Vu le Film Le Coup du Parapluie de Gérard Oury (1980) avec Pierre Richard Valérie Mairesse Gert Froebe Géréard Jugnot Christine Murillo Gordon Mitchell Dominique Lavanant Axelle Abbadie Yaseen Kahn Mike Marshall Didier Sauvegrain
Dans un grand magasin du boulevard Haussmann le tueur à gages Moskovitz abat un homme dans un photomaton. Éternel maladroit et coureur de jupons, Grégoire Lecomte n'a que quelques figurations et publicités à son actif. Il se rend à une audition, accompagné par son ami Frédo, dans l'espoir de décrocher le rôle d'un tueur. Le hasard veut que Moskovitz se rend dans le même immeuble pour rencontrer Don Barberini et son « filleul » Lorenzo, des mafiosi tous les deux. Le prenant pour un acteur concurrent, Frédo s’arrange pour le souiller de peinture afin de se débarrasser de lui. Se trompant de porte, Grégoire se rend chez Don Barberini, qui lui expose les termes d’un « contrat » pour le compte de politiciens africains, à savoir d’éliminer Otto Krampe, un trafiquant d'armes surnommé « La Baleine », qui fête son anniversaire à Saint-Tropez.
Ce n’est pas le plus célèbre film de Gérard Oury, et il faut le dire d’entrée. On est loin des sommets populaires, loin des monuments, mais il y a dans Le Coup du Parapluie quelque chose de savoureux, presque à part, comme une fantaisie un peu bancale mais attachante.
Et puis il y a ce point de départ… incroyable. Un fait divers bien réel. 1978. Deux tentatives d’assassinat sur des dissidents bulgares, à Paris et à Londres. Georgi Markov et Vladimir Kostov. Une arme ? Un parapluie empoisonné. Rien que ça. On croit à une blague, et pourtant non.
Oury part de là… et en fait une comédie. Déjà, il faut oser.
Mais très vite, le film devient autre chose. Un terrain de jeu pour Pierre Richard. Et là, on est en terrain connu.
Pierre Richard joue Grégoire Lecomte, comédien en galère. Le type qui court après les rôles, qui enchaîne les petits cachets, les apparitions sans importance, les trucs mal payés… mais bon, il faut bien faire ses heures pour le chômage. Et ça, c’est vu juste. Très juste même.
Et au milieu de tout ça, il y a cette pub… « Ragoutoutou ».
Ah, celle-là… elle vous colle à la peau. Elle suit Pierre Richard comme une malédiction. Plus que son propre personnage. On ne voit presque plus Lecomte, on voit le type de la pub pour chiens. Cruel et drôle à la fois.
Et c’est là que le film fonctionne le mieux.
Quand Pierre Richard est dans son registre. Distrait. Bordélique. À côté de la plaque. Ce mélange de maladresse et de poésie qui fait sa signature. Là, oui, on rit. Là, on retrouve le vrai plaisir.
Parce que quand le film le pousse vers autre chose… ça coince un peu.
Lecomte en dragueur invétéré, un peu lourd… ce n’est pas ce qu’il fait de mieux. Franchement, ce n’est pas la partie la plus intéressante. Même avec le charme évident de Valérie Mairesse, ça reste en dessous. On regarde, on sourit parfois, mais on attend autre chose.
On veut retrouver le Pierre Richard lunaire, pas le coureur de jupons.
Et puis il y a les seconds rôles.
La présence de Gert Fröbe, notamment. Imposant. Marquant. Mais aussi révélateur d’une époque. Parce que oui, il est affublé du surnom “la Baleine”… et là, on se rappelle que les années 70/80, niveau finesse, ce n’était pas toujours ça. Grossophobie, lourdeurs, blagues appuyées… ça passait crème à l’époque. Aujourd’hui, ça fait un peu grincer.
Mais ça fait aussi partie du film. On ne va pas réécrire l’histoire.
Le scénario, lui, est une mécanique de quiproquos. Un acteur raté pris pour un tueur. Des malentendus en cascade. Une logique absurde qui s’emballe.
