Vu le Film City Hall de Harold Becker (1996) avec Al Pacino John Cusack Bridget Fonda Dany Aiello David Paymer Anthony Franciosa Martin Landau
Le maire de New York et son jeune adjoint gèrent habilement les affaires de la ville. Ils jouissent d'une grande popularité jusqu'au jour où au cours d'un échange de coups de feu entre un policier et un trafiquant de drogue un enfant noir de six ans est tué.
Dans les grandes villes, le pouvoir ne dort jamais. Et à New York City encore moins. Avec City Hall, Harold Becker nous plonge dans les couloirs capitonnés de la politique municipale, là où les décisions se prennent loin des regards, entre ambitions personnelles, fidélités fragiles et vérités qu’on préfère parfois ne pas entendre. Un grand film politique à l’ancienne, solide, dense, où chaque regard compte autant qu’un discours.
Au centre de cette mécanique parfaitement huilée trône le maire de New York, John Pappas, incarné par un monumental Al Pacino. Pappas est un vieux de la vieille de la politique, un homme qui connaît les électeurs, les poignées de mains, les cérémonies et les bains de foule. Il règne sur sa ville avec l’assurance tranquille de ceux qui ont gagné mille batailles électorales. Mais voilà : régner sur une ville ne veut pas forcément dire connaître tout ce qui s’y passe.
Car dans l’ombre du maire, celui qui gère véritablement la machine au quotidien, c’est son adjoint Kevin Calhoun, interprété par John Cusack. Jeune, brillant, ambitieux mais encore idéaliste, Calhoun est l’homme qui organise tout : les déplacements du maire, les interviews, les discours, les crises à étouffer avant qu’elles ne deviennent des scandales. Tout est cadré, millimétré, verrouillé pour qu’il n’y ait aucune faille dans le système.
Et pourtant, comme souvent en politique, la faille finit par apparaître.
Lors d’un échange de coups de feu entre un policier et un trafiquant de drogue, un enfant noir de six ans est tragiquement tué. Un drame qui aurait pu rester un fait divers parmi tant d’autres dans une ville immense. Mais très vite, l’affaire se complique : le trafiquant n’aurait jamais dû être là. Il avait été libéré lors d’un autre procès.
Alors la question surgit, implacable : qui est responsable ?
Le juge ?
La police ?
Le système judiciaire ?
Ou quelqu’un de plus haut placé dans la chaîne du pouvoir ?
La machine politique se met alors à tourner à plein régime, et Kevin Calhoun commence à tirer les fils d’une pelote qui remonte peu à peu vers les étages les plus dorés du pouvoir municipal. Et si la vérité se cachait tout simplement… dans les ors de la mairie ?
Harold Becker filme cette enquête politique avec une maîtrise remarquable. Pas de grands effets inutiles, mais une mise en scène précise, tendue, presque clinique. Les dialogues frappent juste, le scénario avance comme une partie d’échecs où chaque révélation déplace les pièces sur l’échiquier du pouvoir.
Et puis il y a les acteurs. Dans ce genre de film, les seconds rôles sont essentiels, et ici ils sont tous au rendez-vous. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, donnant à la ville une épaisseur humaine et politique fascinante.
Mais au sommet de cette distribution trône évidemment Al Pacino. Et quel Pacino ! Charismatique, rusé, charmeur, inquiétant parfois. Un maire qui serre des mains avec le sourire tout en gardant mille secrets derrière le regard. Disons-le franchement : Pacino est excellent, pervers à souhait, dans un rôle de vieux lion politique qui sait parfaitement comment fonctionne la jungle.
Face à lui, John Cusack apporte la fraîcheur et la droiture morale du jeune idéaliste qui croit encore que la vérité doit triompher. Leur face-à-face devient peu à peu le cœur du film : l’expérience contre l’idéalisme, la realpolitik contre la conscience.
Au final, City Hall est un grand film politique, passionnant de bout en bout. Une plongée dans les rouages du pouvoir où l’on découvre que la politique est souvent une affaire d’équilibres fragiles, de compromis et parfois de silences très bien organisés.
Un film haletant, intelligent, superbement interprété, qui rappelle qu’en politique comme au cinéma, la vérité est rarement là où on l’attend… et qu’elle se cache souvent derrière les plus beaux bureaux de la mairie.
NOTE : 14.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Harold Becker
- Scénario : Ken Lipper, Paul Schrader, Nicholas Pileggi et Bo Goldman
- Producteurs : Harold Becker, Ken Lipper, Charles Mulvehill et Edward R. Pressman
- Producteurs associés : Elizabeth Carroll et Thomas J. Mack
- Musique : Jerry Goldsmith
- Photographie : Michael Seresin
- Montage : David Bretherton et Robert C. Jones
- Casting : John S. Lyons
- Concepteurs des décors : Jane Musky
- Directeur artistique : Robert Guerra
- Décors : Robert J. franco et Bruce Swanson
- Costumes : Richard Hornung
- Budget : 40 000 000 $
- Recettes : 20 340 203 $
- Société de production : Castle Rock Entertainment
- Société de distribution : Columbia Pictures
- Al Pacino (VF : Sylvain Joubert et VQ : Luis de Cespedes) : John Pappas, maire de New York
- John Cusack (VF : Patrick Mancini et VQ : Gilbert Lachance) : Kevin Calhoun, adjoint au maire
- Bridget Fonda (VF : Nathalie Juvet et VQ : Marie-Andrée Corneille) : Marybeth Cogan
- Danny Aiello (VF : Alain Dorval et VQ : Aubert Pallascio) : Frank Anselmo
- Martin Landau (VF : William Sabatier et VQ : Jean Fontaine) : Juge
- David Paymer (VF : Michel Mella et VQ : Normand Lévesque) : Abe Goodman
- Anthony Franciosa : Paul Zapatti
- Richard Schiff : Larry Schwartz
- Lindsay Duncan : Sydney Pappas
- Lauren Vélez : Elaine Santos
- Murphy Guyer : le capitaine Florian
- John Finn : Commissioner Coonan
- John Slattery : Detective George
- Stanley Anderson : le conducteur de train
- Harry Bugin : Morty, le serveur
- Nestor Serrano : l'inspecteur Eddie Santos
- Larry Romano : Tino Zapatti
- Angel David : Vinnie Zapatti

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