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lundi 16 mars 2026

8.40 - MON AVIS SUR LE FILM.OXANA DE CHARLENE FAVIER (2024)


 Vu le Film Oxana de Charlène Favier (2024) avec Albina Korzh   Maryna KoshkinaLada Korovai Yohann Zimmer Noée Abita 

L’histoire d’Oksana Chatchko et de la naissance du mouvement FEMEN en Ukraine. Oksana et les autres militantes organisent des manifestations provocatrices contre une société patriarcale ukrainienne soutenant l’exploitation sexuelle des femmes dans leur pays ainsi que contre l’influence politique Russe dans les pays frontaliers, jusqu’à ce que les violences de la répression poussent les jeunes femmes à s'exiler à Paris. 

Avec ce film, la réalisatrice tente de s’attaquer à une figure réelle et explosive : Oksana Chatchko, artiste et militante ukrainienne qui participa à la création du mouvement Femen. Né en Ukraine à la fin des années 2000, ce collectif féministe se fit connaître par ses actions spectaculaires : happenings seins nus, slogans peints sur le corps, provocations politiques et médiatiques. Au départ, le mouvement s’inscrivait notamment contre l’influence russe et certaines dérives politiques de l’espace post-soviétique, avant de devenir une machine militante internationale, multipliant les coups d’éclat à travers le monde. 

Sur le papier, la matière est formidable. Une jeunesse révoltée, un pays sous tension, une militante radicale, des performances politiques brutales et médiatiques. Tout cela aurait dû donner un film nerveux, fiévreux, presque électrique. Un cinéma de l’urgence, de la colère, de la crispation. 

Trois fois hélas. 

Le film ressemble davantage à une colonie de vacances pour jeunes filles qui hurlent qu’à une plongée dans la naissance d’un mouvement politique radical. Les slogans fusent, les corps se dressent, mais la fièvre ne vient jamais. On attend l’embrasement, on espère la tension… et l’on reste devant un récit étonnamment sage. 

La mise en scène de Charlène Favier semble hésiter entre biographie intime et chronique militante. Résultat : le film flotte. Il ne tranche jamais. Les scènes qui devraient être des explosions politiques deviennent de simples tableaux, presque décoratifs. Là où l’histoire réelle d’Oksana Chatchko déborde de rage et de contradictions, le film reste curieusement tiède. 

La question se pose alors presque naturellement : la réalisatrice avait-elle les armes pour parler de ce sujet ? Son précédent film, Slalom, montrait déjà une certaine sensibilité aux corps et aux traumatismes, mais rien qui annonçait la capacité de filmer un mouvement politique aussi radical et théâtral que Femen. Ici, le cinéma aurait dû transpirer la tension politique et la rage militante. On ne sent finalement qu’un récit appliqué. 

Le scénario est sans doute la grande faiblesse. Un film sur Femen aurait dû expliquer, contextualiser, faire comprendre l’idéologie, les fractures internes, les contradictions du mouvement. Si au moins il y en avait… mais les explications restent maigres, presque esquissées. Les motivations politiques apparaissent en surface, comme si l’on craignait d’entrer trop profondément dans le sujet. 

Heureusement, il reste les acteurs. La jeune Albina Korzh, dans le rôle d’Oksana, donne ce qu’elle peut. Elle tente d’insuffler une fragilité et une intensité qui parfois percent à travers l’écriture trop fragile du personnage. Mais quand un film est mal écrit, l’espoir reste mince. L’actrice se débat courageusement dans un rôle qui manque de chair. 

Les personnages secondaires souffrent du même problème : ils apparaissent, crient, manifestent, mais restent souvent des silhouettes plutôt que des êtres vivants. On devine la sororité, la radicalité, la camaraderie militante, mais le film ne leur laisse jamais assez d’espace pour exister vraiment. 

Oxana passe à côté de ce qui aurait dû être sa force : la rage politique et artistique d’une femme et d’un mouvement. L’histoire réelle brûle, le film, lui, se contente de tiédir. 

Et l’on ressort avec une impression étrange : la cause méritait peut-être plus de fièvre, plus d’explications, plus de cinéma. 

Alors oui, allons seins nus faire notre révolution cinématographique… mais avec un peu plus de scénario, un peu plus de mise en scène, et surtout un peu plus de feu. 

NOTE : 8.40

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Charlène Favier
  • Scénario : Charlène Favier, Diane Brasseur et Antoine Lacomblez
  • Musique : Delphine Malaussena
  • Photographie : Éric Dumont
  • Décors : Florian Sanson
  • 1er assistant à la Réalisation: Clément Comet
  • Costumes : Judith de Luze
  • Montage : Monica Coleman
  • Production : Alice Girard, Jonathan Halperyn, Daniel Kresmery et Marc-Antoine Robert
  • Société de production : Rectangle Productions, 2.4.7. Films et Hero Squared
  • Société de distribution : Diaphana Distribution
  • Pays de production : Drapeau de la France France

DISTRIBUTION

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