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samedi 24 octobre 2026

8.50 - MON AVIS SUR LE FILM SORTEZ DES RANGS DE JEAN DENIS ROBERT (1996)


 Vu le Film Sortez des Rangs de Jean Denis Robert (1996) avec Laure Duthileul Stanislas Crevillén Josiane Lévèque Danièle Delorme Didier Flamand Pierre-Arnaud Crespeau Erwan Dujardin Jean François Derec


Être le fils d'Yves Robert et de Rosy Varte, avoir grandi dans un environnement où le cinéma devait occuper une place de choix, avec des soirées où l'on croisait probablement quelques figures du septième art, cela vous donne forcément quelques avantages, même si papa et maman ont peut-être fini par vous envoyer dans votre chambre pour avoir la paix. Mais quand on décide de passer derrière la caméra, encore faut-il avoir retenu quelques leçons de ses parents, et, devant Sortez des Rangs, on ne peut pas dire que Jean-Denis Robert ait parfaitement assimilé celles de son paternel !

Le réalisateur avait pourtant déjà fait ses premiers pas devant la caméra dans La Guerre des boutons, le film de son père sorti en 1962, où il tenait un rôle d'enfant. Pour son premier long métrage comme réalisateur, il choisit de revenir à l'enfance et à la guerre en adaptant son propre roman, Le Boucher des Hurlus, avec une histoire située au lendemain de la Première Guerre mondiale. Un sujet qui aurait pu donner une œuvre forte, puisque les blessures laissées par la guerre ne disparaissent pas avec la signature de l'armistice, surtout lorsqu'elles touchent les familles et les enfants.

Un an après la fin du conflit, Michel, un adolescent incarné par Stanislas Crevillén, veut venger son père, tué pendant la guerre. Une vengeance qui va guider son parcours et donner au récit une dimension dramatique intéressante, puisque l'enfant se retrouve confronté à la violence des adultes et aux conséquences d'un monde qui a sacrifié toute une génération. Le sujet avait donc de quoi séduire, avec cette enfance malmenée par l'Histoire et cette volonté de justice qui peut rapidement se transformer en obsession.

Les gamins donnent le meilleur d'eux-mêmes et méritent qu'on leur reconnaisse leur investissement, car ils ne sont pas responsables de tous les malheurs qui s'abattent sur le film. Malheureusement, leurs efforts ne suffisent pas à sauver une réalisation paresseuse, qui peine à donner du souffle à cette histoire pourtant prometteuse. Les décors, avec leur aspect artificiel et leur esthétique qui semble parfois avoir été fabriquée pour l'occasion, finissent par fatiguer, tandis que la mise en scène manque singulièrement de vie et de relief.

Mais le pire reste encore le jeu de certains comédiens, dont les prestations donnent envie de retourner voir un film de Marcel Carné, de Jean Renoir ou même du paternel, quitte à changer complètement de registre pour retrouver des acteurs qui savaient donner de l'épaisseur à leurs personnages. La comparaison est cruelle, mais le cinéma n'a jamais garanti le talent par héritage, et porter un grand nom dans son arbre généalogique ne suffit pas à faire pousser un réalisateur.

On aurait aimé retrouver dans Sortez des Rangs un peu de cette tendresse, de cette justesse et de cette humanité que savait parfois insuffler Yves Robert à ses films, même lorsqu'il racontait des histoires d'enfants. Ici, le sujet méritait mieux, les jeunes interprètes font ce qu'ils peuvent, mais l'ensemble s'enlise dans une réalisation sans inspiration, des décors peu convaincants et des prestations qui n'arrangent rien.

Jean-Denis Robert avait pourtant de quoi nourrir son premier film avec son propre roman et cette histoire d'un adolescent confronté aux horreurs de la guerre, mais l'adaptation ne parvient jamais à transformer cette matière en véritable cinéma. Le résultat manque de souffle, d'émotion et de cette petite étincelle qui permet de faire oublier les imperfections pour s'attacher aux personnages.

Une catastrophe industrielle, ai-je envie de dire, même si le budget n'était peut-être pas celui d'une superproduction hollywoodienne ! Le cinéma est une affaire de famille chez certains, mais le talent, lui, ne se transmet pas automatiquement avec le livret de famille. Et cette fois, les leçons du paternel semblent être restées dans la chambre !

