Pages

mercredi 11 mars 2026

8.40 - MON AVIS SUR LE FILM MIROIRS N°3 DE CHRISTIAN PETZOLD

 


Vu le Film Miroirs N°3 de Christian Petzold (2025) Mavec Paula Beer Barbara Auer Matthias Brandt Enno Trebs Philipp Froissant Victoire Laly 

Laura (Paula Beer), pianiste ambitieuse, étudie à l'Université des arts de Berlin. Elle a l'impression que la musique et sa vie lui échappent. Alors que la jeune femme fait une excursion dans la campagne environnante avec son compagnon (Philip Froissant), celui-ci perd le contrôle de sa voiture. Alors que Laura sort indemne de ce grave accident, son petit ami perd la vie. La famille d'une femme (Barbara Auer) qui a assisté à la scène, accueille Laura chez elle. Dans leur maison en bordure d'un hameau, elle trouve refuge, réconfort et soutien. Tant Laura que la famille, à première vue malheureuse, commencent à s'épanouir et une cohabitation s'installe. Mais Laura découvre bientôt de sombres secrets et doit se rendre à l'évidence : quelque chose ne va pas dans la famille. Les raisons qui les poussent à s'occuper d'elle ne sont pas aussi honorables qu'il n'y paraît 

Avec Miroirs N°3, le réalisateur allemand Christian Petzold poursuit son exploration d’un cinéma très intérieur, presque secret, où les personnages semblent avancer comme dans un rêve brumeux. Un cinéma qui fascine certains spectateurs et qui peut en laisser d’autres sur le bord du chemin. 

Le film s’ouvre sur un accident de voiture brutal. Laura, pianiste renommée interprétée par Paula Beer, survit à la collision mais perd son compagnon dans le choc. Elle s’en sort physiquement blessée, mais surtout profondément marquée dans son âme. L’accident devient le point de départ d’un récit qui ne cessera de tourner autour du traumatisme et de la culpabilité. 

Désorientée, Laura accepte l’aide d’une femme qui a assisté à l’accident et qui lui propose de se reposer chez elle, à la campagne, au sein de sa famille. Sur le papier, l’idée semble presque salvatrice : un refuge, une maison calme, une présence humaine après le choc. 

Mais très vite, le doute s’installe. Était-ce vraiment une bonne idée de se réfugier chez des inconnus ? 

Le film joue précisément sur cette ambiguïté. On pourrait croire, dans les premières minutes, que l’histoire va glisser vers un thriller ou même vers un slasher sanglant. Mais non. Petzold prend une toute autre direction. Le danger n’est jamais frontal, jamais spectaculaire. Il est plus insidieux. 

Les silences deviennent lourds, les regards ambiguës, et les secrets commencent peu à peu à remonter à la surface. 

Le récit avance comme enveloppé dans un brouillard. L’accident initial reste mystérieux dans ses conséquences, les relations entre les personnages demeurent floues, et même la relation passée entre Laura et son amant semble traversée de zones d’ombre. 

Dans ce dispositif, Paula Beer porte le film presque à elle seule. L’actrice incarne une femme fragilisée, encore sonnée par le choc, avançant comme en apesanteur dans un monde qui lui échappe. Son jeu reste retenu, presque opaque, ce qui correspond parfaitement à l’univers de Petzold. 

Autour d’elle, les personnages de la famille qui l’accueille apparaissent tour à tour bienveillants, mystérieux ou légèrement inquiétants. Rien n’est jamais totalement clair, et cette incertitude constitue la matière même du film. 

La mise en scène est fidèle au style du réalisateur : minimaliste, précise, presque austère. Peu d’effets, peu de mouvements spectaculaires, mais une attention constante aux visages et aux espaces. 

Les maisons, les pièces, les paysages semblent chargés d’un poids invisible. 

Pourtant, c’est aussi dans le scénario que l’on peut se sentir un peu perdu. Le film avance volontairement dans le flou, comme si le spectateur devait lui aussi se déplacer dans ce brouillard narratif. 

Certains apprécieront cette approche mystérieuse, cette manière de suggérer plutôt que d’expliquer. 

D’autres pourront ressentir une certaine frustration. 

Car l’émotion reste étonnamment distante. On observe Laura, on comprend son traumatisme, mais le film garde une forme de froideur qui empêche parfois l’attachement de vraiment naître. 

Petzold impose clairement son rythme et son point de vue. 

Il filme comme il l’entend, sans chercher à rassurer le spectateur ni à lui tendre la main. 

Le résultat est un film très maîtrisé dans sa forme, mais qui peut aussi laisser une impression de distance. 

On avance dans l’histoire comme dans un brouillard épais, où chaque révélation semble à moitié cachée. 

Au fond, Miroirs N°3 ressemble beaucoup au cinéma de Christian Petzold lui-même : discret, cérébral, volontairement ambigu. 

Un film qui trouvera surtout son public chez les amateurs du réalisateur et de son œuvre déjà riche de nombreux films. 

Pour les autres spectateurs, l’expérience risque de rester un peu froide, un peu lointaine. 

Un film où les secrets apparaissent lentement… 

Mais où les émotions, elles, restent parfois derrière le miroir.

NOTE : 8.40

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Christian Petzold
  • Scénario : Christian Petzold
  • Photographie : Hans Fromm
  • Sociétés de production : Schramm Film Koerner Weber Kaiser GbR (Berlin)
  • Format : couleurs
  • Pays de production : Drapeau de l'Allemagne Allemagne

DISTRIBUTION



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire