Pages

mercredi 18 mars 2026

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM LES NOCES ROUGES DE CLAUDE CHABROL (1973)


 Vu le Film Les Noces Rouges de Claude Chabrol (1973) avec Michel Piccoli Stéphane Audran Claude Pièplu Clotilde Joanno Eliana de Santis Danièle Lecourtois Pippo Mensi 

Paul (Claude Piéplu) est député-maire d'une petite ville de l'Indre (Valençay). Sa femme, Lucienne (Stéphane Audran), a un amant, Pierre (Michel Piccoli), ingénieur des Ponts et Chaussées, puis adjoint du maire. Pierre, marié à Clotilde (Clotilde Joano), perpétuellement malade pour une raison non précisée, empoisonne sa femme. 

Avec Les Noces rouges, Claude Chabrol est exactement   on l’attend — et   il excelle : la dissection au scalpel d’une bourgeoisie de province qui sent le renfermé derrière les rideaux bien tirés. 

On est à Valençay, décor de carte postalemais comme souvent chez Chabrol, le vernis craque très vite. Sous les bonnes manières, les petits arrangements, les regards polis, c’est un cloaque de frustrations, de pouvoir et de désir. Du pur Chabrol, oui — mais du grand cru. 

L’histoire, inspirée d’un fait divers réel, devient ici une mécanique implacable. Une quadrangulaire non pas dans les urnes mais dans les coulisses — et quelle coulisse ! 
Pierre Maury (formidable Michel Piccoli), notable bien installé, marié à Clotilde (Clotide Joanno)  franchit une ligne irréversible. 
Adjoint au maire, respectable en façade, il empoisonne sa femme. Rien que ça. 

Ce geste n’est pas un coup de folie : c’est presque administratifCalculé. Propre. Bourgeois. 
Et surtout, il ouvre un espace : celui de sa liaison avec Lucienne (Stéphane Audran, épouse du maire Paul Delamare (Claude Piéplu). 

Le couple adultère devient alors un couple maudit, pris dans une spirale  la logique du crime appelle le crime. 
Si la femme de Pierre doit disparaîtrepourquoi pas le mari de Lucienne ? 
On n’est plus dans la passion, mais dans la gestion. 

Ce qui frappe, c’est la mise en scène de Chabrol : froidecliniquepresque indifférente. 
Pas d’effets inutiles, pas de musique envahissante — juste des gestes, des regards, des silences. 
Le banal devient terrifiant. 

Chabrol filme comme un entomologiste : il observe ses notables entre argent, sexe et pouvoir — leurs trois obsessions — et il les laisse s’enliser. 
Sa perversité n’est jamais démonstrative : elle est dans le détail, dans le décalage, dans cette façon de rendre normal l’inacceptable. 

Et puis il y a les acteurs — tous parfaits, ouimais surtout parfaitement dirigés. 
Piccoli est extraordinaire : massif, tranquillepresque doux, ce qui rend son passage à l’acte encore plus dérangeant. 
Audran, sa femme dans la vie, est d’une froideur fascinante — chaque regard est une condamnation silencieuse. 
Joano apporte une tension nerveusepresque fébrile  Piéplu incarne une autorité un peu molle, presque déjà condamnée. 

Tout le monde joue à hauteur de Chabrol. Personne ne dépasse. Personne ne triche. 

Le scénario est d’une rigueur implacable. Pas de détour, pas de gras. 
Chaque scène pousse un peu plus loin l’enfermement moral des personnages. 
On sait que ça va mal finir — mais on regarde quand mêmehypnotisé. 

une quadrangulaire non pas dans les urnes mais dans les coulisses… et même dans les prénoms, Chabrol brouille les pistes. 

Ce qui est amusant (et très chabrolien), c’est que cette confusion est presque logique : les personnages sont interchangeables dans leur fonction sociale. 
Épouse, maîtresse, notable… ce ne sont que des rôles dans une mécanique. 

Et puis il y a ce cynismecette ironie glaciale typiquement chabrolienne. 
Ces gens tuent… mais continuent à dîner, à discuter, à exister socialement. 
Comme si de rien n’était. 

Ah, le cinéma des années 70 et ses contradictions : filmer l’horreur avec élégancemontrer la pourriture sans jamais hausser le ton. 

 
« l’enfer dans des décors de rêve ». 
C’est exactement ça. 

Un film  le crime n’est pas une rupture — mais la continuité logique d’un système. 
Et çac’est peut-être ce qu’il y a de plus inquiétant. 

NOTE : 12.00

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire