Vu le Film Les Possédés de Andrzej Wajada (1988) avec Isabelle Huppert Jutta Lampe Philippine Leroy Beaulieu Bernard Blier Jean Philippe Ecoffey Laurent Malet Omar Sharif Lambert Wilson Jerzy Radziwilowicz
Ce film s'inspire du roman éponyme de Fiodor Dostoïevski, montrant les fondements révolutionnaires de la Russie de la fin du siècle, en prise avec ses démons. Vers 1870, un groupe de révolutionnaires nihilistes souhaite détruire la société traditionnelle russe par des actions terroristes. Mais des tensions vont naître entre eux avec l'arrivée de leur chef : Stavroguine
la filmographie de Andrzej Wajda, Les Possédés intrigue d’abord par son origine : adaptation libre de Les Démons, transposée dans un contexte qui n’est pas exactement celui de la Russie du XIXe siècle, mais plutôt une Europe trouble, indéfinie, presque intemporelle.
L’histoire, elle, reste fidèle à l’esprit : une petite société gangrenée par des tensions politiques, des ambitions personnelles, des manipulations souterraines. Des hommes qui parlent de révolution sans toujours savoir ce qu’ils veulent vraiment changer. Et au milieu, des figures instables, dangereuses, fascinantes.
On suit un groupe de personnages pris dans un jeu d’influences et de pouvoir, où chacun semble possédé par ses idées, ses frustrations ou ses illusions. Il y a des complots, des trahisons, des discours enflammés, et cette sensation constante que tout peut basculer.
Sur le papier, c’est du Wajda pur jus : politique, fiévreux, intellectuel. Dans le contexte de sa carrière, le film arrive à un moment où il explore davantage les adaptations littéraires et les coproductions internationales, loin de ses grandes fresques polonaises comme Cendres et diamant.
Et ça se sent.
Le casting français attire l’œil (Blier, HupperT, Wilson, Mallet) On y trouve des visages connus, une volonté d’ouverture, de croisement des cultures. Mais cette distribution donne aussi au film une étrangeté. Une distance. Comme si les acteurs évoluaient dans un univers qui n’est jamais tout à fait le leur.
Ce n’est pas qu’ils soient mauvais, loin de là. Mais il manque une unité, une incarnation collective. Chacun semble jouer sur sa propre tonalité, sans que l’ensemble ne prenne vraiment feu.
La mise en scène de Wajda reste élégante, maîtrisée. Il sait poser une ambiance, installer une tension. Certains plans ont une vraie force, une densité presque oppressante.
Mais l’ensemble manque de nerf.
Là où le roman de Fiodor Dostoïevski est une plongée vertigineuse dans la folie politique et morale, le film paraît parfois retenu, presque sage. Les conflits existent, mais ils ne débordent jamais vraiment.
Le film souffre de cette adaptation complexe. Difficile de condenser une œuvre aussi dense sans perdre en clarté ou en intensité. Résultat : on suit, mais on reste souvent à distance.
Il y a pourtant de belles idées. Des moments où le film capte quelque chose de trouble, d’inquiétant. Cette sensation que les idées peuvent devenir des armes, que les mots peuvent précéder la violence.
Mais ces éclats restent dispersés.
Dans la carrière de Wajda, Les Possédés apparaît presque comme une œuvre de transition, ou d’expérimentation. Un film qui cherche, qui tente, mais qui ne trouve pas toujours son équilibre.
On y voit le cinéaste, son intérêt pour l’histoire, pour les idéologies, pour les hommes qui s’y perdent. Mais on ne retrouve pas totalement la puissance de ses grands films.
Un objet intéressant, parfois captivant, souvent frustrant.
Un Wajda mineur, mais pas dénué de curiosit
NOTE : 12.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Andrzej Wajda
- Scénario : Jean-Claude Carrière,
en collaboration avec Andrzej Wajda, Agnieszka Holland, Edward Zebrowski
d'après le roman de Fiodor Dostoïevski
dialoque : Jean-Claude Carrière - Assistant réalisateur : Romain Goupil
- Isabelle Huppert : Maria Chatov
- Jutta Lampe : Maria Lebiadkine
- Philippine Leroy-Beaulieu : Lisa
- Bernard Blier : Le gouverneur
- Jean-Philippe Écoffey : Peter Verchovenski
- Laurent Malet : Kirillov
- Jerzy Radziwilowicz : Chatov
- Omar Sharif : Stepan
- Lambert Wilson : Nikolaï Stavroguine
- Philippe Chambon : Chigalev
- Jean-Quentin Châtelain : Virguinski
- Rémi Martin : Erkel
- Serge Spira : Fedka
- Wladimir Yordanoff : Lebiadkine
- Zbigniew Zamachowski : Liamchine

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