NOTE : 8.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

18.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES ENFANTS DU PARADIS DE MARCEL CARNE (1945)


 Vu le Film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945) avec Pierre Brasseur Arletty Jean Louis Barrault Maria Casares Marcel Herrand Pierre Renoir Jane Marken Leon Larive Robert Dhéry Paul Frankeur Jean Carmet


Film fondateur du cinéma français d'après-guerre, Les Enfants du Paradis est un chef-d'œuvre absolu que Marcel Carné a eu l'audace de mettre en scène sous l'Occupation, sur un scénario et des dialogues de Jacques Prévert, où chaque mot compte et colle aux images avec une précision remarquable. Une maestria dans la mise en scène, où chaque plan devient un morceau de cinéma, sublimé par les décors de Léon Barsacq et Alexandre Trauner , qui reconstitue le Paris du XIXe siècle et son célèbre boulevard du Crime, avec ses théâtres populaires, ses saltimbanques et ses personnages hauts en couleur.

Au milieu de cette fresque romantique et théâtrale, Jean-Louis Barrault incarne de façon magistrale le poétique et mélancolique Baptiste Deburau, mime dont le silence exprime parfois davantage que les plus beaux discours. Un Marcel Marceau d'un autre temps, dont les gestes, les regards et les expressions donnent au personnage une dimension presque irréelle. Face à lui, Pierre Brasseur est flamboyant dans le rôle de Frédérick Lemaître, comédien extraverti, ambitieux et irrésistible, dont on remarquera la ressemblance frappante avec son fils Claude Brasseur. Deux personnalités opposées, deux façons d'aimer et de vivre le théâtre, qui donnent à cette histoire une profondeur exceptionnelle.

Et puis il y a Garance, éternelle, belle et piquante, incarnée par Arletty, dont la présence illumine le film. Autour d'elle gravitent des hommes qui l'aiment chacun à leur manière, entre passion, jalousie, rêves impossibles et désillusions. Maria Casarès apporte également sa personnalité à cette distribution prestigieuse, tandis que Marcel Herrand prête ses traits à Pierre-François Lacenaire, escroc et criminel devenu personnage de théâtre, dont la présence trouble complète cette galerie de figures inoubliables.

Tous ces artistes ont donné vie à cette grande fresque, où le théâtre de rue côtoie les salons dorés du boulevard, où les saltimbanques croisent les comédiens célèbres et où les passions humaines se jouent aussi bien sur scène que dans la vie. Le boulevard du Crime a disparu, mais les grands boulevards parisiens, de la République à l'Opéra, conservent encore la mémoire de cette époque où les théâtres faisaient partie du paysage quotidien. Le Théâtre du Déjazet, où certaines scènes furent tournées, en est un témoin, et j'y ai même posé mes fesses à l'époque où il était encore un cinéma !

Ambitieux, tragique et d'une richesse inouïe, le film a aussi suscité des débats, notamment chez certains futurs représentants de la Nouvelle Vague, qui ne partageaient pas forcément l'admiration vouée au cinéma de Carné. Cela ne m'empêche pas de considérer Les Enfants du Paradis comme l'un des plus grands films du cinéma français, aux côtés des chefs-d'œuvre de Renoir et de Pagnol.

Trois heures de bonheur absolu, portées par les dialogues de Jacques Prévert, qui trouvent dans la bouche des plus grands acteurs de cette époque une résonance extraordinaire. Il se passe quelque chose à chaque plan, chaque personnage possède son existence propre, et l'ensemble compose une œuvre d'une générosité rare, où la poésie côtoie la cruauté et où le rire n'est jamais bien loin de la tragédie.

Grandiose, j'ai dit ! Avec Arletty et Maria Casarès, face à un Pierre Brasseur en Frédérick Lemaître qui ne manque ni d'ambition ni de panache, et surtout Jean-Louis Barrault, dont le Baptiste m'a profondément marqué. Une histoire tragique, certes, mais tellement de bonheur à regarder que l'on en redemande, même après trois heures passées dans ce Paris disparu.

Les Enfants du Paradis, c'est du grand cinéma, celui qui fait oublier le temps qui passe et qui vous rappelle pourquoi on aime tant le septième art.

NOTE : 18.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

vendredi 23 octobre 2026

HISTOIRE D'UNE CHANSON - NOUS LES AMOUREUX PAR JEAN CLAUDE PASCAL (1961)

 


Nous les amoureux », Jean-Claude Pascal (1961)

Le 18 mars 1961, le Palais des Festivals de Cannes accueille la sixième édition du Concours Eurovision de la chanson.

Seize pays participent à cette édition, qui voit notamment les débuts de l’Espagne, de la Finlande et de la Yougoslavie.

