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mardi 10 mars 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'INSPECTEUR HARRY DE DON SIEGEL (1971)

 


Vu le Film L’Inspecteur Harry (Dirty Harry) de Don Siegel (1971) avec Clint Eastwood Andrew Robinson Harry Guardino John Verrnon Reni Santoni Mae Mercer John Mitchum John Larch Josef Summer Don Siegel James Nolan 

(John Vernon joue le Maire de San Francisco)  

Alors qu'une jeune femme se baigne dans une piscine située sur un toit de San Francisco, un homme l'assassine à l'aide d'un fusil de calibre .30-06 Springfield. Chargé de l'enquête, l'inspecteur Harry Callahan trouve la douille usagée sur un toit situé non loin du lieu du crime, et un message d'un dénommé « Scorpion ». Le message réclame une rançon, faute de laquelle le tueur en série tuera une personne par jour en commençant par « un prêtre catholique ou un nègre ». 

C’est la première fois que l’on voyait le Blond et sa grande carcasse quitter les rues poussiéreuses du Far West pour arpenter celles de San Francisco. Après avoir dégainé dans les westerns de Sergio Leone, Clint Eastwood troque ici le colt du cow-boy contre le revolver du policier urbain. Et le résultat est explosif. Le film sort en 1971 et inaugure une saga qui s’étendra jusqu’en 1988, mais il faut surtout savourer ce premier opus – et son excellent successeur Magnum Force – avant que la mécanique de la série ne finisse par déborder le personnage. 

Tout est résumé dans la réplique devenue mythique : 
« You've got to ask yourself a question: Do I feel luckyWell, do yapunk? ». 
Cette phrase résume parfaitement l’inspecteur Harry Callahan : un flic brut de décoffrage, direct, ironique, et qui ne s’embarrasse pas toujours de la procédure. À l’époque, ce ton était inhabituel, presque provocateur. Pourtant, ce personnage va devenir une référence pour toute une génération de policiers de cinéma, des héros comme John McClane ou Martin Riggs lui devront beaucoup. 

La réussite du film tient aussi à son antagoniste. Le rôle du tueur Scorpion devait initialement revenir à Audie Murphy, star des westerns et héros de guerre américain. Mais l’acteur meurt tragiquement dans un accident d’avion avant le tournage. Il est remplacé par Andrew Robinson, qui livre une prestation glaçante. Robinson incarne un psychopathe inquiétant et nerveux, dont la folie contraste parfaitement avec la froide détermination d’Eastwood. Sa carrière sera ensuite irrégulière, mais on le reverra notamment dans Charley Varrick de Siegel, aux côtés de Walter Matthau, ou encore dans The Drowning Pool de Stuart Rosenberg avec Paul Newman. 

Une anecdote savoureuse : durant le tournage, Don Siegel tombe malade. Eastwood, qui commence alors à s’intéresser sérieusement à la mise en scène, tourne lui-même la scène où Callahan empêche un homme de se suicider. Un petit moment de cinéma qui annonce la carrière de réalisateur qu’il développera par la suite. 

Techniquement, le film appartient encore à une époque où les cascades se faisaient vraiment. Pas d’images numériques : les cascadeurs passent à travers les vitres, dévalent des escaliers ou traversent des planchers en bois pour de vrai. Les impacts de balles éclatent parfois avec un léger retard, les poches de faux sang aussi… mais c’est précisément ce réalisme artisanal qui donne au film son charme aujourd’hui. 

La mise en scène de Siegel est sèche, nerveuse et efficace. Il filme San Francisco comme un véritable terrain de chasse urbain : les rues en pente, les toits, les parkings et même le célèbre stade deviennent des décors de tension. La musique, typique du début des années 70, ajoute cette atmosphère étrange et reconnaissable qui rappelle parfois certains polars européens ou les films de Georges Lautner. 

Le film regorge aussi de clins d’œil amusants. À un moment, l’inspecteur Harry passe devant un cinéma qui projette Play Misty for Me, le premier film réalisé par Eastwood l’année précédente. Sur un mur du métro apparaît aussi le prénom Kyle, qui est celui de son fils né en 1968. 

Enfin, la scène finale est devenue légendaire : après avoir réglé l’affaire à sa manière, Callahan jette son insigne dans l’eau. Un geste symbolique qui rappelle celui de Gary Cooper dans High Noon. Comme le marshal du western classique, Harry semble dire qu’il a fait ce qu’il fallait, mais que le monde moderne n’a peut-être plus vraiment de place pour ce genre de justiciers. 

Dirty Harry est bien plus qu’un simple polar. C’est la rencontre parfaite entre un acteur iconique, un réalisateur maître du cinéma d’action et un personnage qui va marquer durablement la culture populaire. Le film a certes vieilli dans ses effets et ses techniques, mais il conserve une énergie brute et un charme que beaucoup de polars modernes peinent à retrouver. 

Et quand Eastwood braque son énorme revolver en demandant si l’on se sent chanceux… on comprend immédiatement pourquoi ce film est entré dans la légende.

NOTE : 13.90

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