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lundi 30 mars 2026

13.00 - MON AVIS SUR LE FILM LE COUP DU PARAPLUIE DE GERAR OURY (1980)


 Vu le Film Le Coup du Parapluie de Gérard Oury (1980) avec Pierre Richard Valérie Mairesse Gert Froebe Géréard Jugnot Christine Murillo Gordon Mitchell Dominique Lavanant Axelle Abbadie Yaseen Kahn Mike Marshall Didier Sauvegrain 

Dans un grand magasin du boulevard Haussmann le tueur à gages Moskovitz abat un homme dans un photomaton. Éternel maladroit et coureur de jupons, Grégoire Lecomte n'a que quelques figurations et publicités à son actif. Il se rend à une audition, accompagné par son ami Frédo, dans l'espoir de décrocher le rôle d'un tueur. Le hasard veut que Moskovitz se rend dans le même immeuble pour rencontrer Don Barberini et son « filleul » Lorenzo, des mafiosi tous les deux. Le prenant pour un acteur concurrent, Frédo s’arrange pour le souiller de peinture afin de se débarrasser de lui. Se trompant de porte, Grégoire se rend chez Don Barberini, qui lui expose les termes d’un « contrat » pour le compte de politiciens africains, à savoir d’éliminer Otto Krampe, un trafiquant d'armes surnommé « La Baleine », qui fête son anniversaire à Saint-Tropez. 

Ce n’est pas le plus célèbre film de Gérard Oury, et il faut le dire d’entrée. On est loin des sommets populaires, loin des monuments, mais il y a dans Le Coup du Parapluie quelque chose de savoureux, presque à part, comme une fantaisie un peu bancale mais attachante. 

Et puis il y a ce point de départ… incroyable. Un fait divers bien réel. 1978. Deux tentatives d’assassinat sur des dissidents bulgares, à Paris et à Londres. Georgi Markov et Vladimir Kostov. Une arme ? Un parapluie empoisonné. Rien que ça. On croit à une blague, et pourtant non. 

Oury part de là… et en fait une comédie. Déjà, il faut oser. 

Mais très vite, le film devient autre chose. Un terrain de jeu pour Pierre Richard. Et là, on est en terrain connu. 

Pierre Richard joue Grégoire Lecomte, comédien en galère. Le type qui court après les rôles, qui enchaîne les petits cachets, les apparitions sans importance, les trucs mal payés… mais bon, il faut bien faire ses heures pour le chômage. Et ça, c’est vu juste. Très juste même. 

Et au milieu de tout ça, il y a cette pub… « Ragoutoutou ». 

Ah, celle-là… elle vous colle à la peau. Elle suit Pierre Richard comme une malédiction. Plus que son propre personnage. On ne voit presque plus Lecomte, on voit le type de la pub pour chiens. Cruel et drôle à la fois. 

Et c’est là que le film fonctionne le mieux. 

Quand Pierre Richard est dans son registre. Distrait. Bordélique. À côté de la plaque. Ce mélange de maladresse et de poésie qui fait sa signature. Là, oui, on rit. Là, on retrouve le vrai plaisir. 

Parce que quand le film le pousse vers autre chose… ça coince un peu. 

Lecomte en dragueur invétéré, un peu lourd… ce n’est pas ce qu’il fait de mieux. Franchement, ce n’est pas la partie la plus intéressante. Même avec le charme évident de Valérie Mairesse, ça reste en dessous. On regarde, on sourit parfois, mais on attend autre chose. 

On veut retrouver le Pierre Richard lunaire, pas le coureur de jupons. 

Et puis il y a les seconds rôles. 

La présence de Gert Fröbe, notamment. Imposant. Marquant. Mais aussi révélateur d’une époque. Parce que oui, il est affublé du surnom “la Baleine”… et là, on se rappelle que les années 70/80, niveau finesse, ce n’était pas toujours ça. Grossophobie, lourdeurs, blagues appuyées… ça passait crème à l’époque. Aujourd’hui, ça fait un peu grincer. 

Mais ça fait aussi partie du film. On ne va pas réécrire l’histoire. 

Le scénario, lui, est une mécanique de quiproquos. Un acteur raté pris pour un tueur. Des malentendus en cascade. Une logique absurde qui s’emballe. 

Ce n’est pas toujours d’une précision folle, il faut bien le dire. Par moments, ça patine. Mais il y a une énergie, une envie de jouer avec la situation qui sauve l’ensemble. 

Oury reste un metteur en scène solide. Il sait tenir un rythme, il sait installer ses gags, il sait laisser respirer ses acteurs. Ce n’est pas son film le plus inspiré, mais ce n’est jamais bâclé. 

Et surtout, il sait une chose essentielle : filmer Pierre Richard. Laisser exister ses silences, ses gestes, ses hésitations. 

Parce que le vrai gag, il est souvent là. Dans un regard. Dans un mouvement. Dans un décalage. 

Le Coup du Parapluie, ce n’est pas le sommet de Gérard Oury. Clairement pas. Mais ce n’est pas non plus un film à jeter. 

C’est un film qui vaut pour son acteur principal. Pour ce Pierre Richard un peu paumé, un peu magnifique, qui transforme les situations les plus absurdes en moments de grâce comique. 

Un film inégal, oui. Mais attachant. 

Et rien que pour voir Pierre Richard courir après sa carrière… ou plutôt la rater avec autant de talent… ça vaut le détour. 

