Vu le film Histoire de Détectives de William Wyler (1951) avec Kirk Douglas Elaonor Parker Lee Grant Cathy O'Donnell William Bendix Horace McMahon Gerald Mohr Joseph Wiseman Gladys George Frank Faylen Bert Freed Warner Anderson
Lors d'une affaire, l'inspecteur James "Jim" McLeod s'acharne contre un médecin avorteur, Karl Schneider, ce qui surprend son supérieur. Ce dernier découvre que la femme de McLeod a avorté chez le docteur en question...
dapté d’une pièce de Sidney Kingsley, Histoires de Détectives (titre original : Detective Story) est un film noir de haute volée. Pas un polar de ruelle humide avec ombres expressionnistes et détective cynique en imper froissé. Non. Ici, le crime se traite sous néons, derrière des bureaux, dans un commissariat où la morale claque plus fort que les portes.
L’inspecteur James “Jim” McLeod, incarné magnifiquement par Kirk Douglas, est un jeune flic droit comme un coup de trique. Il déteste le crime. Il déteste les criminels. Il déteste tout ce qui ressemble de près ou de loin à une faille morale. Et quand il interroge, il n’y va pas avec le dos de la cuillère : il appuie ses poings sur les témoins et les coupables avec la même intensité. La loi, pour lui, n’est pas une nuance. C’est une arme.
Lors d’une affaire, il s’acharne sur un médecin avorteur, Karl Schneider. Dans l’Amérique des années 50, l’avortement est un crime. Donc, pour McLeod, Schneider est un monstre. Point final. Sauf que son supérieur commence à s’étonner de cet acharnement. Pourquoi cette rage particulière ? Pourquoi cette obsession ?
La vérité tombe comme un couperet : la femme de McLeod a avorté chez ce même médecin.
Et là, le film change de dimension.
Ce n’est plus seulement une affaire criminelle. C’est un drame intime. Une tragédie morale. McLeod ne combat plus un délit, il combat une humiliation personnelle. Il ne traque plus un coupable, il traque sa propre faille. Rien ne l’arrêtera. Pas même ses supérieurs. Pas même la vérité. Pas même l’amour.
Le film se déroule presque entièrement en huis clos dans le commissariat. Cette promiscuité crée une tension étouffante. Les accusés, les victimes, les policiers, tous se croisent, se heurtent, se jaugent. Chaque entrée dans le cadre est un potentiel orage. On ressent la sueur, la fatigue, la pression.
Wyler prouve qu’il est un vrai réalisateur, un maître du récit. Il n’a pas besoin d’effets spectaculaires. Sa mise en scène est précise, chirurgicale. Il orchestre les déplacements comme une partition. Les dialogues fusent. Le rythme ne faiblit pas pendant plus de 100 minutes. On est tenu en haleine sans qu’un seul coup de feu ne soit nécessaire.
Et quel scénario pour l’époque ! Diabolique. Aborder l’avortement, la morale, l’hypocrisie sociale, la violence policière en 1951, c’était audacieux. Le film ose poser une question dérangeante : que vaut la justice quand elle est contaminée par la vengeance personnelle ?
Kirk Douglas est incandescent. Tendu comme un fil électrique. Il joue la rigidité morale avec une intensité presque dangereuse. Son McLeod n’est pas un héros. C’est un homme brisé par sa propre intransigeance. On l’admire. On le craint. On le plaint.
Autour de lui, le casting est d’une solidité remarquable, chacun apportant sa nuance à ce microcosme humain. Mais Douglas domine, aimanté par son obsession, avalant l’écran.
Histoires de Détectives n’est pas seulement un film noir. C’est une étude sur la morale, sur la culpabilité, sur la justice quand elle cesse d’être aveugle pour devenir personnelle.
Un huis clos tendu, des acteurs au sommet, une mise en scène d’une maîtrise impressionnante et un scénario courageux pour son époque.
Du grand cinéma. Du très grand Wyler.
NOTE : 14.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : William Wyler
- Assistant réalisateur : Charles C. Coleman (non crédité)
- Scénario : Robert Wyler et Philip Yordan basé sur la pièce de Sidney Kingsley
- Production : William Wyler, Lester Koenig et Robert Wyler
- Photographie : Lee Garmes et John F. Seitz (non crédité)
- Direction artistique : Hal Pereira et A. Earl Hedrick
- Effets spéciaux : Farciot Edouart et Loyal Griggs (non crédité)
- Montage : Robert Swink
- Décors : Emile Kuri
- Costumes : Edith Head
- Maquillage : Wally Westmore
- Musiques d'accompagnement : Miklós Rózsa et Victor Young (non crédités)
- Société de production : Paramount Pictures
- Société de distribution : Paramount Pictures
- Kirk Douglas (V.F : Roger Rudel) : l'inspecteur James 'Jim' McLeod
- Eleanor Parker (V.F : Éléonore Hirt) : Mary McLeod
- Horace McMahon (V.F : Richard Francoeur) : le lieutenant Monaghan
- William Bendix (V.F : Camille Guerini) : l'inspecteur Lou Brody
- Bert Freed (V.F : Émile Duard) : l'inspecteur Dakis
- Luis van Rooten (V.F : Pierre Leproux) : Joe Feinson
- Cathy O'Donnell (V.F : Gilberte Aubry) : Susan Carmichael
- Craig Hill (V.F : Michel André) : Arthur Kindred (André Kinler en VF)
- George Macready : Karl Schneider
- Warner Anderson (V.F : Jean Martinelli) : Endicott (Henri en VF) Sims, l'avocat de Schneider
- Joseph Wiseman (V.F : Georges Hubert) : Charley Gennini
- Michael Strong : Lewis Abbott
- Lee Grant (V.F : Lita Recio) : la voleuse à l'étalage
- Gladys George (V.F : Mona Dol) : Miss Hatch
- Gerald Mohr (V.F : Ulric Guttinger) : Tami Giacoppetti
- William 'Bill' Phillips (V.F : Maurice Dorléac) : l'inspecteur Pat Callahan
- Frank Faylen (V.F : Claude Péran) : l'inspecteur Gallagher
- Grandon Rhodes (V.F : Christian Argentin) : l'inspecteur O'Brien
- Russell Evans (V.F : René Fleur) : l'agent Barnes
Acteurs non crédités :
- Edmund Cobb : Ed
- Ann Codee (V.F : Cécile Didier) : la femme française
- Catherine Doucet (V.F : Marie Francey) : Mme Farragut
- Pat Flaherty : le sergent à l'accueil
- Harper Goff : Dave Gallantz
- George Magrill : un agent de police
- James Maloney (V.F : Jacques Berlioz) : Albert R. Pritchett

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