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dimanche 22 mars 2026

15.30 - MON AVIS SUR LE FILM DOSSIER 137 DE DOMINIK MOLL (2025)


 Vu le Film Dossier 137 de Dominik Moll (2025) avec Léa Drucker Jonathan Thumbull Solan Machado Graner Théo Navarro Mussi Guslagie Malanda Stanislas,Mehrar Florence Viala Geneviève Mnich Côme Peronnet Sandra Colombo 

Il raconte l'enquête après la grave blessure d'un homme par un tir de flash-ball lors des manifestations liées au mouvement des Gilets jaunes. Stéphanie Bertrand, enquêtrice à l'inspection générale de la Police nationale (IGPN), est chargée d'en déterminer les responsabilités. 

Après le succès césarisé de La Nuit du 12, Dominik Moll remet le couvert avec une mécanique qu’il maîtrise désormais à la perfection : tension sourde, interrogatoires musclés, hiérarchie pesante et utilisation obsessionnelle des images – celles des caméras de surveillance comme celles, plus dérangeantes, captées à la volée. Et d’entrée, une idée qui ne manque pas de piquant : une employée d’hôtel qui filme depuis une chambre… pas forcément la meilleure trouvaille tant la ressemblance trouble avec une certaine affaire du Sofitel semble un peu trop appuyée pour être totalement innocente. 

On suit la brigade de l’IGPN dirigée par l’inspectrice Stéphanie Bertrand, incarnée par une formidable Léa Drucker, toujours aussi habitée, toujours aussi précise – une présence qui capte chaque plan. Elle enquête sur des violences survenues lors des manifestations des Mouvement des Gilets jaunes, notamment le cas de Guillaume (Côme Peronnet), grièvement blessé à la tête par un tir de flash-ball. 

Moll lance alors son inspectrice dans une traque méthodique, presque obsessionnelle. Elle ne lâche rien, avançant comme un détective belge ou londonien, avec cette ténacité froide qui devient peu à peu le cœur battant du film. Les images de surveillance deviennent des indices, presque des personnages, et participent à cette ambiance paranoïaque où tout le monde semble à la fois coupable et victime. 

On reconnaît immédiatement le cinéma de Moll – celui de Seules les bêtes et de La Nuit du 12 : plans serrés, montage nerveux, ellipses parfois abruptes. Une grammaire efficace, mais qui peut aussi perdre le spectateur en route. Par moments, on décroche, le fil se tend un peu trop, et certaines zones d’ombre auraient mérité d’être éclaircies. 

Car sans défendre les accusés (je ne suis pas juge), il manque peut-être une vraie contextualisation des événements. Pour un spectateur peu au fait de cette période, le tableau peut sembler déséquilibré, donnant l’impression que les forces de l’ordre n’ont que le mauvais rôle. Or la réalité est, comme souvent, bien plus complexe – et le film choisit clairement son angle sans toujours en exposer les nuances. 

Mais là où Dossier 137 frappe fort, c’est dans son incarnation. Outre une Léa Drucker impériale, j’ai été marqué par Sandra Colombo, très juste en mère de Guillaume, et par le jeune Solan Machado-Graner (frère de Milo) et fils de Stéphanie touchant dans un rôle plus intime, qui apporte une respiration bienvenue dans cette mécanique sous tension. 

Le scénario, dense et rigoureux, privilégie la traque à l’explication, l’émotion à la pédagogie. La mise en scène, elle, serre l’étau sans relâche, jusqu’à créer une véritable suffocation morale. Moll filme moins une affaire qu’un système, moins une vérité qu’un doute permanent. 

 Dossier 137 est un film puissant, fort, maîtrisé, porté par des acteurs remarquables et une mise en scène d’une redoutable efficacité. Mais il aurait sans doute gagné à être un peu plus impartial, un peu plus clair dans son regard sur une réalité éminemment complexe avec les points de vues politiques, des journalistes et réseaux.Ce qui n’enlève rien à sa force – mais laisse un léger goût d’inachevé dans un ensemble pourtant très solide.

NOTE : 15.30

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