Vu le Film Rien que pour Vos Yeux de John Glen (1981) avec Roger Moore Carole Bouquet Chaim Topol Lynn Holly Johnsson Julien Glover Cassandra Harris Jill Bennett Michael Gothard John Wyman Jack Hedley Desmond Llewelyn Lois Maxwell
Le Saint-Georges, un chalutier espion de la marine anglaise, est coulé au large de l'Albanie. Il était équipé d'un système ATAC de mise à feu de missiles nucléaires, et les services secrets russes s'intéressent à son épave. Timothy Havelock, qui travaille pour l'Intelligence Service sous le couvert de plongées archéologiques, recherche l'ATAC. Il est assassiné sous les yeux de Mélina, sa fille, par un certain Gonzales. James Bond prend alors la relève.
Rien que pour vos yeux, c’est le retour du plus flegmatique des agents secrets d’Albion : Sir Roger Moore, toujours impeccable, toujours sourire en coin, toujours capable de sauver le monde en costume trois pièces comme d’autres vont chercher le pain. Moore, ex-Saint devenu 007 à plein temps, apporte encore une fois cette élégance un peu ironique qui lui est propre, ce charme gentleman qui désamorce les bombes autant que les situations. John Glen, pour son premier Bond en tant que réalisateur, signe un film qui revient à quelque chose de plus terrestre après les extravagances spatiales de Moonraker. Et ça fait du bien.
Cette fois, pas de M : Bernard Lee était souffrant, et son absence pèse presque comme un hommage silencieux. Mais on retrouve les incontournables : Q, toujours prêt à bricoler des gadgets improbables dans son atelier ; Miss Moneypenny, fidèle à ses œillades mythiques ; et surtout une galerie de méchants très années 80, dont certains ont la moustache grecque et la menace facile. Ajoutons à cela une James Bond Girl tricolore : la somptueuse Carole Bouquet, aussi élégante qu’une statue antique, aussi froide que son prénom botanique le contredit. Dans Rien que pour vos yeux, elle lâche la phrase titre en se déshabillant devant Bond… et justement, on ne voit rien. Carole garde son mystère. On ne déshabille pas une icône en claquant des doigts.
L’intrigue tourne autour d’un système de lancement de missiles – l’ATAC – que Bond doit récupérer avant que les Russes ne s’en mêlent. La guerre froide n’a jamais été aussi fraîche, presque givrée, tant elle s’accorde à la présence glacée et hypnotique de Carole Bouquet. Glen utilise le contexte géopolitique avec efficacité, sans jamais en faire un fardeau : ici, tout est prétexte à l’action, aux rebondissements, aux pentes impossibles dévalées en ski, aux poursuites à flanc de montagne, ou encore à cette séquence mémorable d’escalade où Moore grimpe comme si sa vie dépendait du bon vouloir des prises.
L’humour est toujours là, juste comme il faut. Bond s’amuse, nous aussi. Les punchlines fusent aussi sec que les balles, Moore jouant du sarcasme comme d’un gadget supplémentaire. C’est du pur Bond des années 80 : un cocktail d’exotisme, de cascades complètement folles, de charme britannique et de méchants pas très malins mais très motivés.
L’action ne manque jamais : descente en bobsleigh improvisée, combats sous-marins, voitures qui se transforment en rien du tout parce qu’on leur tire dessus… mais Bond s’en sort toujours, évidemment. La mise en scène de John Glen est propre, efficace, parfois brillante dans sa simplicité. Elle privilégie les cascades réelles, les environnements naturels, et donne au film un parfum d’aventure authentique, chose de plus en plus rare dans les blockbusters à venir.
Et puis, il y a Roger Moore. Même si le film n’est pas encore officiellement son dernier Bond, on y sent comme un souffle de fin de règne. Une élégance fatiguée, un charme qui s’accroche, un flegme qui commence à regarder sa montre. Mais quel plaisir de le voir encore manier l’ironie avec une telle classe.
