Vu le film Le Comte de Monte-Cristo de Claude Autant Lara (1962) avec Louis Jourdan Pierre Mondy Yvonne Furneaux Bernard Dhéran Rodalno Lupi Henri Vilbert Franco Silva Henri Guisol Jean Claude Michel Yves Renier Jean Jacques Delbo Georhes Lannes Jacques Dynam
Plus besoin de présenter Le Comte de Monte-Cristo, le roman d’Alexandre Dumas père, l’un des grands classiques de notre littérature, dans lequel chaque adolescent de mon temps, et bien avant encore, se voyait volontiers dans les pas d’Edmond Dantès, avec cette fameuse prison du château d’If que l’on aperçoit dans la rade de Marseille et qui a nourri tant de rêves d’évasion et de vengeance. Dumas avait compris qu’il suffisait d’un innocent injustement condamné, d’une trahison et d’une vengeance soigneusement préparée pour tenir ses lecteurs en haleine.
Cette adaptation de Claude Autant-Lara, réalisée en 1961, est l’une des nombreuses versions que le cinéma et la télévision ont consacrées à cette histoire depuis les débuts du septième art. Françaises, italiennes, anglaises ou américaines, les adaptations se sont succédé, car le roman possède tous les ingrédients du grand spectacle populaire, avec un héros que l’on voit tomber au plus bas avant de revenir régler ses comptes avec ceux qui l’ont trahi. Dumas savait raconter des histoires romanesques, dantesques même, où les méchants finissent rarement par profiter tranquillement de leur retraite.
Cette production franco-italienne, comme il en existait beaucoup à cette époque, souffre pourtant d’un petit défaut qui ne m’a jamais totalement convaincu dans ce genre de coproductions : les acteurs italiens ne parviennent pas toujours à nous faire oublier leurs origines, particulièrement lorsque les personnages sont censés évoluer dans le Marseille du XIXe siècle. Les accents ne sont pas toujours ceux que l’on attend, et l’on a parfois du mal à se croire au bord de la Méditerranée française. Heureusement, les comédiens français familiers de nos écrans viennent apporter leur charme et leur savoir-faire, avec notamment Bernard Dhéran ce sont bien les habitués de cette époque qui donnent à l'ensemble sa couleur particulière, avec Henri Vilbert, Pierre Mondy et les autres visages familiers de ce cinéma populaire.
Car ce film possède ce parfum des soirées du dimanche soir ou des samedis pluvieux, lorsque la télévision nous offrait de grandes aventures capables de nous faire voyager sans quitter le canapé familial. On se laissait entraîner dans les complots, les trahisons et les duels, avec le plaisir de retrouver une histoire que l’on connaissait déjà, mais dont on attendait toujours le moment où Edmond Dantès allait enfin faire payer ses ennemis.
La grande force de cette version réside dans sa flamboyance, avec des décors et des costumes particulièrement soignés, signés notamment par Max Douy et Rosine Delamare, tandis que la musique de René Cloërec accompagne cette aventure avec le souffle nécessaire. Chaque décor semble avoir été pensé pour donner à l'histoire son ampleur, et l'on sent derrière la caméra un réalisateur qui sait travailler ses images et donner de la tenue à un spectacle historique. Claude Autant-Lara, cinéaste au caractère bien trempé, n'est pas exactement un débutant lorsqu'il s'agit de mettre en scène des personnages et des situations dramatiques.
Le film nous permet aussi de retrouver quelques éléments de l'histoire de France, même si Dumas prenait évidemment quelques libertés avec la réalité pour servir son récit. L'apparition de Vidocq, figure célèbre de la police française, constitue d'ailleurs une curiosité, car ce personnage historique ne fait pas partie de l'intrigue du roman original. Une liberté supplémentaire qui rappelle que les adaptations aiment parfois ajouter leur petite touche personnelle, quitte à faire entrer dans le même récit des figures que l'auteur n'avait pas conviées.
Mais cette aventure repose avant tout sur Louis Jourdan, qui incarne Edmond Dantès avant de devenir le mystérieux comte de Monte-Cristo. L'acteur se donne pleinement à ce rôle, avec un regard noir comme le charbon et une présence qui impose immédiatement le personnage. Les scènes où Dantès affronte ses accusateurs ou prépare sa vengeance lui permettent de montrer toute la force de son interprétation, sans oublier cette élégance naturelle qui caractérisait le comédien.
Louis Jourdan fut un grand représentant du cinéma français, mais aussi l'un de nos ambassadeurs les plus appréciés outre-Atlantique, où son charme et son allure lui ont ouvert une belle carrière. Il possède cette classe qui convient parfaitement à un homme capable de passer de l'innocence à la froide détermination, sans perdre sa dignité. Dans le rôle du comte, il a quelque chose de Jean Marais, cette manière de porter l'aventure et le costume avec une évidence qui rend le personnage immédiatement crédible. On n'oublie pas de sitôt ce Dantès-là, dont la vengeance semble inscrite jusque dans les traits du visage.
Et bien sûr, une adaptation du Comte de Monte-Cristo ne saurait se passer de ses duels, de ses combats à l'épée et de ses affrontements, qui donnent au récit son indispensable dimension spectaculaire. Les trahisons se paient, les masques tombent et les ennemis finissent par comprendre qu'ils auraient mieux fait de laisser Edmond Dantès moisir tranquillement dans sa prison.
On peut toujours discuter certains choix de casting et quelques libertés prises avec le roman, mais cette version possède une générosité visuelle et un souffle romanesque qui font plaisir à voir. Elle appartient à cette époque où le cinéma populaire savait encore donner aux grandes œuvres littéraires une dimension spectaculaire, sans avoir besoin de s'excuser de vouloir divertir le public.
Une belle adaptation d'un roman indispensable à notre jeunesse, avec un Louis Jourdan qui porte haut les couleurs de notre cinéma et un Claude Autant-Lara qui nous offre un grand spectacle en costumes. Quant aux traîtres qui ont envoyé Dantès au château d'If, ils auront appris à leurs dépens qu'il ne faut jamais condamner un homme qui a tout son temps pour préparer sa vengeance.
NOTE : 14.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Claude Autant-Lara
- Assistant à la réalisation : Ghislaine Autant-Lara, Michel Pezin
- Scénario : Jean Halain d'après le roman d'Alexandre Dumas père, Le Comte de Monte-Cristo (1844)
- Dialogues : Jean Halain
- Décors : Max Douy
- Costumes : Rosine Delamare
- Photographie : Jacques Natteau, Jean Isnard
- Son : René-Christian Forget
- Montage : Madeleine Gug
- Musique : René Cloërec
- Photographe de plateau : Yves Mirkine
- Production : René Modiano, Jean-Jacques Vital, Alain Poiré
- Sociétés de productions : Les Films Jean-Jacques Vital (France), Les Films René Modiano (France), Gaumont (France), Cineriz (Italie), Royal Film (Italie)
- Sociétés de distribution : Gaumont (France et étranger), Celia Films (étranger)
DISTRIBUTION
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