Vu le Film Prisonners de Denis Villeneuve (2013) avec Jake Gyllenhall Hugh Jackman Paul Dano Mélissa Léo Marie Bello Terrence Howard Viola Davis Dennis Christopher Dylan Mynette
Dans le nord-est de la Pennsylvanie, Anna Dover et Joy Birch, deux petites filles de six ans, disparaissent. L'inspecteur Loki est chargé de l'enquête. De son propre côté, Keller Dover, le père dévasté d'Anna, qui est aveuglé par sa douleur, se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les fillettes disparues.
Il y a treize ans, beaucoup de spectateurs ont compris qu’un très grand cinéaste était en train d’émerger : Denis Villeneuve. Bien avant de conquérir la science-fiction avec des fresques monumentales, il signait avec Prisoners un thriller paranoïaque d’une puissance rare, un de ces films qui vous serrent la gorge pendant plus de deux heures et ne vous lâchent jamais. Le thriller parano est un genre casse-gueule : trop de mystère et on perd le spectateur, trop d’explications et le suspense disparaît. Ici Villeneuve marche sur un fil et ne tombe jamais. Dès la disparition de deux petites filles dans une banlieue américaine tranquille, la mécanique infernale se met en route et chacun, spectateur compris, commence à douter de tout le monde. Et c’est précisément là que le film devient fascinant : la parano n’est pas seulement dans l’enquête, elle s’insinue dans les familles, dans les regards, dans les silences.
L’histoire suit deux familles brisées par la disparition de leurs enfants. D’un côté la famille Dover avec un père prêt à tout pour retrouver sa fille, incarné par un immense Hugh Jackman, entouré de Maria Bello et du jeune Dylan Minnette. De l’autre la famille Birch, bouleversante, avec Viola Davis et Terrence Howard. Face à eux, un suspect étrange, fragile et inquiétant à la fois, Alex Jones, joué par l’incroyable Paul Dano, protégé par une mère mystérieuse interprétée par Melissa Leo. Et au milieu de ce chaos moral, un policier obstiné, fatigué, hanté par l’affaire : le détective Loki, incarné par Jake Gyllenhaal. Rien que cette galerie d’acteurs pourrait suffire à porter le film, mais Villeneuve les pousse tous dans leurs retranchements, jusqu’à la rupture.
Je ne dirai évidemment rien du ou de la coupable — garder le mystère fait partie du plaisir — mais ce qui frappe, c’est la manière dont l’enquête ronge ceux qui la mènent. Comme dans Zodiac, ceux qui cherchent la vérité font face à une pression mentale qui dépasse les limites humaines. Les policiers sont obsédés, les parents deviennent prêts à franchir des frontières morales terrifiantes. On pourrait dire que ce n’est que du cinéma… mais l’actualité nous rappelle hélas que la réalité dépasse souvent la fiction dans l’horreur. Villeneuve comprend parfaitement cela et ne cherche jamais à rassurer le spectateur. Au contraire, il maintient le suspense jusqu’au bout, ne laissant quasiment aucune échappatoire, aucun mince espoir auquel se raccrocher.
La mise en scène est d’une maîtrise impressionnante. Les plans sont lourds, froids, presque étouffants, comme si la ville entière était enfermée dans un cauchemar hivernal. Chaque regard, chaque silence, chaque porte qui grince semble annoncer un drame. Villeneuve sait que le vrai suspense naît de l’attente et de l’angoisse, pas seulement des révélations. Et il joue aussi sur un ressort imparable : toucher aux enfants provoque immédiatement chez le spectateur un sentiment de détresse viscérale. Oui, Villeneuve en joue… mais il en joue avec intelligence et cruauté.
Le scénario est véritablement diabolique, parce que les personnages le sont parfois eux aussi. Certains sont monstrueux, d’autres simplement humains mais poussés au bord de l’abîme. Et c’est là que le film devient encore plus troublant : jusqu’où irions-nous pour sauver ceux que nous aimons ? Avec un tel casting, une mise en scène d’orfèvre et un scénario aussi machiavélique, Prisoners devient un thriller d’une intensité presque insoutenable. Un film qui vous accroche littéralement à votre fauteuil… et qui, une fois terminé, continue de vous hanter longtemps. Villeneuve n’y signe pas seulement un grand polar : il prouve qu’il est déjà un immense cinéaste.
NOTE : 17.30
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Denis Villeneuve
- Scénario : Aaron Guzikowski (en)
- Direction artistique : Patrice Vermette
- Décors : Paul D. Kelly
- Costumes : Renée April
- Photographie : Roger Deakins
- Montage : Joel Cox et Gary Roach
- Musique : Jóhann Jóhannsson
- Production : Kira Davis, Broderick Johnson, Adam Kolbrenner, Andrew Kosove, Mark Wahlberg et Robyn Meisinger
- Sociétés de production : Alcon Entertainment ; 8:38 Productions et Madhouse Entertainment (coproductions)
- Sociétés de distribution : Warner Bros.
- Budget : 46 000 000 de dollars[
- Hugh Jackman (VF : Joël Zaffarano ; VQ : Daniel Picard) : Keller Dover
- Jake Gyllenhaal (VF : Rémi Bichet ; VQ : Martin Watier) : Inspecteur Loki
- Viola Davis (VF : Maïk Darah ; VQ : Johanne Garneau) : Nancy Birch
- Maria Bello (VF : Déborah Perret ; VQ : Anne Bédard) : Grace Dover
- Terrence Howard (VF : Lucien Jean-Baptiste ; VQ : Gilbert Lachance) : Franklin Birch
- Melissa Leo (VF : Françoise Rigal ; VQ : Chantal Baril) : Holly Jones
- Paul Dano (VF : Donald Reignoux ; VQ : Sébastien Reding) : Alex Jones
- Dennis Christopher : Mr. Jones
- Dylan Minnette (VF : Mathias Mella ; VQ : François-Nicolas Dolan) : Ralph Dover
- Brad James (VF : Benjamin Gasquet) : Officier Carter
- Zoë Soul (VF : Jade Jonot ; VQ : Ludivine Reding) : Eliza Birch
- Erin Gerasimovich (VF : Coralie Thuilier) : Anna Dover
- Kyla Drew : Joy Birch
- Wayne Duvall (VF : Jacques Bouanich) : Capitaine Richard O'Malley
- Len Cariou : Père Patrick Dunn
- David Dastmalchian : Bob Taylor
- Jeff Pope : Elliot Milland

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