Vu le film Le Prisonnier d'Alcatraz de John Frankenheimer (1962) avec Burt Lancaster, Telly Savalas , Karl Malden Thelma Ritter Edmond O'Brien Betty Field Hugh Marlowe Whit Bissel Crahan Denton James Westerfield Léo Penn Raymond Greenleaf George Mitchell
Avec Le Prisonnier d’Alcatraz, John Frankenheimer raconte l’histoire vraie de Robert Stroud, un homme violent qui va passer sa vie derrière les barreaux, au gré des pénitenciers, des règlements et des changements de directeurs, sans jamais retrouver la liberté. Stroud n’est pourtant pas un innocent : condamné une première fois pour meurtre, il tuera ensuite un gardien de prison en 1916 et sera condamné à mort avant que sa peine ne soit commuée en prison à vie. Autant dire que son séjour derrière les barreaux n’est pas totalement injustifié.
Et pourtant, le film va réussir l’impossible : nous faire prendre fait et cause pour cet homme, sans que l’on sache toujours très bien pourquoi. On pourrait presque parler d’un syndrome de Stockholm à l’envers, puisque c’est nous, spectateurs, qui finissons par nous attacher à celui qui devrait plutôt nous inspirer la méfiance. Tout commence lorsqu’un petit oiseau blessé entre dans sa vie et dans sa cellule pourtant étroite et miséreuse. Stroud va le nourrir, le réchauffer, le soigner et surtout découvrir qu’il peut encore être utile à quelqu’un.
Mais l’oiseau, lui, en a décidé autrement et ne semble pas particulièrement pressé de reprendre sa liberté. C’est alors que commence une véritable histoire de résilience : lorsque Stroud découvre que son canari est malade, il cherche à comprendre le pourquoi du comment, se renseigne, expérimente et finit par devenir un véritable spécialiste des oiseaux et de leurs maladies. À Leavenworth, et non à Alcatraz, il élèvera des centaines de canaris et publiera même des ouvrages sur leurs maladies.
Le paradoxe est magnifique : plus Stroud devient savant, plus sa vie se retrouve enfermée dans quelques mètres carrés. Il peut soigner les oiseaux, mais il ne peut pas se soigner lui-même de sa propre prison. Et lorsque l’administration lui interdit finalement ses oiseaux, puis le transfère à Alcatraz en 1942, il perd ce qui avait donné un sens à son existence. Le véritable Stroud ne possédera d’ailleurs jamais d’oiseaux à Alcatraz, contrairement à ce que le titre du film pourrait laisser croire.
Burt Lancaster porte littéralement le film sur ses épaules. Lui qui était une immense star joue ici un homme qui commence comme une brute et que l’on voit peu à peu découvrir une autre partie de lui-même. Son Stroud reste un personnage fort en gueule, parfois inquiétant, mais il nous fera fondre dans ses moments les plus touchants. Lancaster avait déjà travaillé avec Frankenheimer sur Le Temps du châtiment, et l’acteur-producteur fera appel à lui après le départ de Charles Crichton, qui s’était brouillé avec Lancaster pendant le tournage.
Frankenheimer sait alors parfaitement mettre son acteur en valeur et raconter cette étrange métamorphose sans transformer Stroud en saint homme. Karl Malden, dans le rôle de Harvey Shoemaker, apporte également beaucoup au film, face à Lancaster dans un rapport de force qui évolue avec le temps, tandis que Telly Savalas et Thelma Ritter complètent un casting particulièrement solide.
Le film sera nommé quatre fois aux Oscars, pour Burt Lancaster, Telly Savalas, Thelma Ritter et la photographie en noir et blanc de Burnett Guffey. Lancaster obtiendra également le prix d’interprétation à Venise pour ce rôle.
Et comme si l’histoire ne suffisait pas, le film sort aux États-Unis en juillet 1962, quelques semaines seulement après la célèbre évasion d’Alcatraz de juin 1962, celle qui inspirera beaucoup plus tard L’Évadé d’Alcatraz avec Clint Eastwood. Comme quoi, même quand on s’intéresse aux oiseaux, Alcatraz finit toujours par nous ramener aux barreaux.
Le Prisonnier d’Alcatraz est donc pour moi un très grand film sur la rédemption, mais une rédemption qui ne gomme jamais complètement les fautes du personnage. C’est surtout l’histoire d’un homme qui, derrière ses barreaux, va découvrir une liberté intellectuelle qu’il ne pourra jamais transformer en liberté physique. Et Burt Lancaster, enfermé dans ses quelques mètres carrés, réussit le tour de force de nous faire croire qu’il possède parfois plus de liberté intérieure que ceux qui viennent lui fermer la porte.
NOTE : 16.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisateur : John Frankenheimer
- Scénario : Guy Trosper, d'après le livre de Thomas E. Gaddis
- Photographie : Burnett Guffey
- Montage : Edward Mann
- Musique : Elmer Bernstein
- Direction artistique : Fernando Carrere
- Producteurs : Stuart Millar, Guy Trosper
- Producteur délégués : Harold Hecht
- Société de production : Norma Productions
- Société de distribution : United Artists
- Pays d'origine :
États-Unis
DISTRIBUTION
- Burt Lancaster (VF : Claude Bertrand) : Robert Stroud
- Karl Malden (VF : Jean-Henri Chambois) : Harvey Shoemaker
- Thelma Ritter (VF : Germaine Kerjean) : Elizabeth Stroud
- Neville Brand (VF : Henry Djanik) : Bull Ransom
- Betty Field (VF : Lita Recio) : Stella Johnson
- Telly Savalas (VF : Jacques Hilling) : Feto Gomez
- Edmond O'Brien (VF : Claude Péran) : Thomas E. « Tom » Gaddis
- Hugh Marlowe (VF : Gérard Buhr) : Roy Comstock
- Whit Bissell : Dr Ellis
- Crahan Denton (en) (VF : Serge Nadaud) : Kramer
- James Westerfield (VF : Pierre Leproux) : Jess Younger
- Leo Penn : Eddie Kasselli (non crédité)
- Lewis Charles : Wentzel, l'aumônier
- Adrienne Marden (en) : Mme Woodrow Wilson, la femme du Président des États-Unis
- Art Stewart : le chef des gardiens
- Raymond Greenleaf (VF : Paul Villé) : le juge
- George Mitchell (non crédité) (VF : Michel Gudin) : le père Matthieu
- Fred Libby (VF : Léonce Corne) : le 1er reporter sur le quai
- Harry Jackson (VF : Jean Berton) : le 2e reporter sur le quai
- Robert Bailey (VF : Georges Hubert) : le 3e reporter sur le quai


