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mardi 29 septembre 2026

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM LE PRISONNIER D'AlCATRAZ DE JOHN FRANKENHEIMER (1962)

 


Vu le film Le Prisonnier d'Alcatraz de John Frankenheimer (1962) avec Burt Lancaster, Telly Savalas , Karl Malden Thelma Ritter Edmond O'Brien Betty Field Hugh Marlowe Whit Bissel Crahan Denton James Westerfield Léo Penn Raymond Greenleaf George Mitchell


Avec Le Prisonnier d’Alcatraz, John Frankenheimer raconte l’histoire vraie de Robert Stroud, un homme violent qui va passer sa vie derrière les barreaux, au gré des pénitenciers, des règlements et des changements de directeurs, sans jamais retrouver la liberté. Stroud n’est pourtant pas un innocent : condamné une première fois pour meurtre, il tuera ensuite un gardien de prison en 1916 et sera condamné à mort avant que sa peine ne soit commuée en prison à vie. Autant dire que son séjour derrière les barreaux n’est pas totalement injustifié.

Et pourtant, le film va réussir l’impossible : nous faire prendre fait et cause pour cet homme, sans que l’on sache toujours très bien pourquoi. On pourrait presque parler d’un syndrome de Stockholm à l’envers, puisque c’est nous, spectateurs, qui finissons par nous attacher à celui qui devrait plutôt nous inspirer la méfiance. Tout commence lorsqu’un petit oiseau blessé entre dans sa vie et dans sa cellule pourtant étroite et miséreuse. Stroud va le nourrir, le réchauffer, le soigner et surtout découvrir qu’il peut encore être utile à quelqu’un.

Mais l’oiseau, lui, en a décidé autrement et ne semble pas particulièrement pressé de reprendre sa liberté. C’est alors que commence une véritable histoire de résilience : lorsque Stroud découvre que son canari est malade, il cherche à comprendre le pourquoi du comment, se renseigne, expérimente et finit par devenir un véritable spécialiste des oiseaux et de leurs maladies. À Leavenworth, et non à Alcatraz, il élèvera des centaines de canaris et publiera même des ouvrages sur leurs maladies.

Le paradoxe est magnifique : plus Stroud devient savant, plus sa vie se retrouve enfermée dans quelques mètres carrés. Il peut soigner les oiseaux, mais il ne peut pas se soigner lui-même de sa propre prison. Et lorsque l’administration lui interdit finalement ses oiseaux, puis le transfère à Alcatraz en 1942, il perd ce qui avait donné un sens à son existence. Le véritable Stroud ne possédera d’ailleurs jamais d’oiseaux à Alcatraz, contrairement à ce que le titre du film pourrait laisser croire.

Burt Lancaster porte littéralement le film sur ses épaules. Lui qui était une immense star joue ici un homme qui commence comme une brute et que l’on voit peu à peu découvrir une autre partie de lui-même. Son Stroud reste un personnage fort en gueule, parfois inquiétant, mais il nous fera fondre dans ses moments les plus touchants. Lancaster avait déjà travaillé avec Frankenheimer sur Le Temps du châtiment, et l’acteur-producteur fera appel à lui après le départ de Charles Crichton, qui s’était brouillé avec Lancaster pendant le tournage.

Frankenheimer sait alors parfaitement mettre son acteur en valeur et raconter cette étrange métamorphose sans transformer Stroud en saint homme. Karl Malden, dans le rôle de Harvey Shoemaker, apporte également beaucoup au film, face à Lancaster dans un rapport de force qui évolue avec le temps, tandis que Telly Savalas et Thelma Ritter complètent un casting particulièrement solide.

Le film sera nommé quatre fois aux Oscars, pour Burt Lancaster, Telly Savalas, Thelma Ritter et la photographie en noir et blanc de Burnett Guffey. Lancaster obtiendra également le prix d’interprétation à Venise pour ce rôle.