Le Luxembourg est représenté par un chanteur français, Jean-Claude Pascal, avec une chanson intitulée Nous les amoureux.

Jean-Claude Pascal, né Jean-Claude Villeminot en 1927, est déjà connu comme acteur, mais aussi comme chanteur depuis ses débuts discographiques en 1955.

Élégant, doté d’une voix grave et d’une présence assez singulière, il possède un style qui tranche avec les interprètes plus conventionnels de la chanson populaire.

La chanson est écrite par Maurice Vidalin, tandis que Jacques Datin en compose la musique.

L’orchestre est dirigé par Léo Chauliac, musicien et chef d’orchestre habitué à accompagner les chanteurs de variété.

Le texte raconte l’histoire de deux amoureux qui voudraient simplement vivre ensemble, mais auxquels la société refuse ce bonheur.

Dès les premières phrases, on comprend qu’une force extérieure cherche à les séparer et à leur interdire d’être heureux.

Les obstacles sont évoqués avec des mots particulièrement violents : l’enfer, le fer, le feu, les méchants et les imbéciles.

L’histoire ne ressemble donc pas seulement à une romance contrariée par des parents hostiles ou par une différence de milieu social.

Les amoureux sont présentés comme deux êtres isolés face à une majorité qui les condamne.

La chanson leur promet pourtant des jours meilleurs, où ils pourront s’aimer sans avoir à cacher leur relation.

C’est précisément là que se trouve son caractère novateur.

Derrière cette déclaration d’amour se cache en réalité une histoire d’amour entre deux hommes.

Jean-Claude Pascal confirmera plus tard cette interprétation homosexuelle de la chanson.

En 1961, le sujet demeure particulièrement délicat dans une grande partie de l’Europe, où l’homosexualité reste frappée par les préjugés et, dans plusieurs pays, par des sanctions pénales.

Il aurait été difficile de présenter ouvertement une chanson revendiquant l’amour entre deux hommes sur une scène internationale aussi populaire.

Maurice Vidalin choisit donc une stratégie d’écriture remarquable : ne jamais préciser le sexe de la personne aimée.

Le chanteur dit « nous les amoureux », mais ne donne aucun indice grammatical permettant de déterminer s’il s’adresse à un homme ou à une femme.

Le public peut ainsi entendre une chanson d’amour universelle, comme il en existe tant à la radio.

Les paroles peuvent également être comprises comme le récit de deux personnes rejetées par leur entourage, sans que la raison de ce rejet soit explicitement formulée.

Le message passe sous le radar d’une grande partie des auditeurs, tout en conservant sa véritable signification pour ceux qui peuvent la reconnaître.

Il ne s’agit donc pas d’une chanson dont le sens aurait été totalement invisible, mais d’un texte suffisamment ambigu pour permettre plusieurs lectures.

Cette ambiguïté constitue sa principale force : elle permet de dénoncer une injustice sans prononcer directement le mot qui aurait pu provoquer le scandale.

La référence à la condamnation des amoureux prend alors une signification particulièrement forte, au-delà des difficultés ordinaires d’une relation sentimentale.

L’espoir d’un avenir où ils pourront vivre leur amour sans être montrés du doigt donne au texte une dimension presque prophétique.

Le titre est aussi un pied de nez à ceux qui prétendent décider quels amours ont le droit d’exister.

Sur scène, Jean-Claude Pascal interprète la chanson avec sobriété, sans chercher à transformer le message en déclaration militante explicite.

Le Luxembourg remporte le concours avec 31 points, décrochant sa première victoire à l’Eurovision.

Le Royaume-Uni termine deuxième et la Suisse troisième.

Cette victoire donne à Jean-Claude Pascal une visibilité internationale considérable et contribue au succès commercial de la chanson.

En France, le disque se classe parmi les grands succès de l’année 1961 et atteint la première place des ventes selon certaines rétrospectives discographiques.

Le titre est également enregistré dans d’autres langues par Jean-Claude Pascal, notamment en allemand et en italien.

Il ne sera pas le seul à l’interpréter : Isabelle Aubret en propose sa propre version dès 1961, tout comme Nicole Croisille et Jean-Paul Mauric.

Franca di Rienzo, représentante de la Suisse à l’Eurovision cette même année, figure également parmi les interprètes qui reprennent la chanson.

D’autres chanteurs, dont Dave, l’ont intégrée à leur répertoire au fil des années.

Des orchestres de variété en proposent aussi des versions instrumentales, signe que la mélodie a dépassé le cadre du concours.

