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vendredi 6 mars 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM DOCTEUR JERRY ET MISTER LOVE (1963)


 Vu le Film Dr Jerry et Mister Love de Jerry Lewis (1963) avec Jerry Lewis Stella Stevens Del Moore Kathleen Freeman Buddy Lester Med Flory 

 Julius Kelp est un timide professeur de chimie, au physique peu avantageux mais aux brillantes capacités intellectuelles. À la suite d'une dispute avec l'un de ses élèves, il se retrouve coincé sur une étagère dans le placard de sa classe. Secouru par Stella, une étudiante dont il est secrètement amoureux, il va tenter d'acquérir un physique plus avantageux en suivant des cours de musculation. 

Hélas, le succès n'est pas au rendez-vous. Aussi décide-t-il de faire appel à ses connaissances en chimie pour inventer un élixir qui le transformera en homme séduisant. Il réussit au-delà de toute espérance et se métamorphose en Mister Love, un playboy séducteur mais égocentrique, cynique et macho. 

Docteur Jerry et Mister Love, c’est 107 minutes de show pur jus signé Jerry Lewis. 
Une adaptation très libre de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson — libre au point de transformer la tragédie gothique en confession burlesque. 

Jerry est partout : derrière la caméra, au scénario, et deux fois devant l’objectif. 
Un double rôle qui n’en fait qu’un. 
Ou plutôt un seul homme qui se regarde dans le miroir. 

L’histoire, on la connaît mais on se laisse prendre : 
Le professeur Julius Kelp, chimiste brillant mais socialement catastrophique, est humilié par ses étudiants et ignoré par celle qu’il aime, Stella Purdy. Pour corriger ce que la nature — ou le regard des autres — lui a refusé, il invente une potion qui le transforme en Buddy Love, crooner charismatique, sûr de lui, séducteur à la voix grave et à la présence magnétique. 

Et là, évidemment, tout change. 

Julius Kelp, c’est le Jerry que l’on aime : maladroit, lunaire, un peu farfelu comme dans ses autres films, mais ici plus touchant que jamais. 
C’est le personnage qui a le plus d’intérêt, paradoxalement. 
Plein d’amour pour Stella (incarnée par Stella Stevens), qui ne le regarde pas. Il trébuche, il s’embrouille, il s’excuse d’exister. Mais il est sincère. 

Et l’autre Jerry ? 
À travers Buddy Love — né d’une éprouvette et d’un complexe — il devient superficiel, chanteur-musicien, dominateur. Ah… d’avoir côtoyé Dean Martin, on sent que l’inspiration n’est pas loin. 
Buddy Love, c’est la caricature du charme viril, celui qui prend toute la place et qui, évidemment, capte enfin le regard de Stella. 

Le scénario joue habilement sur cette dualité. 
Ce n’est pas seulement une succession de gags : c’est une réflexion déguisée sur l’image, la séduction, l’humiliation et la fabrication d’un personnage public. Jerry règle ses comptes avec le mythe du crooner cool et du clown pathétique. 

La mise en scène est étonnamment travaillée. 
Couleurs éclatantes, décors stylisés du campus, mouvements précis : Jerry n’est pas qu’un comique, c’est un vrai cinéaste. Il cadre son propre corps comme un instrument de musique, passant du burlesque au malaise en un battement de cil. 

Les gags, pour l’époque, sont hilarants. 
Mais pas seulement : ils sont pleins de poésie et de bon sens. 
Une poésie du décalage. Une humanité dans la chute. 

Le casting autour de lui fonctionne comme un miroir. Stella Stevens apporte cette fraîcheur naïve qui rend le dilemme crédible : est-elle amoureuse de l’homme ou de l’assurance ? Les seconds rôles universitaires renforcent la cruauté douce du monde académique, terrain parfait pour les humiliations fondatrices. 

Mais au fond, ce film est un autoportrait. 
Le monstre n’est pas celui qu’on croit. 
Buddy Love n’est pas la réussite : il est l’exagération, le masque. 
Julius, lui, est fragile mais vrai. 

Jerry dans toute sa splendeur : drôle et humain. 
Un show Jerry Lewis, oui — mais un show intelligent. 

Cela fait du bien de rire parfois. 
Et tant pis si les puristes n’y trouvent pas leur compte. 

Moi, oui. 

 NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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