NOTE : 13.00

FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Gérard Oury, assisté de Bernard Stora, Louis Becker, Marc Rivière et Stéphane Clavier

Scénario, adaptation et dialogues : Gérard Oury et Danièle Thompson

Décors : Jean André

Costumes : Jacques Fonteray, Tanine Autrè-Gerst

Photographie : Henri Decaë

Son : Alain Sempé , Nadine Muse , Jacques Maumont

Montage : Albert Jurgenson

Musique : Vladimir Cosma

Production : Alain Poiré

Bagarres réglées par Claude Carliez et son équipe

Société de distribution : Gaumont

DISTRIBUTION


17.30 - MON AVIS SUR LE FILM L'AFFAIRE CICERON DE JOSEPH L.MA?NKIWICZ (1952)


 Vu Le Film L’Affaire Cicéron de Joseph L.Mankiewicz (1952) avec James Mason Danielle Darrieux Michael Rennie Walter Hampden Oskar Karlweis Herbert Berghof John Wengraf Roger Plowden Ben Astar Michael Pate  

En mars 1944, à AnkaraDiello, le valet de chambre de l'ambassadeur du Royaume-Uni, propose à Moyzisch, un attaché de l'ambassade du Troisième Reich, de lui vendre des microfilms de documents britanniques classés top-secret. Dubitatifs, Moyzisch et ses supérieurs acceptent, tout en craignant un piège. Ils donnent au domestique le nom de code « Cicéron », vantant son éloquence équivalente au célèbre orateur romain La première livraison, annonçant les lieux et dates de bombardements, se révèle authentique. Le marché se poursuit alors. Ayant besoin d'une façade pour masquer ses discrets rendez-vous, le valet paie Anna Slaviska, une comtesse polonaise aujourd'hui ruinée et dont il fut jadis le valet de chambre, et la charge d'organiser des soirées mondaines où la diplomatie allemande pourra officiellement se rendre. Diello pense ainsi amasser une petite fortune en peu de temps et fuir ensuite en Amérique du Sud avec Anna. Pendant ce temps, les Britanniques s'aperçoivent qu'il y a une fuite dans leurs services et envoient un agent du contre-espionnage. 

Vous savez, il y a des films qui restent ancrés dans la mémoire. L’Affaire Cicéron, c’est un de ceux-là pour moi. J’avais 12 ou 13 ans, Patronnage du coin, et paf, voilà que le cinéma me montre que l’on peut apprendre quelque chose tout en s’émerveillant. Pas de gadgets, pas de cascades, pas de explosions à la con… juste un film d’espionnage pur, carré comme un diamant. Et ça, je vous le dis, Bertrand Tavernier l’avait très bien résumé : Cicéron, ce n’est pas carré… mais ce film, oui. 

Tout part de Ulysses Diello, valet à l’Ambassade britannique à Ankara, joué par James Mason. Et là, accrochez-vous : ce type est un salaud de compétition. Il vend les secrets des Alliés avant le débarquement de 44. Mais attention, c’est pas simple : il veut la défaite de l’Allemagne, mais ses trahisons risquent de saboter l’Opération Overlord. Cynique, non ? Effrayant, surtout qu’il est au service de ceux qu’il trahit. Et Mason… oh, Mason ! Son charme, son regard… on a presque de l’empathie pour lui, et c’est ça qui est effrayant. 

Et puis il y a la comtesse Anna Staviska, Danièle Darrieux. La beauté et le cynisme incarnés. Elle est utilisée par Diello comme appât, ses soirées deviennent des pièges invisibles pour les Allemands. Et pourtant, elle n’est pas une simple victime : elle a son intelligence, son humour discret, sa manière de résister… ou pas. 

Le scénario, lui, est un petit bijou. Chaque dialogue compte, chaque geste a un sens. Pas besoin d’explosions pour sentir la tension. Mankiewicz, comme dans Jules César, préfère l’histoire au spectaculaire. Ici, Cicéron devient l’empereur des salauds, mais d’une manière qu’on admire. 

La mise en scène est impeccable. Ankara devient un décor vivant, menaçant mais élégant. Les salons feutrés, les ambassades, les soirées sophistiquées… chaque plan respire le danger et la précision. Et on sent que Mankiewicz respecte le spectateur : il nous donne des indices, nous fait réfléchir, et nous tient en haleine sans jamais tricher. 

James Mason est un maître. Chaque sourire, chaque mensonge, chaque hésitation de Diello… fascinant. On voudrait le haïr, mais on est hypnotisés. Danièle Darrieux n’est pas en reste. Sa beauté glaciale, son intelligence acérée, ses petits sourires cyniques… un régal. Les seconds rôles tiennent parfaitement leur place, mais ce duo est tout simplement inoubliable. 

Et ce paradoxe de Diello… horrible, cynique, manipulateur… mais tellement humain. L’argent ne fait pas le bonheur, mais lui, il s’en contente. Et c’est exactement ça qui nous fait rester scotchés à l’écran. C’est cruel, c’est triste, mais c’est brillant. 

Moi, je l’ai vu il y a plus de 55 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Chef-d’œuvre d’espionnage, modèle de scénario et de mise en scène. Chaque vision est un plaisir renouvelé. Chaque détail est savoureux. Pas besoin de gadgets, pas besoin d’explosions : juste des personnages, une histoire, une mise en scène et des acteurs qui font réfléchir, trembler, sourire. 

Alors oui, je le redis : L’Affaire Cicéron est un chef-d’œuvre. Le film respecte le spectateur, respecte l’histoire, et surtout, respecte le cinéma. Un monument. Et moi, gamin du Patronnage, je suis tombé amoureux du cinéma ce jour-là. 

NOTE : 17.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Et, parmi les acteurs non crédités :