Vu le Film Yoroï de David Tomasewski (2025) avec Orelsan Clar Choi Skread Albaye Kazuya Tanabe Gringe Alice Yanagida
Après une dernière tournée éprouvante, Aurélien (joué par le rappeur Orelsan), musicien français, décide de s'installer au Japon avec sa femme, Nanako (jouée par Clara Choï), enceinte de leur premier enfant. Alors que le jeune couple emménage dans une maison traditionnelle dans la campagne japonaise, Aurélien découvre, dans un puits, une armure ancestrale qui va réveiller d'étranges créatures, les Yōkais, que le couple va devoir combattre chaque nuit.
On connaissait Orelsan — Aurélien Cotentin pour l’état civil — rappeur, parolier, conteur générationnel, réalisateur un peu branleur magnifique de Comment c'est loin. Le voilà désormais scénariste d’un film de SF futuriste. Comme s’il était resté ado dans sa tête, le genre d’ado qui découvre un placard secret et, à l’intérieur, une armure ancestrale japonaise. D’où le titre : Yoroi. Et rien que ça, déjà, ça me parle.
L’histoire est simple en apparence : un homme un peu paumé, pas franchement héros dans la vie réelle, tombe sur cette armure de samouraï. Ce n’est pas juste un objet. C’est un miroir. Une projection. Une carapace. À partir de là commence une double aventure : intérieure — dans son âme, ses failles, ses frustrations — et bien réelle, avec des ennemis à affronter, des combats à mener, et une identité à construire.
Le film démarre presque comme une comédie. On retrouve cette ironie douce-amère typique d’Orelsan. Le quotidien un peu minable, les hésitations, les dialogues qui flirtent avec l’auto-dérision. On rit, parfois jaune. On reconnaît des phrases qui pourraient sortir d’un de ses morceaux. Puis progressivement, le ton se densifie. L’humour laisse place à quelque chose de plus sombre. La mise en scène se tend, l’image se durcit, les lumières deviennent plus métalliques, presque cliniques.
Et là, les combats. Franchement, pour les amateurs du genre, c’est un régal. Chorégraphiés avec précision, nerveux sans être illisibles, ils ont une vraie beauté plastique. Tomaszewski, complice de longue date d’Orelsan, ne filme pas ça comme un simple exutoire geek. Il filme les affrontements comme des extensions psychologiques. Chaque coup porté semble répondre à une blessure intime. Ce n’est pas juste spectaculaire, c’est symbolique.
Le scénario est intelligent dans sa construction. Il joue sur la métaphore de l’armure : se protéger du monde, se cacher derrière une image, devenir plus fort en apparence pour ne pas montrer ses fissures. C’est là que le film est le plus touchant. Cette idée que l’on peut s’équiper d’un costume pour affronter ses démons, mais que le vrai combat reste intérieur.
Alors oui, les dialogues… Comment dire… Il y a des clichés. Des lieux communs. Des phrases qu’on a déjà entendues dans mille récits d’initiation. Par moments, ça frôle le « développement personnel version pop culture ». Mais paradoxalement, ça fait aussi partie de son charme. Comme si le film assumait son héritage adolescent. Comme s’il disait : “Oui, je suis nourri de mangas, de jeux vidéo, de fantasmes héroïques. Et alors ?”
Les acteurs jouent le jeu avec sincérité. Le personnage principal oscille bien entre fragilité et puissance fantasmée. Les antagonistes ne sont pas que des méchants de carton-pâte : ils incarnent des peurs, des complexes, des souvenirs. Même quand l’écriture simplifie un peu trop, l’interprétation maintient une forme de vérité.
La mise en scène de Tomaszewski est généreuse. Il ne se moque jamais de l’univers qu’il met en images. Il y croit. Les décors, les effets visuels, les transitions entre réalité et projection mentale sont travaillés avec soin. On sent une envie de cinéma total, presque naïve mais sincère.
La bande originale, évidemment, parlera aux amateurs d’Orelsan. C’est cohérent avec son univers. Mélancolique, nerveuse, parfois introspective. Elle accompagne les images comme une extension de son imaginaire musical. Pour les fans, c’est du miel. Pour les autres, ça peut sembler très marqué, mais jamais hors sujet.
Ce que j’aime surtout, c’est cette idée qu’on peut faire de la SF sans quitter complètement l’intime. Yoroi n’est pas qu’un film de combats futuristes. C’est un récit sur l’identité, le passage à l’âge adulte qui ne finit jamais vraiment, et cette part d’adolescent qu’on garde tous en nous — celui qui rêve d’enfiler une armure pour ne plus avoir peur.
Ce n’est pas parfait. Les dialogues manquent parfois de finesse. Certains enjeux sont soulignés un peu lourdement. Mais il y a une sincérité désarmante. Une envie de raconter quelque chose de personnel à travers un grand imaginaire pop.
Et franchement, pour les amateurs du genre, c’est dythyrambique possible : de la SF, de l’émotion, des combats stylisés, une BO marquée, un univers assumé. On sent des potes qui mettent sur écran leurs rêves de gamins. Et ça, ça a quelque chose de beau.
Au fond, Yoroi, c’est peut-être ça : une armure pour survivre au monde adulte. Et parfois, ça fait du bien de la porter deux heures au cinéma.
NOTE : 9.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : David Tomaszewski
- Scénario : Orelsan et David Tomaszewski
- Musique : Eddie Purple,Orelsan, Phazz, Skread et David Soltany[]
- Décors : David Bersanetti et Shinsuke Kojima
- Costumes : Emmanuelle Youchnovski
- Photographie : Antoine Sanier (de)
- Son : Martin Lanot
- Montage : Florent Vassault
- Production : Julien Deris et David Gauquié[]
- Production exécutive : David Giordano
- Coproduction : Ablaye, Clément Cotentin et Skread
- Sociétés de production : Attita et Cinéfrance Studios[], en coproduction avec La Compagnie cinématographique, France 2 Cinéma, Panache Productions et Proximus / Proximus Media House PMH
- Sociétés de distribution : Sony Pictures Entertainment France ; Les Films 26 (Côte d'Ivoire et Sénégal)

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