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dimanche 30 mars 2025

12.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES LUNETTES D'OR DE


 Vu le film Les Lunettes d’Or de Guiliano Montaldo (1987) avec Philippe Noiret Rupert Everett Valéria Golino Stefania Sandrelli Nicola Farron Roberto Helitzka Luca Zingaretti Rade Markovic Anna Lezzi

1938, Ferrare. Médecin cultivé et discret, le seul défaut du docteur Fadigati est, aux yeux de la bourgeoisie provinciale, de n'être pas marié. Quand il est surpris en compagnie d'Éraldo, un jeune étudiant modeste, il est immédiatement mis au ban de la bonne société. Seul David, un universitaire juif, le soutient dans sa descente aux enfers.

Adapté du roman éponyme de Giorgio Bassani, Les Lunettes d’or (Gli occhiali d’oro) de Giuliano Montaldo est un film délicat et mélancolique, explorant l’isolement et la montée du fascisme dans l’Italie des années 1930. À travers la relation entre un médecin homosexuel marginalisé et un étudiant juif contestataire, l’œuvre dresse un double portrait d’hommes confrontés à l’oppression sociale et politique.

Dès les premières images, le film évoque inévitablement Mort à Venise de Luchino Visconti : une cité balnéaire élégante (ici Ferrare et les rives du Pô), une ambiance feutrée et un protagoniste mûr, prisonnier d’un désir qu’il sait impossible. Philippe Noiret incarne le Dr. Athos Fadigati, un homme respectable mais solitaire, dont l’homosexualité, bien que discrète, fait de lui une cible de moqueries et d’exclusion. Il tente d’aimer dans l’ombre, en nouant une relation avec un jeune homme frivole (Nicola Farron,), tout en sachant que ce bonheur ne sera qu’éphémère.

Everett, dans le rôle d’un étudiant issu de la bourgeoisie juive et engagé contre le fascisme, apporte une touche de fougue et d’idéalisme. Son destin se confond avec celui du médecin : tous deux, bien que différents, sont marginalisés par une société qui glisse peu à peu vers l’intolérance et la persécution.

Giuliano Montaldo filme Ferrare avec une élégance picturale, capturant la beauté mélancolique de ses ruelles, ses canaux et ses plages. Mais sous cette splendeur, le climat politique s’assombrit. La montée du fascisme et des lois raciales de Mussolini jette une ombre sur le film, transformant cette atmosphère feutrée en un étau oppressant.

Philippe Noiret, habitué aux rôles plus chaleureux, livre ici une performance toute en retenue et en douleur contenue. Son Dr. Fadigati est un homme digne, aspirant à un amour sincère, mais qui se heurte à l’hypocrisie et au rejet. La scène où il se retrouve humilié publiquement par son amant, sous les regards moqueurs des notables, est d’une tristesse poignante.

Montaldo respecte fidèlement l’œuvre de Bassani, dont les écrits dénoncent la montée de l’antisémitisme en Italie. Le film bénéficie d’une reconstitution historique minutieuse et d’une mise en scène raffinée, privilégiant les silences et les regards aux grandes démonstrations émotionnelles.

Un film injustement oublié et bouleversant, porté par un Noiret impérial. Une œuvre sur la solitude, le rejet et l’inéluctabilité du destin, qui mérite d’être redécouverte pour sa finesse et sa beauté crépusculaire.

NOTE : 12.10

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