Rien que pour vos yeux est une aventure bondienne solide, fun, parfois spectaculaire, parfois touchante, toujours divertissante. Un film où l’on voyage, où l’on rit, où l’on frémit un peu, où l’on profite d’une Carole Bouquet impériale qui dit « Rien que pour vos yeux »… mais qui ne montrera rien. Et elle a raison : le mystère, c’est ce qu’il y a de plus chic.
NOTE : 13.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : John Glen
- Scénario : Michael G. Wilson et Richard Maibaum, d'après les nouvelles Top secret et Risico de Ian Fleming
- Musique : Bill Conti ; chanson du générique interprétée par Sheena Easton
- Photographie : Alan Hume
- Montage : John Grover
- Décors : Peter Lamont
- Direction artistique : John Fenner
- Coordination des cascades : Rémy Julienne
- Effets spéciaux : John Evans
- Production : Albert R. Broccoli
- Producteur délégué : Michael G. Wilson
- Société de production : EON Productions
- Société de distribution : United Artists
- Budget : 28 000 000 USD[
- Roger Moore (VF : Claude Bertrand) : James Bond
- Carole Bouquet (VF : Elle-même) : Melina Havelock
- Chaim Topol (VF : Henry Djanik) : Milos Columbo
- Lynn-Holly Johnson (VF : Béatrice Bruno) : Bibi Dahl
- Julian Glover (VF : François Chaumette) : Aristotle « Aris » Kristatos
- Cassandra Harris (VF : Béatrice Delfe) : la comtesse Lisl von Schlaf
- Jill Bennett (VF : Perette Pradier) : Jacoba Brink
- Michael Gothard : Émile Leopold Locque
- John Wyman (en) (VF : Hervé Jolly) : Erich Kriegler
- Jack Hedley (VF : Michel Beaune) : Sir Timothy Havelock
- Lois Maxwell (VF : Paule Emanuele) : Miss Moneypenny
- Desmond Llewelyn (VF : Louis Arbessier) : Q
- Geoffrey Keen (VF : Philippe Dumat) : Sir Frederick Gray, ministre de la Défense
- Walter Gotell (VF : Raoul Delfosse) : Général d'armée Anatol Alexis Gogol, directeur du KGB
- James Villiers (VF : Jean Claudio) : Bill Tanner, chef d’état-major du MI6
- John Moreno (en) (VF : Gabriel Cattand) : Luigi Ferrara
- Charles Dance : Claus
- Toby Robins : Iona Havelock
- Jack Klaff : Apostis
- Stefan Kalipha (en) (VF : Gérard Hernandez) : Hector Gonzales
- Graham Crowden (VF : Raoul Guillet) : un Lord de la Navy
- Noel Johnson (VF : Roger Rudel) : le vice-amiral Jack
- Paul Brooke (VF : Michel Beaune) : Bunky, joueur au casino
- Eva Rueber-Staier : Rubelvitch, secrétaire et petite-amie du général Gogol
- John Wells : Denis Thatcher
- Janet Brown (en) : Margaret Thatcher, Premier ministre
- Jeremy Bulloch : Smithers, assistant de « Q » (non crédité)
- Tim Condren : homme de main de Gonzales (non crédité)
- Caroline Cossey : femme à la piscine (non créditée)
- Sheena Easton : elle-même (générique) (non crédité)
- John Hollis (VO : Robert Rietty ; VF : Jacques Berthier) : Ernst Stavro Blofeld (pré-générique) (non crédité)
- Gottfried John : le deuxième poursuivant de Bond en motoneige (non crédité)
- Greg Powell : l'homme de main de Gonzales tué par Melina (non crédité)
- Bob Simmons : l'homme de main de Gonzales tué par l'explosion de la Lotus Esprit (non crédité)
- Michael G. Wilson : le prêtre grec au mariage (caméo)

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