Vu le Film En Même Temps de Gustav Kervern et Benoit Delépine (2022) avec Vincent Macaigne Jonathan Cohen Thomas VDB Yolande Moreau Jehnny Beth India Hair Laetitia Dosch François Damiens Anna Mouglalis Doully
Un maire de droite , Didier Bequet (Jonathan Cohen) tente de corrompre un maire de gauche écologiste voisin , Pascal Molitor (Vincent Macaigne) , pour construire un parc de loisirs à l'endroit où se trouve une forêt primaire. Des activistes féministes lient les deux personnages en les collant, ce qui va mener dès lors à des situations improbables.
Avec En Même Temps, Gustave Kervern et Benoît Delépine, nos deux anarchistes officiels du cinéma français, anciens trublions de Groland, livrent une énième comédie politique. Piquante… mais soft. Presque trop sage. Là où Groland ose tout, ici ils retiennent un peu les coups. À peine quelques situations ubuesques pour rappeler qu’on est bien chez eux.
L’histoire est simple et délicieusement absurde sur le papier : deux maires de communes voisines, l’un de droite, l’autre de gauche écologiste, magouillent chacun dans leur coin autour d’un projet de parc de loisirs avec corruption à la clé – évidemment. Le maire de droite, interprété par Jonathan Cohen, est un opportuniste charmeur et cynique ; celui de gauche, joué par Vincent Macaigne, est un idéaliste lunaire, maladroit et sincère. Deux visions du monde, deux égos, deux hypocrisies aussi.
Mais voilà que des militantes féministes, radicales et déterminées, décident de les piéger : les deux hommes se retrouvent littéralement collés l’un à l’autre. Métaphore un peu lourde de la politique française obligée de faire coalition ? Peut-être. Toujours est-il que lorsque les deux maires ne sont pas physiquement attachés, le film fonctionne bien mieux. Les dialogues fusent, les piques sont tordantes, parfois hard, et on retrouve le goût du duo pour la satire grinçante.
En revanche, dès qu’ils restent collés… cela fonctionne moins. Le comique de contrainte s’épuise vite. On dirait du Quentin Dupieux, c’est dire — mais sans la radicalité absurde totale. Le dispositif prend le pas sur le rythme, et la mécanique scénaristique semble tourner en rond.
Les militantes, elles, sont dépeintes comme des excitées du bulbe. C’est volontairement caricatural, sans doute pour taper sur tout le monde, mais le trait est épais. On sent que les idées politiques des deux réalisateurs se voient comme un nez au milieu de la figure. La satire est orientée, assumée, mais parfois un peu démonstrative.
Reste les acteurs. Et là, difficile de bouder son plaisir. Jonathan Cohen joue parfaitement le notable roublard, entre sourire Colgate et lâcheté institutionnelle. Mais surtout, il y a Vincent Macaigne. Toujours. Fragile, drôle, excessif, touchant. Un acteur qui transforme la moindre hésitation en moment de vérité burlesque. À quand un César, bordel ?
La mise en scène est volontairement modeste, presque télévisuelle par moments. Peu d’invention visuelle, peu d’audace formelle. Le film repose essentiellement sur le duo et le dialogue. Le scénario, lui, a une bonne idée de départ, mais peine à la renouveler sur la durée.
Alors oui, il y a des éclairs. Oui, on sourit souvent. Oui, certaines répliques font mouche. Mais l’ensemble manque d’ampleur, de folie, de ce petit supplément d’anarchie qui faisait la force de leurs œuvres les plus mordantes.
Un film sympathique, parfois drôle, porté par des comédiens impeccables — surtout Macaigne — mais qui ne restera pas dans les annales des urnes.
Et c’est peut-être ça, le vrai problème : on attendait une bombe artisanale. On a eu un pétard mouillé… mais attachant.
NOTE : 10.30
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation, scénario et production : Gustave Kervern, Benoît Delépine
- Assistants-réalisateurs : 1) Gérard Bonnet / 2) Arthur Guerrand
- Décors : Didier Pons
- Costumes : Véronique Gely
- Photographie : Hugues Poulain
- Son : Guillaume Le Braz
- Chanson : J'aime les filles (1967), paroles de Jacques Lanzmann, composée et interprétée par Jacques Dutronc
- Montage : Stéphane Elmadjian
- Production : Alexandra Henochsberg
- Sociétés de production : Ad Vitam Production et No Money Productions
- Société de distribution : Ad Vitam Distribution
- Budget : 2,9 millions d'euro
- Vincent Macaigne : Pascal Molitor , le maire de gauche , écolo
- Jonathan Cohen : Didier Bequet , le maire de droite
- India Hair : Elise/Sandra , la militante féministe
- Jehnny Beth : Nina , une militante
- Doully : Frida , une militante
- Yolande Moreau : Madame Bianca , la gérante du bar à hôtesses
- François Damiens : le patron du diner
- Thomas VDB : le vétérinaire
- Lætitia Dosch : Sylvie, l'ex de Molitor
- Anna Mouglalis : Madame Bequet , épouse du maire
- Anne Benoît : la mère de Molitor
- Gustave Kervern : Henri , le restaurateur
- Benoît Delépine : le photographe animalier
- Jo Dahan : André, le gardien du golf
- Hakim Amokrane (de Mouss et Hakim) : Moktar, le chauffeur

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