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samedi 28 février 2026

11.70 - MON AVIS SUR LE FILM L'ATTACHEMENT DE CARINE TARDIEU (2025)


 Vu le Film L’Attachement de Carine Tardieu (2025) avec Valérie Bruni Tedeschi Pio Marmai Vimala Pons Raphael Quesnard César Botti Catherine Mouchet Marie Christine Barrault Melissa Barbaud Florence Muller 

Sandra, quinquagénaire célibataire, tient une librairie féministe. Lorsque le couple de l'appartement voisin, Alex et Cécile, doit se rendre à l'hôpital pour l'accouchement de cette dernière, Sandra accepte de s'occuper de leur fils Elliott, âgé de six ans, bien que cette femme ne soit pas très intéressée par les enfants. Des complications surviennent lors de l'accouchement et la mère décède en donnant naissance à une fille prénommée Lucille. Par la suite, Sandra devient de plus en plus une référence féminine importante, non seulement pour le garçon, mais aussi pour le père veuf et pour la petite Lucille. 

Fraîchement auréolé de trois César dont celui du Meilleur Film, L’Attachement de Carine Tardieu méritait bien un rattrapage, lui qui était passé loin de mon radar. Alors prix justifié ou pas ? Quand on entre dans la salle, on sait déjà qu’on ne joue pas dans le même game que Sur la piste du Marsupilami. Ici, pas d’exotisme ni de comédie d’aventure, mais un drame intimiste adapté du roman L’Intimité de Alice Ferney. L’histoire est simple : Sandra (Valeria Bruni Tedeschi), libraire féministe — le ton est donné — accepte de garder le fils de ses voisins Alex (Pio Marmaï) et Cécile partis en urgence à l’hôpital. Cécile meurt après avoir accouché. Alex se retrouve seul avec deux enfants, dont la petite Lucille, nouveau-née qui devient le véritable tempo du film. Autour de ce deuil et de cette présence fragile va naître un lien inattendu entre Sandra et cette famille brisée. 

Sur le papier, le sujet est fort. En littérature, cela doit sans doute toucher au plus profond. Mais au cinéma, pendant 106 minutes, j’ai eu le sentiment qu’il ne se passait rien. Ni vraie montée dramatique, ni mise en scène marquante, ni construction qui donne l’impression d’un chemin. La réalisation de Carine Tardieu est d’une discrétion telle qu’elle en devient presque transparente. On observe des gestes, des silences, des regards. Beaucoup d’émotion, oui, mais une émotion statique, qui ne se transforme jamais en véritable tension narrative. 

Côté acteurs, je retiens surtout Pio Marmaï, sobre pour une fois, contenu, crédible en père débordé par le chagrin et les responsabilités. Il tient le film avec retenue. Valéria Bruni Tedeschi est juste ,  Vimala Pons, qui a été récompensée, apporte une singularité intéressante, mais cela suffit-il à justifier un César du Meilleur Film ? J’ai du mal à le croire. Quant à Raphaël Quenard, pour moi c’est insupportable : chaque apparition me sortait du film, comme une dissonance dans un ensemble déjà fragile. 

Le scénario avance par petites touches, mais sans véritable arc. Tout repose sur l’ambiance, sur le non-dit, sur le quotidien. Cela parlera sûrement à un public sensible à ces thématiques, notamment aux femmes, et c’est déjà ça. Mais pour moi, adapter un roman intimiste ne suffit pas : encore faut-il le traduire en cinéma. Ici, j’ai plus ressenti une lecture filmée qu’une œuvre incarnée. 

Alors oui, film touchant. Oui, sujet délicat. Mais César du Meilleur Film ? Il y a un pas que je ne franchis pas. À éviter si on traverse une dépression post-maternité. L’attachement promis par le titre, en ce qui me concerne, n’a pas vraiment pris.

NOTE : 11.70

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Carine Tardieu
  • Scénario : Carine Tardieu, Agnès Feuvre, Raphaële Moussafir, d'après le roman L'Intimité d'Alice Ferney paru en 2020[]
  • Musique : Éric Slabiak
  • Photographie : Elin Kirschfink, Yann Maritaud
  • Montage : Christel Dewynter Assistante monteuse : Marie Molino
  • Décors : Pascale Consigny
  • Effets visuels : Vincent Vacarisas
  • Production : Antoine Rein, Antoine Gandaubert, Fabrice Goldstein
  • Sociétés de production : Karé ProductionsFrance 2 Cinéma, uMedia, en association avec 6 SOFICA
  • Société de distribution : Diaphana Distribution (France)
  • Budget : 5,5 millions d'euros

DISTRIBUTION

7.40 - MON AVIS SUR LE FILM RETOUR A SILENT HILL DE CHRISTOPHER GANS (2026)


