Vu le Film Katyn de Andrezj Wajda (2007) avec Maja Ostazewska Artur Smijewski Wladyslaw Kowalski Jan Englert Danuta Stenka Andrzej Chyra
Le film nous présente le massacre de Katyń du point de vue des vivants, c'est-à-dire du point de vue des épouses et des mères qui ont attendu des années avant de savoir ce qu'étaient devenus les officiers polonais arrêtés par l'armée soviétique en 1940. Il s'arrête aussi sur l'après-guerre, montrant l'entreprise de falsification de l'histoire menée par le pouvoir communiste et les tentatives de certains proches des victimes pour défendre la vérité. Ce n'est que dans la dernière scène que Wajda met un terme à toutes altérations de l'histoire en montrant les assassinats du point de vue des victimes.
Parler du film Katyń de Andrzej Wajda, c’est parler à la fois de cinéma, d’Histoire et de mémoire. Et chez Wajda, ces trois mots sont indissociables. Le réalisateur polonais, immense conteur et historien implacable du cinéma, s’attaque ici à l’une des énigmes les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale : le Katyn massacre, où des milliers de Polonais – pour la plupart officiers – furent exécutés froidement et jetés dans une fosse commune devenue depuis un symbole absolu de la barbarie.
Mais la question qui hante le film est simple et terrible : qui a commis cet acte abominable ?
Pendant la guerre, les nazis ont tenté de récupérer la découverte du charnier pour leur propagande. Ils en accusaient l’URSS, et dans le chaos de la guerre, la vérité se retrouvait ensevelie sous les mensonges politiques. Mais en 1940, l’ennemi avait bien un autre visage : celui de la Russie soviétique et du système stalinien. Et c’est cette vérité longtemps étouffée que Wajda met à nu avec une précision chirurgicale.
Le génie du film est de ne pas commencer par la mort, mais par l’attente. Wajda choisit de raconter l’histoire à travers ceux qui restent : les épouses, les mères, les filles, les familles qui refusent d’accepter le silence et le mensonge. Le film suit notamment les personnages incarnés par Maja Ostaszewska, Andrzej Chyra ou encore Artur Żmijewski, qui portent sur leurs épaules tout le poids du deuil et de l’incertitude.
Ces acteurs sont remarquables de sobriété. Pas de grands discours théâtraux, pas d’effets faciles. Juste des regards, des silences, des visages qui se ferment peu à peu face à la machine politique qui exige le mensonge. Car dans la Pologne d’après-guerre dominée par le régime communiste, dire la vérité sur Katyń devient presque un crime.
La mise en scène de Wajda est à l’image de son sujet : froide, précise, implacable. Il n’y a pas de fioritures, pas d’esbroufe visuelle. Le réalisateur va droit à l’essentiel. Chaque plan semble pesé, chaque silence résonne comme une accusation. Ce dépouillement donne au film une puissance terrible, presque documentaire.
Et puis arrive la dernière partie du film.
Wajda abandonne alors les témoignages et les attentes pour montrer enfin l’horreur elle-même : l’exécution méthodique des officiers polonais. La caméra accompagne les soldats dans leurs derniers instants, puis observe froidement les bourreaux accomplir leur tâche administrative de mort. Pas de musique héroïque, pas de dramatisation excessive. Juste une mécanique de meurtre organisée.
C’est là que le film devient glaçant.
Parce que Wajda montre que derrière cette tragédie il n’y a pas seulement des soldats, mais un système. Un système idéologique prêt à éliminer tous ceux qui pourraient contester son pouvoir. Le communisme stalinien apparaît ici pour ce qu’il fut aussi : une machine à broyer les hommes.
Et le plus terrible, c’est que le film ne cherche jamais à manipuler l’émotion. Il expose les faits. Il montre. Et cela suffit pour donner la chair de poule.
On ressort du film avec cette sensation d’avoir regardé un morceau d’Histoire que certains auraient préféré voir disparaître dans la terre des fosses communes.
Aujourd’hui, alors que l’Europe connaît à nouveau des tensions et des guerres, ce film résonne d’une manière presque prophétique. On se dit que ces tragédies auraient dû servir de leçon.
Mais manifestement non.
Car comme le disait déjà Hobbes – et comme le rappelle implicitement ce film – l’Homme est un loup pour l’homme.
Et le cinéma de Wajda, lui, est là pour nous empêcher de l’oublier.
NOTE : 14.80
FILMOGRAPHIE
- Réalisation : Andrzej Wajda
- Scénario : Andrzej Wajda, Władysław Pasikowski et Przemysław Nowakowski, d'après le roman d'Andrzej Mularczyk, Postmortem
- Costumes : Magdalena Biedrzedcka
- Photographie : Paweł Edelman
- Montage : Cezary Grzesiuk
- Musique : Krzysztof Penderecki (fragm. de la 2 et 3 symphonie, Agnus Dei, Chaconne))
- Film polonais
- Production : Michał Kwiecinski
- Sociétés de production : Akson Studio, TVP, Polski Instytut Sztuki Filmowej, Telekomunikacja Polska
- Sociétés de distribution : ITI Cinema, Kinovista
- Budget : 15 millions de złoty (4,3 M€ en 2007)
- Maja Ostaszewska : Anna
- Artur Zmijewski : Andrzej, le mari d'Anna, capitaine du 8e régiment des Uhlans
- Maja Komorowska : la mère d'Andrzej
- Władysław Kowalski : professeur Jan, le père d'Andrzej
- Andrzej Chyra : lieutenant Jerzy, du 8e régiment des Uhlans
- Jan Englert : le général
- Danuta Stenka : Róża, la femme du général
- Magdalena Cielecka : Agnieszka, la sœur du Lieutenant Pilote
- Agnieszka Kawiorska : Ewa
- Stanisława Celińska : Stasia, l'employée de famille du général
- Joachim Paul Assböck : Obersturmbannführer Bruno Müller (« docteur » Müller)
- Jacek Braciak : Lieutenant Klin, ami du lieutenant Jerzy
- Wiktoria Gąsiewska : « Nika » (Weronika), la fille d'Anna et d'Andrzej
- Agnieszka Glińska : Irena
- Paweł Małaszyński : Lieutenant Piotr
- Sergueï Garmach : major Popov (sous le nom Siergiej Garmasz)
- Antoni Pawlicki : Tadeusz
- Oleg Drach : le commissaire (sous le nom Oleg Dracz)
- Oleg Savkin : l'officier du NKVD (sous le nom Oleg Sawkin)
- Tadeusz Wojtych : Władysław, le photographe
- Waldemar Barwinski : l'officier polonais
- Sebastian Bezzel : l'officier de propagande
- Stanisław Brudny : le vieil homme du pont
- Alicja Dąbrowska : l'actrice au crâne chauve
- Aleksander Fabisiak : un professeur
- Krzysztof Globisz : le professeur de chimie
- Krzysztof Kolberger : un prêtre
- Zbigniew Kozlowski : l'officier de la milice
- Olgierd Lukaszewicz : un prêtre
- Leszek Piskorz : un prêtre
- Jakub Przebindowski : le jeune prêtre
- Anna Radwan : Elżbieta
- Dariusz Toczek : l'officier polonais

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