Et comme si l’histoire ne suffisait pas, le film sort aux États-Unis en juillet 1962, quelques semaines seulement après la célèbre évasion d’Alcatraz de juin 1962, celle qui inspirera beaucoup plus tard L’Évadé d’Alcatraz avec Clint Eastwood. Comme quoi, même quand on s’intéresse aux oiseaux, Alcatraz finit toujours par nous ramener aux barreaux.

Le Prisonnier d’Alcatraz est donc pour moi un très grand film sur la rédemption, mais une rédemption qui ne gomme jamais complètement les fautes du personnage. C’est surtout l’histoire d’un homme qui, derrière ses barreaux, va découvrir une liberté intellectuelle qu’il ne pourra jamais transformer en liberté physique. Et Burt Lancaster, enfermé dans ses quelques mètres carrés, réussit le tour de force de nous faire croire qu’il possède parfois plus de liberté intérieure que ceux qui viennent lui fermer la porte.

NOTE : 16.10

FICHE TECHNIQUE

Producteur délégués : Harold Hecht

DISTRIBUTION


lundi 28 septembre 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM UNABOMBER DE JANUS METZ PEDERSEN (2026)

 


Vu le Film Unabomber de Janus Metz Pedersen (2026) avec Jacob Tremblay Russel Crowe Shailene Woodley Annabelle Wallis Steven Ogg Alexander Ludwig Alexander Ludwig Matthew Kevin Anderson


Unabomber est un film qui raconte la jeunesse et la traque de Theodore Kaczynski, l’un des hommes les plus recherchés des États-Unis pendant près de deux décennies. Entre 1978 et 1995, ses attentats à la bombe feront trois morts et vingt-trois blessés avant son arrestation en 1996.

Pedersen ne cherche pas vraiment à expliquer le comment du pourquoi de la transformation de Kaczynski en Unabomber, et certains le regretteront certainement. Pour cela, il aurait sans doute fallu une série plutôt qu’un film de 97 minutes. Il choisit de raconter deux périodes de sa vie qui vont progressivement se rejoindre : le jeune prodige de Harvard et, des années plus tard, l’homme traqué par le FBI.

Le jeune Theodore Kaczynski est un adolescent d’une intelligence remarquable, entré à Harvard à seulement 16 ans, mais totalement introverti et peu à l’aise avec les autres. Il va participer à une étude menée par le professeur Henry Murray, interprété par Russell Crowe, autour de la personnalité et du stress. Les expériences auxquelles il est soumis, notamment les débats et interrogatoires répétés destinés à mettre ses convictions à rude épreuve, vont profondément le marquer. Le film montre alors la naissance d’une révolte chez ce jeune homme qui commence à voir derrière le progrès scientifique une forme de manipulation de l’individu.

Dans cette partie de sa jeunesse, Theodore est joué par le génial Jacob Tremblay, que j’avais déjà remarqué dans Room et Ma vie avec John F. Donovan. J’attendais de voir comment un acteur aussi jeune allait faire progresser un personnage aussi complexe et la réponse est plutôt convaincante. À une vingtaine d’années, Tremblay montre une véritable capacité d’explosivité tout en gardant cette introversion indispensable au personnage. Il ne joue pas simplement un génie asocial, il montre progressivement un garçon qui se referme sur lui-même et dont les certitudes vont devenir de plus en plus radicales.

Après avoir obtenu son doctorat et enseigné les mathématiques à Berkeley, Kaczynski abandonne finalement cette vie et part vivre dans une cabane au Montana, où il mène une existence solitaire. Il ne s’installe pourtant pas dans les bois pour contempler les écureuils : il commence à fabriquer des bombes et à les envoyer à travers les États-Unis à des cibles qu’il choisit en fonction de ce qu’elles représentent pour lui. Pendant dix-sept ans, le FBI va chercher à identifier cet homme qui semble ne laisser presque aucune trace.