Ce n’est pas toujours d’une précision folle, il faut bien le dire. Par moments, ça patine. Mais il y a une énergie, une envie de jouer avec la situation qui sauve l’ensemble.
Oury reste un metteur en scène solide. Il sait tenir un rythme, il sait installer ses gags, il sait laisser respirer ses acteurs. Ce n’est pas son film le plus inspiré, mais ce n’est jamais bâclé.
Et surtout, il sait une chose essentielle : filmer Pierre Richard. Laisser exister ses silences, ses gestes, ses hésitations.
Parce que le vrai gag, il est souvent là. Dans un regard. Dans un mouvement. Dans un décalage.
Le Coup du Parapluie, ce n’est pas le sommet de Gérard Oury. Clairement pas. Mais ce n’est pas non plus un film à jeter.
C’est un film qui vaut pour son acteur principal. Pour ce Pierre Richard un peu paumé, un peu magnifique, qui transforme les situations les plus absurdes en moments de grâce comique.
Un film inégal, oui. Mais attachant.
Et rien que pour voir Pierre Richard courir après sa carrière… ou plutôt la rater avec autant de talent… ça vaut le détour.
NOTE : 13.00
FICHE TECHNIQUE
Réalisation : Gérard Oury, assisté de Bernard Stora, Louis Becker, Marc Rivière et Stéphane Clavier
Scénario, adaptation et dialogues : Gérard Oury et Danièle Thompson
Décors : Jean André
Costumes : Jacques Fonteray, Tanine Autrè-Gerst
Photographie : Henri Decaë
Son : Alain Sempé , Nadine Muse , Jacques Maumont
Montage : Albert Jurgenson
Musique : Vladimir Cosma
Production : Alain Poiré
Bagarres réglées par Claude Carliez et son équipe
Société de distribution : Gaumont
DISTRIBUTION
- Pierre Richard : Grégoire Lecomte, acteur raté
- Valérie Mairesse : Sylvette, dite « Bunny », flic opérant pour la Direction de la Surveillance du territoire (DST)
- Christine Murillo : Josyane Leblanc, compagne de Grégoire, pervenche
- Gert Fröbe : Otto Krampe, dit « la Baleine », marchand d'armes
- Gordon Mitchell : Moskovitz, tueur à gages
- Gérard Jugnot : Frédo, l'impresario de Grégoire
- Dominique Lavanant : Mireille, femme de Frédo
- Axelle Abbadie : Juliette, femme de Grégoire, fleuriste
- Yaseen Khan : Radj Kahn, garde du corps hindou de Krampe
- Mike Marshall : le docteur, homme de main de Krampe
- Didier Sauvegrain : Stanislas Lefort, dit « la Folle », connu aussi sous les noms de Constantin Patakis et Pierre Juvet, homme de main de Krampe
- Vittorio Caprioli : Don Barberini, parrain de la Mafia
- Roger Carel : Salvatore Bozzoni, marchand de parapluies
- Maurice Risch : le producteur de Paris Roger Mirmon
- Jacques Maury : le concierge du Byblos
- Umbañ U Kset: La victime d'Otto Krampe
- Patrick Lecocq : le journaliste télé
- Robert Dalban : le régisseur du café-théâtre
- Béatrice Avoine : la comédienne du café-théâtre
- Jean-Jacques Moreau : le comédien du café-théâtre
- Léon Zitrone : le commentateur de la soirée (voix)
- Philippe Bruneau : Didier, compagnon de Juliette, dépanneur
- Marie-Pierre Casey : une pervenche
- Didier Cherbuy : le serveur du restaurant
- Georges Anderson : un diplomate africain
- Raymond Gérôme : le chef de la Direction centrale des Renseignements généraux (RG) (non crédité)
- Erick Desmarestz : un agent des RG
- Tiberio Murgia : le chauffeur de Don Barberini
- André Chazel : le docteur dans la piscine
- Brigitte Lahaie : une femme dans la piscine

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