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jeudi 19 mars 2026

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM MISTER NOBODY CONTRE POUTINE DE DAVID BORENSTEIN ET PAVEL TALANKIN (2025)


 Mon avis sur le Film Documentaire Mister Nobody contre Poutine de David BorensteinPavel "Pasha" Talankin (2025)  

Un enseignant russe documente secrètement la transformation de l'école de sa petite ville en centre de recrutement pour la guerre pendant l'invasion de l'Ukraine. 

Mister Nobody contre Poutine de David Borenstein et Pavel Talankin n’est pas un documentaire confortable, c’est un film qui gratte, qui dérange, et qui laisse une drôle d’impression : entre admiration sincère et léger soupçon qui ne vous quitte jamais vraiment. 

L’histoire est presque trop forte pour être vraie — et pourtant elle l’est (enfin… normalement, comme dirait Saint Thomas). Dans une petite ville paumée de l’Oural, à Karabash, Pavel Talankin, instituteur discret, se retrouve chargé de filmer la vie de son école primaire. Au départ, on est dans la pédagogie bon enfant, des images d’enfants, de classes, de quotidien banal. Et puis, doucement, sans prévenir, l’école devient autre chose : un outil. 

Un outil de propagande. 

La bascule est là, brutale mais progressive. Le pouvoir russe investit l’école, impose ses codes, ses discours, ses rituels. On ne parle plus seulement d’éducation, mais de formation idéologique. On prépare déjà les esprits, presque les corps. L’école devient une antichambre de la guerre en Ukraine. 

Et là, paradoxe génial — ou inquiétant selon votre humeur : on demande à Talankin de tout filmer. Absolument tout. Même ce qui ne devrait pas l’être. Comme si le système, sûr de lui, ne voyait même pas le danger. 

Et lui, il filme. 

Tout. 

Même l’interdit. 

Il accumule ces petits bouts de vérité, les cache, les protège, comme un trésor clandestin. Jusqu’au moment où il comprend qu’il doit partir. Fuir. S’échapper de cette étreinte du pouvoir qui se resserre. 

Courage ? Évidemment. 

Chance aussi, clairement. 

Parce qu’il faut bien le dire : réussir à faire tout ça en Russie aujourd’hui, sans se faire broyer, relève presque du miracle. 

Mais mon doute est sain. Cette petite voix façon Saint Thomas : “je ne crois que ce que je vois”. Et ici, justement, on voit beaucoup… peut-être même un peu trop bien. Qui filme parfois ? Comment certaines images existent-elles ? Est-ce qu’on nous montre tout ? Est-ce qu’on nous guide un peu ? 

Dans ces temps troublés, la question n’est pas absurde. Une manipulation ? Peu probable, oui… mais pas totalement impensable non plus. Et le film ne dissipe pas complètement ce flou. 

C’est là qu’il devient fascinant. 

Sur la mise en scène, on est dans du brut maîtrisé. Pas de fioritures inutiles, mais un montage qui sait exactement où appuyer. Les silences, les regards, les moments anodins qui deviennent glaçants… tout est utilisé avec intelligence. Le réel est laissé respirer, mais jamais au hasard. 

Côté “casting” — même si ici ce sont des gens réels — Pavel Talankin porte le film sur ses épaules. Il n’est pas acteur, mais il a une présence incroyable : mélange de naïveté apparente, de lucidité progressive et de tension intérieure. Sa mère, figure en creux, presque tragique, ajoute une dimension humaine troublante — elle reste, lui part. Et ça, oui, c’est étrange. Et ça reste en tête. 

Le scénario, parce qu’il y en a un malgré tout, suit une ligne limpide : innocence → basculement → résistance → fuite. Classique, presque trop parfait… mais la réalité a parfois ce sens du récit. 

Alors oui, on admire. 

On admire la persévérance, le courage, la capacité à documenter l’indicible de l’intérieur. 

Mais on garde aussi ce petit doute au coin de la tête. 

Et c’est peut-être la plus grande réussite du film : ne pas être seulement un témoignage, mais aussi un objet qui nous oblige à rester vigilants, même face à ce qui semble évident. 

Un documentaire intéressant à plus d’un titre, 

Et dans le monde actuel, c’est déjà beaucoup. 

NOTE : 13.80


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