 Vu le film Retour à Silent Hill de Christopher Gans (2026) avec Jeremy Irvine Hannah Anderson Evie Templeton Pearse Egan Robert Strange Emily Carding Eve Macking 

James Sunderland a eu le cœur brisé après la mort de sa femme. Il reçoit aujourd'hui une mystérieuse lettre de sa part. Cela l'amène dans la ville de Silent Hill. Alors qu'il pense pouvoir retrouver son âme sœur, il découvre qu'une force malveillante inconnue règne sur la ville. James va par ailleurs croiser des personnages terrifiants, qui lui seront parfois familiers. Entre cauchemars et réalité, James va tout faire pour retrouver celle qu'il aime[ 

Je suis allé voir Retour à Silent Hill sans avoir vu le premier film réalisé par Christophe Gans il y a presque vingt ans. Donc pas de nostalgie, pas de comparaison, pas de madeleine. Juste un regard vierge face à une promesse d’horreur. 

L’histoire nous entraîne de nouveau dans la ville maudite de Silent Hill 2, adaptée une fois encore de la saga vidéoludique Silent Hill. On y suit James, homme brisé, convoqué par le souvenir de la femme qu’il a aimée. Une lettre, une absence, une ville fantôme noyée dans la brume, et cette descente progressive dans un cauchemar fait de culpabilité et de visions infernales. Sur le papier, il y a matière à creuser la psyché, à explorer la douleur, la mémoire, la punition intérieure. Sur le papier. 

Car à l’écran, le film coche presque toutes les cases pour plaire au public friand de ce type de productions : créatures grotesques, pluie de cendres, hémoglobine à volonté, décors industriels en décrépitude, et cette sensation persistante d’être plongé dans une console des années 2000. Par moments, j’avais l’impression d’être sur ma PS2, manette en main, avec son lot d’hémoglobine pixelisée — sauf qu’ici la manette ne sert à rien et le scénario tient sur le strict minimum. Et encore, je suis gentil. 

Moi, je suis plus psychologique dans les thrillers que gore. J’aime quand l’angoisse naît d’un silence, d’un regard, d’un doute. Ici, tout est montré, appuyé, souligné. Les flash-backs incessants finissent par détruire l’histoire de base au lieu de l’enrichir. À force de revenir en arrière, le film n’avance plus. On perd la tension, on dilue l’émotion. Le mystère devient mécanique. 

Cela dit, il faut reconnaître que la direction artistique est travaillée. Gans sait composer une image. La brume, les couloirs rouillés, les créatures emblématiques : visuellement, il y a un vrai savoir-faire. La mise en scène n’est pas paresseuse ; elle est même parfois inspirée dans ses mouvements de caméra et son sens du cadre. Mais l’esthétique ne suffit pas quand la narration vacille. 

Côté acteurs, ils font le travail avec sérieux. Le comédien incarnant James porte correctement la mélancolie du personnage, entre culpabilité et obsession. Les figures féminines, notamment celle qui incarne le souvenir et la douleur, apportent une fragilité bienvenue. Mais on sent qu’ils sont parfois prisonniers d’un dispositif plus visuel qu’émotionnel. Ils jouent juste, sans pouvoir dépasser les limites d’un scénario trop maigre pour leur offrir de vraies respirations. 

On a parfois l’impression que Gans se fait plaisir. Qu’il retrouve un univers qu’il aime, qu’il soigne ses monstres, ses atmosphères, ses références. Mais a-t-il pensé aux spectateurs qui attendent autre chose qu’un défilé d’images chocs ? Je ne suis pas sûr. Le film donne le sentiment d’un objet fidèle à un univers vidéoludique, mais moins soucieux d’un arc dramatique solide. 

Pour les amateurs de l’univers Silent Hill, il y a sans doute matière à satisfaction visuelle. Pour moi, qui cherche avant tout la tension psychologique et une écriture plus ciselée, l’expérience reste superficielle. Un film de plus dans les adaptations, techniquement appliqué mais émotionnellement limité. 

Et je me surprends à souhaiter que Gans refasse un pacte avec les loups — au sens figuré — pour retrouver un certain souffle, une ampleur, un sens du récit qui dépasse le simple exercice de style. Parce que le cinéma, ce n’est pas qu’une brume et du sang. C’est aussi une âme.


