Vu le Film Les Noces Rouges de Claude Chabrol (1973) avec Michel Piccoli Stéphane Audran Claude Pièplu Clotilde Joanno Eliana de Santis Danièle Lecourtois Pippo Mensi
Paul (Claude Piéplu) est député-maire d'une petite ville de l'Indre (Valençay). Sa femme, Lucienne (Stéphane Audran), a un amant, Pierre (Michel Piccoli), ingénieur des Ponts et Chaussées, puis adjoint du maire. Pierre, marié à Clotilde (Clotilde Joano), perpétuellement malade pour une raison non précisée, empoisonne sa femme.
Avec Les Noces rouges, Claude Chabrol est exactement là où on l’attend — et là où il excelle : la dissection au scalpel d’une bourgeoisie de province qui sent le renfermé derrière les rideaux bien tirés.
On est à Valençay, décor de carte postale, mais comme souvent chez Chabrol, le vernis craque très vite. Sous les bonnes manières, les petits arrangements, les regards polis, c’est un cloaque de frustrations, de pouvoir et de désir. Du pur Chabrol, oui — mais du grand cru.
L’histoire, inspirée d’un fait divers réel, devient ici une mécanique implacable. Une quadrangulaire non pas dans les urnes mais dans les coulisses — et quelle coulisse !
Pierre Maury (formidable Michel Piccoli), notable bien installé, marié à Clotilde (Clotide Joanno) franchit une ligne irréversible.
Adjoint au maire, respectable en façade, il empoisonne sa femme. Rien que ça.
Ce geste n’est pas un coup de folie : c’est presque administratif. Calculé. Propre. Bourgeois.
Et surtout, il ouvre un espace : celui de sa liaison avec Lucienne (Stéphane Audran, épouse du maire Paul Delamare (Claude Piéplu).
Le couple adultère devient alors un couple maudit, pris dans une spirale où la logique du crime appelle le crime.
Si la femme de Pierre doit disparaître, pourquoi pas le mari de Lucienne ?
On n’est plus dans la passion, mais dans la gestion.
Ce qui frappe, c’est la mise en scène de Chabrol : froide, clinique, presque indifférente.
Pas d’effets inutiles, pas de musique envahissante — juste des gestes, des regards, des silences.
Le banal devient terrifiant.
Chabrol filme comme un entomologiste : il observe ses notables entre argent, sexe et pouvoir — leurs trois obsessions — et il les laisse s’enliser.
Sa perversité n’est jamais démonstrative : elle est dans le détail, dans le décalage, dans cette façon de rendre normal l’inacceptable.
Et puis il y a les acteurs — tous parfaits, oui, mais surtout parfaitement dirigés.
Piccoli est extraordinaire : massif, tranquille, presque doux, ce qui rend son passage à l’acte encore plus dérangeant.
Audran, sa femme dans la vie, est d’une froideur fascinante — chaque regard est une condamnation silencieuse.
Joano apporte une tension nerveuse, presque fébrile, là où Piéplu incarne une autorité un peu molle, presque déjà condamnée.
Tout le monde joue à hauteur de Chabrol. Personne ne dépasse. Personne ne triche.
Le scénario est d’une rigueur implacable. Pas de détour, pas de gras.
Chaque scène pousse un peu plus loin l’enfermement moral des personnages.
On sait que ça va mal finir — mais on regarde quand même, hypnotisé.
une quadrangulaire non pas dans les urnes mais dans les coulisses… et même dans les prénoms, Chabrol brouille les pistes.
Ce qui est amusant (et très chabrolien), c’est que cette confusion est presque logique : les personnages sont interchangeables dans leur fonction sociale.
Épouse, maîtresse, notable… ce ne sont que des rôles dans une mécanique.
Et puis il y a ce cynisme, cette ironie glaciale typiquement chabrolienne.
Ces gens tuent… mais continuent à dîner, à discuter, à exister socialement.
Comme si de rien n’était.
Ah, le cinéma des années 70 et ses contradictions : filmer l’horreur avec élégance, montrer la pourriture sans jamais hausser le ton.
« l’enfer dans des décors de rêve ».
C’est exactement ça.
Un film où le crime n’est pas une rupture — mais la continuité logique d’un système.
Et ça, c’est peut-être ce qu’il y a de plus inquiétant.
NOTE : 12.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Claude Chabrol, assisté d'Alain Wermus
- Scénario : Claude Chabrol, d'après un fait réel survenu dans le département de la Creuse
- Photographie : Jean Rabier
- Montage : Jacques Gaillard
- Son : Guy Chichignoud
- Décors : Guy Littaye
- Costumes : Karl Lagerfeld
- Musique : Pierre Jansen ; orchestre dirigé par André Girard
- Producteur : André Génovès
- Sociétés de production : Les Films de La Boétie (France) et Canaria Film, Italian International Film (Italie)
- Société de distribution : Les Films de La Boétie
- Michel Piccoli : Pierre Maury
- Stéphane Audran : Lucienne Delamare
- Claude Piéplu : Paul Delamare
- Clotilde Joano : Clotilde Maury
- Eliana de Santis : Hélène Chevalier, la fille de Lucienne
- Daniel Lecourtois : le préfet
- Ermano Casanova : le conseiller
- Pippo Merisi : Berthier
- François Robert : Auriol, l'officier de police
- Henri Berger (non crédité)
- Maurice Fourré (non crédité)
- Philippe Fourré (non crédité)
- Gilbert Servien (non crédité)

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