L’influence de la chanson est moins celle d’un tube ayant immédiatement déclenché un mouvement public que celle d’une œuvre dont la signification s’est éclairée avec le temps.

Elle est aujourd’hui considérée comme un jalon important dans l’histoire queer de l’Eurovision.

Elle montre qu’une chanson populaire, diffusée devant des millions de téléspectateurs, pouvait porter un message de liberté tout en restant accessible à un public qui n’en percevait pas nécessairement toute la portée.

Il faut néanmoins éviter de lui attribuer à elle seule une évolution des mentalités : les combats pour les droits des homosexuels ont une histoire bien plus vaste.

Mais le texte a offert, sous la forme d’une chanson d’amour, une place à des sentiments que la société de l’époque préférait souvent maintenir dans l’ombre.

Plus de soixante ans après sa victoire, Nous les amoureux conserve ainsi une double histoire : celle d’un succès de variété et celle d’un message longtemps dissimulé derrière des paroles universelles.

Une chanson qui a gagné l’Eurovision en 1961 sans que tout le monde comprenne vraiment ce qu’elle racontait.

Et c’est peut-être là son plus beau pied de nez : les amoureux ont gagné le concours avant même que le public découvre pleinement qui ils étaient.

L’histoire de cette chanson prend une dimension encore plus personnelle lorsqu’on sait que Jean-Claude Pascal était lui-même homosexuel. Dans une société où il était difficile de vivre ouvertement son homosexualité, il interprète en 1961, sur la scène de l’Eurovision, une chanson qui raconte l’amour de deux hommes condamnés par les préjugés de leur époque. Le texte de Maurice Vidalin ne nomme jamais explicitement cet amour, mais évoque deux êtres que l’on veut séparer, qui subissent le rejet et qui espèrent pouvoir un jour s’aimer librement. Jean-Claude Pascal ne prête donc pas seulement sa voix à une histoire fictive : il donne corps à un message qui fait écho à sa propre vie. La chanson pouvait être entendue comme une romance contrariée par le grand public, tandis que ceux qui en percevaient le véritable sens pouvaient y reconnaître une réalité autrement plus courageuse. En remportant l’Eurovision pour le Luxembourg, il a ainsi porté sur une scène internationale un message de tolérance et de liberté, à une époque où il fallait encore beaucoup de discrétion pour parler d’amour entre personnes du même sexe.

4.80 - MON AVIS SUR LE FILM LES LEOPARDS DE CHURCHILL (1970)

 


Vu le Film Les Léopards de Churchill de Maurizio Pradeaux (1970) avec Richard Harrison Klaus Kinski Giacomo Rossi Stuard Helga Liné Pilar Velazquez


En regardant Les Léopards de Churchill, j’ai immédiatement repensé à mon fameux Cinex, ce cinéma de quartier parisien où l’on pouvait découvrir des films dans une salle enfumée, avec un son qui crachotait et une pellicule qui se coupait parfois en plein milieu d’une scène. À l’époque, on ne venait pas forcément pour voir un chef-d’œuvre, mais on pouvait tomber sur des films dont on ressortait avec quelques souvenirs, même si ce n’était pas toujours pour les bonnes raisons. Celui-ci fait partie de cette catégorie où le mot « nanar » semble avoir été inventé spécialement pour lui.

Maurizio Pradeaux nous propose ici un film de guerre dans lequel les Alliés doivent déjouer les plans des nazis. Sur le papier, l’affaire pourrait tenir la route : une mission périlleuse, des ennemis à tromper, des identités à brouiller et suffisamment de dangers pour entretenir le suspense. Mais entre le papier et l’écran, il y a un gouffre que le réalisateur ne parvient jamais à franchir. On aurait presque envie de lui tendre une passerelle, mais même le matériel nécessaire semble avoir été acheté en kit.

Le scénario nous sort une idée qui permet de faire des économies tout en compliquant inutilement les choses : deux frères jumeaux, l’un dans le camp allié, l’autre chez les Allemands, tous deux interprétés par Richard Harrison. Voilà donc notre acteur chargé de jouer deux personnages, avec le petit avantage pour la production de ne payer qu’un seul comédien pour deux rôles. Le cinéma italien savait parfois faire des miracles avec trois bouts de ficelle, mais ici, les ficelles sont tellement visibles qu’elles finissent par constituer l’essentiel du spectacle.

L’astuce consiste à faire passer l’Allié pour son frère allemand afin de contrecarrer les projets nazis. Il faut donc que les personnages se ressemblent suffisamment pour tromper leurs adversaires, mais que le spectateur puisse tout de même suivre l’histoire. Avec Richard Harrison dans les deux rôles, le problème est réglé : il suffit de changer de camp, de costume et de position devant la caméra. On aurait presque pu lui demander de jouer aussi le réalisateur, histoire de poursuivre les économies jusqu’au bout.

Au milieu de tout cela, nous avons droit à Klaus Kinski, dont la présence devrait normalement apporter un peu de relief à cette aventure. Mais Kinski fait du Kinski, avec cette intensité qui lui appartenait et qui pouvait donner du poids à certains films. Ici, on a plutôt l’impression qu’il joue dans une production parallèle, persuadé d’être au milieu d’un film autrement plus important que celui dans lequel il se trouve. Il semble parfois que les acteurs ne soient pas tous au courant du film auquel ils participent, ce qui expliquerait bien des choses.

La mise en scène ne vient malheureusement pas sauver l’entreprise. Les décors donnent l’impression d’avoir été achetés chez IKEA, avec montage à la va-vite et quelques vis oubliées dans la boîte. On attend presque de voir apparaître la notice en plusieurs langues et le petit outil fourni avec le meuble. Quant à la lumière, elle est tellement faible qu’on pourrait croire que l’équipe a voulu économiser l’électricité, mais assombrir une image ne suffit pas à lui donner du caractère. Encore faudrait-il savoir où placer la caméra et comment filmer une scène.

Le cadrage n’arrange rien, les scènes manquent de rythme et l’action peine à décoller. On nous parle de guerre, de résistance, de sabotage et de nazis à tromper, mais l’ensemble donne surtout l’impression que le film cherche lui-même la sortie de secours. Les situations s’enchaînent sans véritable tension, les rebondissements arrivent comme ils peuvent et le spectateur finit par se demander si quelqu’un, sur le tournage, a réellement lu le scénario jusqu’au bout.

D’ailleurs, quel scénario ? L’histoire pourrait tenir sur l’emballage d’un Malabar, et il resterait probablement assez de place pour noter les dialogues. L’idée des jumeaux aurait pu offrir quelques possibilités amusantes ou entretenir un minimum de suspense, mais elle est exploitée avec une telle lourdeur que l’on voit arriver les ficelles avant même que les personnages aient compris ce qui leur arrive. Les nazis se font berner, les Alliés avancent dans leur mission et nous, devant l’écran, nous attendons toujours que le film commence réellement.

Les seconds rôles ne relèvent guère le niveau. Certains donnent franchement l’impression d’avoir appris leur texte après l’avoir joué, ce qui constitue une méthode de travail originale, mais dont les résultats restent discutables. Les dialogues sont débités sans conviction, les réactions tombent à côté et les personnages semblent parfois aussi surpris que nous par ce qui leur arrive. Il ne manque plus qu’un acteur qui demande à son partenaire ce qu’il est censé faire dans la scène suivante.

Tout cela serait presque attendrissant si le film parvenait à transformer ses faiblesses en charme. Or, il ne possède ni l’énergie nécessaire pour faire oublier ses défauts, ni l’imagination qui permet à certains films fauchés de devenir de véritables plaisirs coupables. Le manque de moyens n’excuse pas tout : avec une bonne idée, un peu d’inventivité et une mise en scène qui tient debout, on peut accomplir beaucoup de choses. Ici, on a surtout le sentiment que les économies ont été faites partout, y compris sur les idées.

Dire que Les Léopards de Churchill est mauvais serait donc un euphémisme. Il accumule les maladresses, les facilités et les approximations sans jamais réussir à donner à son histoire le souffle d’un véritable film d’aventures. Même le contexte de la Seconde Guerre mondiale, qui offre pourtant matière à des récits autrement plus passionnants, ne parvient pas à réveiller cette production.

Je lui reconnais malgré tout une qualité très personnelle : il m’a rappelé le Cinex, ses fauteuils, sa fumée, le bruit de la machine et ces séances où l’on ne savait pas toujours ce que l’on allait voir. À défaut d’être un grand film, il réveille quelques souvenirs de cinéma de quartier, une époque où l’on pouvait entrer dans une salle pour passer le temps et en ressortir avec une histoire à raconter.

Sauf que, cette fois, le souvenir du Cinex est nettement meilleur que le film lui-même. Et si les léopards de Churchill ont réellement mené une mission aussi peu convaincante que celle-ci, les nazis ont dû finir la guerre en demandant le remboursement de leurs billets.

NOTE : 4.80

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