Il y a dix ans, il était ouvrier spécialisé et délégué syndical, toujours sur le pont, toujours prêt au combat, et qui en a livré, et hélas perdu, plus d'un.
Aujourd'hui il est le spectateur résigné de sa vie, il s'ennuie. Une nuit, il voit un 4x4 qui rôde sur le parking, et sent que quelque chose se prépare.... la curiosité le sort de son indifférence et il décide d'intervenir. Une occasion pour lui de reprendre sa vie en main.
J'aime le cinéma de Pierre Jolivet dès lors qu'il est particulièrement social, comme dans les admirables "Ma Petite entreprise (1999) et Zim and Co (2004). J'y ai ici retrouvé toutes les qualités.
Mais les temps ont changé. Si ses films précédents une "sortie de secours", une issue positive. "Jamais de la vie" propose une vision très sombre de la société. Pierre Jolivet explique que son film est noir, "comme l'époque" ! je crois que la conscience des difficultés à affronter, le sentiment d'un avenir bouché n'ont jamais été aussi forts. J'ai donc décidé d'allez jusqu'au bout de ma démarche avec mon personnage principal, Franck". Pour atténuer un peu de cette noirceur, le cinéaste a mis du beau dans le banal; ayant vécu en banlieue parisienne, il a toujours cherché à trouver du beau et du positif dans l'espace où il vivait. Dans "Jamais de la vie", le réalisateur a suivi la même démarche pour mettre en valeur le décor pourtant austère du parking du centre commercial, la nuit. Pari réussi !
L'apport esthétique est indéniable à cette réussite à filmer la complexité du réel. Au moyen d'un format scope, Pierre Jolivet représente avec une minutie exceptionnelle les différentes réalités professionnelles et sociales, ménageant des effets de lumière et de pénombre peut-être inspirées du sublime noir et blanc de Fritz Lang; Il en ressort un "polar" social" comme une étoile noire.
Olivier Gourmet est au sommet de son art ; Valérie Bonneton tient admirablement un rôle sur le fil du rasoir; Marc Zinga (vu récemment dans Qu'Allah bénisse la France" d'Abd Al Malik, incarnant le réalisateur) étoffe sa palette de jeu en s'inspirant (peut-être) de l'exceptionnel Chiwetel Ejiofor. Et les seconds rôles : tous impeccables ! Julie Ferrier est la soeur de Francj, Jean-François Cayret est son beauf,, Benabar est son patron, Yassine Doughui est son jeune voisin sympa bien que petit magouilleur .... Et chacun de trouver sa place, sa touche de couleur, comme pour peindre un tableau, faire le portrait d'une société.
Plus près donc du drame social que du polar, Pierre Jolivet signe ici un film anthracite couleur du béton et d'aube froide. Reposant sur les épaules d'envergure d'Olivier Gourmet, Ce film aurait pu être signé par une Lucas Belvaux nourri aux frères Dardenne. Et c'est un compliment....
Une radiographie très noire, mais jamais plombante ni misérabiliste, d'une époque économiquement et humainement désenchantée, qui terrasse les hommes.
Un beau film accompli, maîtrisé, plein d'humanité et de probité. Et dans l'audacieuse rédemption d'un homme broyé par la modernité, Olivier Gourmet à son sommer, que je n'oublierai pas. Jamais de la vie.
Critique Chonchon
Jamais de la vie de Pierre Jolivet avec OLivier Gourmet, Valérie Bonneton, Benabar et Marc Zinga.

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