Vu le Film La Cache de Lionel Baier (2025) avec Michel Blanc William Leghbil Dominique Reymond Aurélien Gabrielli Liliane Rovère Ethan Chiementi Larisa Faber Gilles Privat
En mai 1968, Christophe, un garçon de neuf ans, vit chez ses grands-parents, entouré de ses oncles et de son arrière-grand-mère. Ils campent autour d'une mystérieuse cache, révélant peu à peu des secrets de famille.
Avec La Cache, Lionel Baier signe sans doute son film le plus inattendu — presque à contre-emploi. Lui, le cinéaste “queer” libre et piquant de Garçon Stupide ou Un autre homme, s’embarque ici dans un projet à la fois très balisé et étrangement hors-sol : une coproduction Suisse–Luxembourg qui prétend ausculter un moment ultra franco-français, Mai 68. Sur le papier déjà, on sent le léger parfum d’erreur de casting… version production.
L’histoire suit Christophe, 9 ans, gamin rêveur qui observe le monde depuis sa “cache”, un refuge autant physique que mental, où il transforme la réalité en mythologie personnelle. Autour de lui gravite une famille juive que le scénario enferme dans une forme de psychose héritée de la Shoah : peur de sortir, peur de l’extérieur, peur diffuse de tout. L’idée pouvait être forte, mais elle tourne vite à la démonstration appuyée, presque caricaturale — comme si 1968 n’avait rien changé, comme si l’Histoire s’était figée dans l’angoisse.
Et puis il y a cette idée… improbable : Charles de Gaulle qui viendrait se cacher chez eux. Là, on bascule franchement dans le fantasme de scénariste. Non pas un dérapage poétique ou surréaliste assumé, mais plutôt une facilité narrative qui déconnecte encore davantage le film du réel. Une sorte de “et pourquoi pas ?” qui fait surtout lever un sourcil.
La mise en scène, elle, n’aide jamais à faire passer la pilule. Elle est sage, presque scolaire, là où Baier nous avait habitués à plus de nerf et d’ironie. La voix off, omniprésente, finit par devenir fatigante, comme si le film ne faisait jamais confiance à ses images ni à ses acteurs. Tout est expliqué, surligné, répété — au point d’étouffer toute émotion spontanée.
Et pourtant, côté casting, il y avait de quoi faire. Michel Blanc est impeccable, comme souvent, apportant une humanité fragile qui sauve plusieurs scènes. William Lebghil insuffle une énergie bienvenue, plus contemporaine, presque en décalage avec le reste du film. Quant au jeune Ethan Chimienti, il est réellement attendrissant, trouvant un ton juste là où le film hésite sans cesse.
Malgré ces présences solides, on reste à distance. Comme si on assistait à une histoire de famille… sans jamais en faire partie. Le film regarde ses personnages vivre, mais ne nous invite jamais à entrer dans leur intimité. Et c’est peut-être là son plus grand échec.
La Cache donne l’impression d’un film enfermé dans son propre dispositif — une cache, en somme — où ni le contexte historique, ni les enjeux intimes ne parviennent à respirer. Une œuvre qui voulait mêler mémoire, enfance et Histoire, mais qui reste coincée entre les époques, les intentions… et les bonnes idées mal exploitées.
NOTE : 12.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Lionel Baier
- Scénario : Lionel Baier et Catherine Charrier, d'après le roman La Cache de Christophe Boltanski
- Musique : Diego Baldenweg, Lionel Baldenweg et Nora Baldenweg
- Décors : Véronique Sacrez
- Costumes : Isabelle Boucharlat
- Photographie : Patrick Lindenmaier
- Son : Carlo Thoss
- Montage : Pauline Gaillard
- Production : Lionel Baier
- Coproduction : Yaël Fogiel, Jeanne Geiben, Laetitia Gonzalez, Vincent Quénault et Agnieszka Ramu
- Sociétés de production : Bande à Part Films, en coproduction avec Les Films du poisson, Red Lion, RTS et SRG SSR[]
- Société de distribution : Pathé Films AG (Suisse), Les Films du losange (France)
- Pays de production :
Suisse,
Luxembourg,
France
- Dominique Reymond : mère-grand
- Michel Blanc : père-grand
- William Lebghil : grand oncle
- Aurélien Gabrielli : petit oncle
- Liliane Rovère : arrière-pays
- Ethan Chimienti : le garçon
- Larisa Faber : maman
- Adrien Barazzone : papa
- Gilles Privat : le général de Gaulle
- Sophie Langevin

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