Et c’est là que le film passe de la jeunesse de Kaczynski à la gigantesque traque policière menée pour retrouver l’Unabomber. Une enquête qui va durer près de deux décennies et mobiliser des centaines d’enquêteurs avant que ses propres écrits ne finissent par conduire les autorités jusqu’à lui. Son frère David reconnaîtra certains éléments de son écriture dans le manifeste publié en 1995 et transmettra des documents au FBI, permettant finalement de faire le rapprochement. Kaczynski sera arrêté dans sa cabane du Montana le 3 avril 1996.

Le film entretient donc un parallèle intéressant entre le jeune homme qui commence à rejeter une société qu’il considère comme manipulatrice et l’ermite qui finira par transformer cette révolte en une véritable croisade personnelle contre le monde moderne. Et forcément, avec le progrès de l’intelligence artificielle aujourd’hui, on peut se demander ce que notre pauvre Theodore penserait de notre époque. Avec l’IA partout, il serait probablement déjà sur les barricades de la révolution numérique, avec sa machine à écrire sous le bras !

Janus Metz Pedersen choisit cependant de ne pas entrer dans tous les détails de la justice, de la psychologie de Kaczynski ou des innombrables étapes de l’enquête. C’est à la fois la force et la limite du film. Il évite de transformer l’Unabomber en sujet de documentaire encyclopédique, mais il laisse forcément le spectateur avec l’envie d’en savoir davantage sur certains aspects de cette histoire hors normes.

Russell Crowe, dans le rôle du professeur Henry Murray, apporte une présence solide à la partie consacrée à Harvard, même si le personnage reste davantage un élément de la trajectoire de Kaczynski qu’un véritable protagoniste. Shailene Woodley, dans le rôle de l’agente du FBI Joanne Miller, sert quant à elle de point d’entrée dans la traque et dans les interrogations autour de l’identité de l’Unabomber.

J’ai bien aimé ce film, même si j’aurais certainement voulu en savoir davantage, que ce soit sur la justice, sur la traque ou sur la psychologie de Ted Kaczynski. Mais il faut aussi accepter le choix du réalisateur : il ne prétend pas raconter toute l’affaire, il en sélectionne les moments qui lui permettent de montrer comment un jeune prodige de Harvard a progressivement basculé vers une existence d’ermite puis vers une violence meurtrière.

Unabomber reste donc un film intéressant parce qu’il raconte moins la folie d’un homme qu’une trajectoire de radicalisation, sans chercher à tout justifier ni à tout expliquer. Et finalement, on en ressort avec l’envie d’en savoir plus, ce qui est peut-être le principal défaut du film mais aussi la preuve que son sujet avait largement de quoi remplir une série entière. Ici, en 97 minutes, Pedersen nous donne le parcours, la traque et l’arrestation ; pour le reste, il faudra aller fouiller ailleurs.

NOTE : 13.90

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Janus Metz Pedersen
  • Scénario : Sam Chalsen et Nelson Greaves
  • Musique : Marco Beltrami
  • Direction artistique : Mathieu Giguère
  • Décors : Suzanne Cloutier
  • Costumes : Véronique Marchessault
  • Photographie : N/A
  • Montage : Zach Staenberg
  • Production : Sophie Cassidy
Producteurs délégués : Sam Chalsen, Nelson Greaves et Donald J. Lee Jr.
  • Sociétés de production : 2.0 Entertainment et MRC
  • Société de distribution : Netflix

DISTRIBUTION

7.50 - MON AVIS SUR LE FILM L'AFFAIRE ZANETTI (ELISA) DE LEONARDO DI CONSTANZO (2026)


 Vu L’Affaire Zanetti (Elisa) de Leonardo Di Costanzo (2026) avec Barbara Ronchi, Roschdy Zem, Hippolyte Girardot, Valeria Golino et Diego Ribon.


Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Leonardo qu’on a automatiquement le don d’artiste, il faut aussi travailler son sujet, et j’ai malheureusement eu l’impression que Di Costanzo n’avait pas suffisamment travaillé le sien en restant dans les tribunaux et les couloirs de palais au lieu de nous faire véritablement entrer dans cette histoire.

Les films de procès et les histoires judiciaires sont très à la mode depuis quelques années, mais encore faut-il avoir quelque chose à raconter et surtout savoir comment le raconter. Ici, tout repose sur l’oubli. Elisa Zanetti, interprétée par Barbara Ronchi, a été condamnée pour le meurtre de sa sœur et affirme, dix ans après les faits, ne presque plus se souvenir de ce qui s’est passé. Le professeur Alaoui, criminologue interprété par Roschdy Zem, reprend alors son dossier et engage avec elle un long travail pour tenter de faire ressurgir les souvenirs enfouis et comprendre ce qui s’est réellement passé.

Sur le papier, l’idée est intéressante, car il y avait matière à faire un véritable film autour de la mémoire, du crime, de la culpabilité et de cette fameuse zone grise entre ce que l’on sait, ce que l’on croit savoir et ce que l’on refuse peut-être de se rappeler. Le problème est que le film tourne autour de son sujet comme une toupie sans réellement aller au fond des choses. On discute, on revient sur les mêmes éléments, on cherche dans les souvenirs d’Elisa, on avance de quelques centimètres avant de recommencer, et au bout de 105 minutes, j’ai surtout eu l’impression d’avoir assisté à une longue conversation qui aurait pu être beaucoup plus courte.

Barbara Ronchi fait pourtant le travail dans le rôle d’Elisa, personnage difficile à interpréter puisqu’il faut constamment maintenir le doute sur ce qu’elle sait réellement, ce qu’elle a oublié et ce qu’elle pourrait éventuellement manipuler. Roschdy Zem est également solide dans le rôle d’Alaoui, ce criminologue qui cherche moins à juger Elisa qu’à comprendre les mécanismes qui l’ont conduite au crime. Hippolyte Girardot, Valeria Golino et Diego Ribon complètent efficacement la distribution.

Mais même avec de bons comédiens, il faut que la mise en scène et le scénario suivent, et c’est là que le bât blesse. Di Costanzo semble tellement vouloir installer son dispositif psychologique qu’il finit par oublier qu’un film doit aussi avancer. L’oubli d’Elisa aurait pu devenir un formidable moteur dramatique, nous faire douter avec elle et nous interroger sur ce qui s’est réellement produit, mais le film préfère multiplier les discussions plutôt que d’affronter franchement les raisons de cet oubli. Est-ce un mécanisme de défense ? Une conséquence du traumatisme ? Une manière de se protéger ? Ou une manipulation orchestrée par Zanetti ? C’est précisément là que j’aurais aimé que le film creuse davantage.

On comprend l’ambition, mais l’ambition ne suffit pas. Sur le fond, c’est une histoire intéressante, mais sur la forme, c’est lent, c’est long, c’est ennuyeux, donc forcément ça finit par peser lourd. Le fond et la forme, c’est justement le problème du cinéma actuellement : n’est pas Sydney Lumet et André Cayatte qui veut. Faire un film autour d’un crime, d’un procès ou d’une enquête psychologique ne dispense pas de construire un véritable récit avec du rythme, de la tension et surtout quelque chose à nous apprendre sur les personnages.

On nous demande finalement de rester pendant près de deux heures dans la tête d’une femme qui ne veut ou ne peut pas se souvenir, mais le réalisateur ne parvient jamais à transformer cette idée en véritable suspense. Le spectateur attend le moment où le film va enfin nous faire comprendre pourquoi Elisa a oublié, ou peut-être pourquoi elle prétend avoir oublié, et lorsque le générique arrive, on se demande surtout si tout ce chemin était vraiment nécessaire.

Tout ça pour ça.

NOTE : 7.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION