à dialoguer. Et ça sonne juste.
53 Sundays, c’est un film qui ne cherche pas à plaire à tout le monde. Il observe, il laisse faire, il gratte là où ça fait un peu mal. Et il rappelle, sans en avoir l’air, que parfois le plus dur, ce n’est pas d’aimer sa famille… c’est de lui parler.
NOTE : 11.90
FICHE TECHNIQUE
| Directed by | Cesc Gay |
|---|---|
| Screenplay by | Cesc Gay |
| Based on | 53 diumenges by Cesc Gay |
| Starring | |
| Cinematography | Andreu Rebés |
| Music by | Arnau Bataller |
Production company | Imposible Films |
| Distributed by | Netflix |
- Carmen Machi as Natalia
- Javier Cámara as Julián
- Javier Gutiérrez as Víctor
- Alexandra Jiménez as Carol

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