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dimanche 22 mars 2026

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES TONTONS FARCEURS DE JERRY LEWIS (1965)


 Vu le film Les Tontons Farçeurs de Jerry Lewis (1965) avec Jerry Lewis (dans plusieurs rôles) Donna Butterworth Sebastian Cabot Milton Frome Gene Baylos Jay Adler Herbie Faye 

Devenue orpheline, Donna, une petite fille riche et héritière, doit choisir parmi ses oncles celui qui deviendra son tuteur. Il importe de préciser que Donna va disposer d'un important héritage qui peut exercer une certaine attirance sur ses oncles. 

 

Accompagné de son chauffeur Willard Woodward, elle visitera chacun de ses oncles mais parfois les gens les plus proches peuvent être ceux sur qui on peut compter. 

Derrière son titre trompeusement bon enfant, Les Tontons Farceurs est un véritable terrain de jeu pour Jerry Lewis, qui s’en donne à cœur joie dans une démonstration de comédie aussi excessive que maîtrisée. Ici, il ne se contente pas de jouer : il orchestre, il expérimente, il cabotine avec une liberté presque insolente. Et surtout, il incarne pas moins de sept rôles, une performance qui tient autant du tour de force technique que du pur plaisir enfantin. 

L’histoire, simple en apparence, sert de prétexte à ce feu d’artifice burlesque. Une jeune héritière doit choisir parmi plusieurs prétendants celui qui deviendra son tuteur. Tous gravitent autour d’elle avec des intentions plus ou moins avouables, entre avidité grotesque et charme de façade. Et bien sûr, chacun de ces hommes porte le visage de Lewis. Le récit devient alors une galerie de portraits où chaque personnage pousse un trait humain jusqu’à l’absurde : l’un est cupide jusqu’à la caricature, l’autre joue le beau gosse avec une assurance ridicule, tandis qu’un autre encore laisse transparaître une forme de tendresse inattendue. Au milieu de ce bal de faux-semblants, émerge cette idée presque poétique que tu évoques : un conte du cygne noir au milieu de cygnes blancs, où la sincérité finit par percer sous les couches de grimaces. 

Jerry Lewis s’en donne à cœur joie dans des gags aussi stupides les uns que les autres — et c’est précisément là que réside le sel du film. Cette stupidité est travaillée, construite, presque chorégraphiée. On retrouve une filiation évidente avec le burlesque des grandes heures du cinéma muet : les corps parlent, les regards exagèrent, les situations dérapent jusqu’à l’absurde. La mise en scène, signée Lewis lui-même, épouse ce rythme en privilégiant l’efficacité visuelle, les ruptures de ton et un sens aigu du timing comique. 

Pour ceux qui connaissent, il y a effectivement plusieurs hommages au sketch de W. C. Fields, notamment dans cette manière de jouer avec l’irritation, la duplicité et le rapport aux enfants. Ces clins d’œil ne sont jamais gratuits : ils s’intègrent dans une tradition que Lewis prolonge à sa manière, plus hystérique, plus moderne, presque anarchique. 

Côté casting, difficile d’exister face à un acteur qui monopolise autant l’écran, mais la jeune héritière — pivot du récit — apporte une forme de stabilité et de douceur bienvenue. Elle agit comme un point d’ancrage dans ce chaos organisé, permettant au spectateur de ne jamais totalement décrocher. Les personnages incarnés par Lewis, eux, sont volontairement outranciers, mais chacun possède une identité visuelle et comportementale distincte, preuve d’un vrai travail d’acteur derrière la folie apparente. 

Le scénario, lui, n’est clairement pas l’élément le plus solide. Il sert de fil conducteur plus que de véritable moteur dramatique. Mais ce n’est pas un défaut en soi : le film assume pleinement sa nature de succession de sketches reliés entre eux. On est moins dans une narration classique que dans une expérience comique, presque un laboratoire où Lewis teste les limites de son art. 

Pas le meilleur Jerry Lewis, mais pas le pire non plus. Il manque peut-être cette étincelle de génie qui transforme certaines de ses œuvres en classiques intemporels. Pourtant, il dégage une énergie communicative et une générosité rare. C’est un film imparfait, parfois inégal, mais profondément sincère dans sa volonté de faire rire, coûte que coûte. 

Les Tontons Farceurs est exactement ce qu’il prétend être : une parenthèse burlesque, un terrain de jeu pour un comédien qui refuse de se prendre au sérieux. Et pour se détendre, difficile de lui en vouloir de ne pas viser plus haut — il touche déjà juste là où ça compte : le plaisir immédiat du spectateur. 

NOTE : 12.10

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