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jeudi 4 décembre 2025

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM TU NE MENTIRAS POINT DE TIM MIELANTS (2024)


 Vu le Film Tu ne Mentiras Point de Tim Mielants (2024) avec Cillian Murphy Eileen Walsh Emily Watson Michelle Farley Clare Dunne Helen Behan Liadan Dunlea Mark McKenna 

Noël 1985, en Irlande. Bill Furlong, charbonnier, marié et père de cinq filles, découvre ce qui se passe réellement dans le couvent de sa ville 

Avec Tu ne mentiras point, adaptation du roman de Claire Keegan, Tim Mielants s’attaque à un sujet où, par nature, on ne peut pas faire de ce type d’horreurs un film d’action ou un thriller façon Seven. Les couvents de la Madeleine, en Irlande, ont longtemps été des zones d’ombre où l’on a enfermé, brisé, corrigé sous couvert de vertu. À une époque, on pensait — ou on feignait de penser — que ces histoires relevaient de la légende urbaine : aujourd’hui, depuis dix ans, chaque nouvelle révélation prouve qu’on n’est plus à une horreur près. 

Mielants, jeune réalisateur belge qui nous avait déjà cueillis avec Wil, va chercher Cillian Murphy, fraîchement oscarisé, pour incarner cet homme aussi hanté que déterminé à comprendre ce que vivent ces jeunes filles envoyées dans un couvent où tout sonne comme un murmure de culpabilité. Et dans cette enquête silencieuse, il dirige son acteur comme une silhouette, un spectre du remords qui traverse les couloirs froids du religieux. 

Murphy porte dans son regard tout le poids des traumatismes qu’il ne dit jamais. Son personnage est mutique, fermé, comme si chaque phrase risquait de fissurer l’édifice d’une société qui préfère détourner les yeux. C’est un choix de mise en scène fort — ce silence s’immisce dans chaque plan, une ombre plane sur l’âme lugubre du film. La bande sonore, lourde, s’enroule autour de la mise en scène austère, plongeant le spectateur dans une pénombre glaciale, reflet d’une météo irlandaise qui ne pardonne rien, et d’un passé que l’on a trop voulu enterrer. 

Le scénario suit la logique implacable du roman : un homme extérieur, témoin malgré lui, qui se heurte à une institution où chaque sourire est un verrou et chaque prière une manière d’oublier. Si la gravité de Murphy est impressionnante, elle frôle parfois la posture du rédempteur solitaire, au risque d’occulter l’essentiel : les victimes. Ces jeunes filles, réduites au silence, reléguées au second plan de leur propre tragédie, auraient mérité davantage d’espace, davantage de chair, davantage d’écoute. 

C’est d’autant plus frappant que cette histoire, dans une autre forme, avait déjà été racontée avec violence dans The Magdalene Sisters. Ici, Mielants choisit le non-dit, le murmure, l’image qui tremble ; parfois avec grâce, parfois avec un excès de retenue. On retrouve cependant une puissance certaine dans la manière dont il filme les murs, les gestes, les omissions — tout ce qui constitue les forfaitures dans un monde religieux qui se défausse derrière la morale. 

À noter, et ce n’est pas un détail : ce sont les deux copains Matt Damon et Ben Affleck, loin de leur Boston natale, qui produisent ce film. Comme quoi, même à Hollywood, certains fantômes traversent l’Atlantique. 

Tu ne mentiras point est un film où le silence parle trop fort pour qu’on l’ignore, même lorsque le récit trébuche. Un film où l’on sent le froid entrer dans les os, où la pénombre n’est jamais un effet mais un aveu. Un film imparfait, certes, mais honnête dans sa douleur — et parfois, c’est déjà beaucoup. 

NOTE : 12.90

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

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