NOTE :  7.40

FICHE TECHNIOQUE


  • Réalisation : Christophe Gans
  • Scénario : Christophe Gans, Sandra Vo-Anh et Will Schneider, d'après le jeu vidéo Silent Hill 2
  • Musique : Akira Yamaoka
  • Direction artistique : David Ratajczak
  • Décors : Jovana Mihajlovic
  • Costumes : Momirka Bailovic
  • Photographie : Pablo Rosso
  • Montage : Sébastien Prangère
  • Production : Victor Hadida, Molly Hassell, John Jencks, Alexa Seligman, Jay Taylor et David M. Wulf
Coproducteurs : Philipp Kreuzer et Joe Neurauter

DISTRIBUTION


13.40 - MON AVIS SUR LE FILM PHASE IV DE SAUL BASS (1974)


 Vu le film Phase IV de Saul  Bass (1974) avec Nigel Davenport Michael Murphy Lynne Frederick Alan Gifford Robert Henderson 

Ernest D. Hubbs, scientifique issu d'une grande université, découvre que le cosmos influence certaines espèces de fourmis, en Arizona Celles-ci s'unissent, éliminent leurs prédateurs et construisent des structures inhabituelles. Elles semblent douées d'intelligence et de stratégie. Hubbs s'associe avec son collègue James Lesko pour en faire une étude plus poussée. Ils font évacuer la région, construisent un laboratoire de pointe et commencent à étudier le comportement des fourmis. Le lendemain de l'installation du laboratoire, celles-ci l'attaquent, mais Lesko diffuse un poison jaune qui tue toutes les assaillantes 

C’est un cas unique dans l’histoire du cinéma : l’unique long métrage réalisé par Saul Bass, immense designer graphique à qui l’on doit des génériques mythiques comme celui de West Side Story. Et pour son seul film, il choisit les fourmis. Pas des monstres géants. Pas d’invasion spectaculaire. Non. Des fourmis. 

Phase IV part d’un postulat simple et vertigineux : après un événement cosmique inexpliqué, les fourmis développent une intelligence collective supérieure et commencent à défier l’humanité. Dans le désert de l’Arizona, deux scientifiques s’isolent dans une station expérimentale pour comprendre le phénomène : Ernest Hubbs (interprété par Nigel Davenport), rationnel, méthodique, presque froid ; et James Lesko (Michael Murphy), plus intuitif, plus inquiet face à ce qu’ils observent. À leurs côtés, une jeune femme rescapée, Kendra (Lynne Frederick), introduit une fragilité humaine dans ce huis clos scientifique. 

Ce n’est pas un film d’attaque animale classique. C’est un film d’observation. Chirurgical. Bass nous entraîne au plus près des fourmilières, dans leurs galeries, dans leur organisation presque militaire. Pas d’images de synthèse — évidemment — mais une caméra macro fascinante qui transforme la terre en jungle et la fourmilière en cité futuriste. On ne regarde plus des insectes : on observe une civilisation. 

Et si ces petites bêtes étaient aussi grandes que nous ? Indiscutablement, on ne serait plus grand-chose. 

Le scénario joue sur l’intelligence plutôt que sur le spectaculaire. Les fourmis ne foncent pas. Elles analysent. Elles testent. Elles apprennent. Elles communiquent par symboles géométriques, comme si Bass, le graphiste, dialoguait directement avec elles. Le conflit devient alors intellectuel : qui s’adaptera le plus vite ? 

Nigel Davenport impose une autorité sèche, presque arrogante. Il croit encore à la suprématie humaine. Michael Murphy, lui, laisse filtrer le doute, et c’est là que le film bascule : la peur n’est pas dans les cris, elle est dans la prise de conscience. Lynne Frederick incarne une humanité prise en étau entre science et instinct. 

Film terrifiant, oui. Stressant, assurément. Mais surtout cérébral. On est loin du “game” spectaculaire façon blockbuster. Ici, pas d’explosion gratuite. Le danger est minuscule, méthodique, organisé. Comme une pensée qui progresse. 

Étonnamment, Bass n’a même pas eu le droit de concevoir son propre générique — ironie presque cruelle pour celui qui en a redéfini les codes. Les producteurs ont préféré un spécialiste plus ancré dans l’horreur classique. Comme si on refusait au maître graphiste de signer son œuvre jusqu’au bout. 

Mais le film, lui, porte sa signature dans chaque cadre. Les lignes, les formes, les compositions géométriques, tout respire le designer devenu cinéaste. 

Et au fond, la question reste : être cigale ou fourmi ? Pendant que nous profitons de la vie, distraits, persuadés d’être au sommet, d’autres espèces perfectionnent leur organisation. Les chats n’ont peut-être pas dit leur dernier mot… mais les fourmis, elles, n’ont jamais cessé de travailler. 

Phase IV est un objet rare. Un film d’anticipation minimaliste, presque expérimental, qui regarde l’humanité avec la distance d’un insecte. Et franchement, vu d’en bas, on n’a pas l’air si impressionnant. 

NOTE : 13.40

FICHE TECHINIQUE


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