Vu Le Film Men of Honor de Saul Dibb (2017) avec Sam Caflin Asa Butterfield Tobu Jones Tom Sturridge Stephen Graham Paul Betatny Robert Glenister Nicholas Agnew
En mars 1918, vers la fin de la Première Guerre mondiale, dans les tranchées de l'Aisne, un petit groupe de soldats attend la mort sous les bombardements de l'ennemi. Le sous-lieutenant Raleigh, dix-huit ans, rejoint les hommes dirigés par son ami d'enfance, le capitaine Stanhope, âgé de vingt ans. Mais ce dernier est gravement fragilisé par la guerre.
Men of Honor de Saul Dibb, c’est d’abord une pièce de théâtre qui prend son envol sur grand écran. L’adaptation de Journey’s End de Robert Cedric Sherriff n’avait rien d’évident : transposer la claustrophobie des tranchées de 14-18, le vacarme incessant, la poussière et le sang qui gicle, tout ça dans une salle sombre où l’on suit des personnages survoltés ou anéantis, c’était un pari risqué. Mais Dibb, malin, ne s’y attaque pas frontalement. Pas de naïveté héroïque, pas de clichés du “courage au front” façon film scolaire. Non, lui, il plonge dans la psyché de Raleigh, ce jeune sous-lieutenant interprété par Asa Butterfield. Et là, chapeau bas. Le gamin est formidable. Chaque regard, chaque hésitation, chaque souffle raconte un monde en guerre à l’intérieur d’un seul homme.
On pense forcément à 1917 ou aux Les Croix de bois, mais Dibb joue pas dans la même cour. Lui, il te met pas la guerre sous les yeux, il te la met dans la tête. Et là, ça devient tout de suite plus dérangeant.
On est loin du simple documentaire de guerre. Ici, le vrai champ de bataille, c’est son esprit. Les bombes éclatent dans sa tête avant d’éclater autour de lui. Et écrire à sa sœur devient une prouesse de courage et de fragilité à la fois. Va-t-il s’en sortir indemne, physiquement et psychologiquement ? Le film ne vous donne jamais la réponse sur un plateau. Et c’est tant mieux. On suit, on tremble, on doute. On est dans le flou de la guerre mentale autant que dans les tranchées.
Sam Claflin, à côté, est un contrepoint parfait. Son personnage, solide et rassurant, est là pour montrer ce que la guerre peut exiger de chacun, mais sans jamais écraser le protagoniste. Leur duo fonctionne à merveille. La relation entre ces deux hommes, la complicité qui se tisse, les regards échangés dans le chaos… c’est subtil, fragile et poignant.
La mise en scène de Dibb est presque chirurgicale. On ressent la claustrophobie de l’espace, la poussière qui irrite, le sang qui tache. Mais tout cela reste au service du psychologique. Pas de surenchère inutile, pas de bruit pour le bruit. Chaque explosion, chaque plan, chaque silence est calculé pour que le spectateur entende ce que Raleigh entend, ressente ce qu’il ressent.
Fidèle à l’esprit de la pièce, n’a rien perdu de sa force. Il ne tombe jamais dans le pathos facile, ni dans la complaisance des “héros de guerre”. On suit une histoire, oui, mais on vit la guerre à travers des âmes brisées, des jeunes gens pris dans un engrenage qui les dépasse. C’est exigeant, parfois difficile à suivre mentalement, mais ô combien fascinant.
Butterfield, encore une fois, est la révélation du film. Sa fragilité, sa tension, sa naïveté et sa force en font un personnage complet. On ne voit plus l’acteur, on voit Raleigh. Claflin apporte un équilibre nécessaire, une force tranquille qui fait respirer le spectateur dans ce cauchemar.
L’humour du film est rare mais essentiel. Les petites répliques, les micro-gestes, les interactions entre les hommes, apportent un souffle humain dans un univers impitoyable. On rit presque malgré nous, ou pour mieux retenir son souffle entre deux explosions mentales.
Et puis, il y a ce sens du détail : la poussière qui colle aux vêtements, le froid qui pénètre, la lettre qu’on écrit comme un ultime refuge… Ce n’est pas du cinéma grand spectacle, c’est du cinéma qui tient le spectateur par la gorge et le cœur. Men of Honor est un film qui ne triche pas. Il prend des risques, il met son public à l’épreuve, il mise tout sur les acteurs et la psychologie. Asa Butterfield est bouleversant, Sam Claflin impressionnant, et Dibb signe une œuvre qui vous reste longtemps dans la tête. Pas un film de guerre comme les autres, mais une plongée dans l’âme humaine. Brut, sincère, intense. Et franchement, mieux vaut être préparé : le front ici est autant dans la tête que sur le terrain.
Men of Honor de Saul Dibb, c’est typiquement le genre de film où tu te dis au départ : encore une histoire de tranchées, encore de la boue, encore des gars qui attendent la mort… et puis non. Enfin si, y a tout ça, mais pas comme tu crois. Parce que derrière, y a Journey's End de Robert Cedric Sherriff, et ça change tout.
Attention, c’est pas un film facile. Mentalement, faut suivre. Y a pas de grosses flèches pour t’expliquer “là il va mal”, “là ça va mieux”. Non, tu dois capter. Ressentir. Et parfois t’es un peu perdu… comme lui.
NOTE : 13.80
FICHE TECHNIQUE
- éalisation : Saul Dibb
- Scénario : Simon Reade, d'après la pièce de théâtre Journey's End de Robert Cedric Sherriff
- Direction artistique : Kristian Milsted
- Décors : Philip Barber
- Costumes : Anushia Nieradzik
- Photographie : Laurie Rose (en)
- Montage : Tania Reddin
- Musique : Natalie Holt
- Production : Guy de Beaujeu et Simon Reade
- Société de production : Fluidity Films
- Sociétés de distribution : Lionsgate ; TVA Films[] (Québec)
- Pays d'origine :
Royaume-Uni
- Sam Claflin : le capitaine Stanhope
- Asa Butterfield : le sous-lieutenant Raleigh
- Toby Jones : le soldat Mason
- Tom Sturridge : le sous-lieutenant Hibbert
- Stephen Graham : le sous-lieutenant Trotter
- Paul Bettany : le lieutenant Osborne
- Robert Glenister : le Colonel
- Nicholas Agnew : le caporal Pincher
- Miles Jupp : Hardy
- Theo Barklem-Biggs : Watson
- Jake Curran : Hammond
- Andy Gathergood : le sergent-major
- Rupert Wickham : le général Raleigh
- Jack Holden : Bert
- Tom Ward-Thomas : le subalterne de Hardy
- Jack Riddiford : Evans
- Elliot Balchin : Peters
- Alaïs Lawson : Angele
- Adam Colborne : le privé Graham
- Eirik Bar : Ernst, le prisonnier allemand
- Rose Reade : Margaret

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