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vendredi 23 octobre 2026

HISTOIRE D'UNE CHANSON - NOUS LES AMOUREUX PAR JEAN CLAUDE PASCAL (1961)

 


Nous les amoureux », Jean-Claude Pascal (1961)

Le 18 mars 1961, le Palais des Festivals de Cannes accueille la sixième édition du Concours Eurovision de la chanson.

Seize pays participent à cette édition, qui voit notamment les débuts de l’Espagne, de la Finlande et de la Yougoslavie.

Le Luxembourg est représenté par un chanteur français, Jean-Claude Pascal, avec une chanson intitulée Nous les amoureux.

Jean-Claude Pascal, né Jean-Claude Villeminot en 1927, est déjà connu comme acteur, mais aussi comme chanteur depuis ses débuts discographiques en 1955.

Élégant, doté d’une voix grave et d’une présence assez singulière, il possède un style qui tranche avec les interprètes plus conventionnels de la chanson populaire.

La chanson est écrite par Maurice Vidalin, tandis que Jacques Datin en compose la musique.

L’orchestre est dirigé par Léo Chauliac, musicien et chef d’orchestre habitué à accompagner les chanteurs de variété.

Le texte raconte l’histoire de deux amoureux qui voudraient simplement vivre ensemble, mais auxquels la société refuse ce bonheur.

Dès les premières phrases, on comprend qu’une force extérieure cherche à les séparer et à leur interdire d’être heureux.

Les obstacles sont évoqués avec des mots particulièrement violents : l’enfer, le fer, le feu, les méchants et les imbéciles.

L’histoire ne ressemble donc pas seulement à une romance contrariée par des parents hostiles ou par une différence de milieu social.

Les amoureux sont présentés comme deux êtres isolés face à une majorité qui les condamne.

La chanson leur promet pourtant des jours meilleurs, où ils pourront s’aimer sans avoir à cacher leur relation.

C’est précisément là que se trouve son caractère novateur.

Derrière cette déclaration d’amour se cache en réalité une histoire d’amour entre deux hommes.

Jean-Claude Pascal confirmera plus tard cette interprétation homosexuelle de la chanson.

En 1961, le sujet demeure particulièrement délicat dans une grande partie de l’Europe, où l’homosexualité reste frappée par les préjugés et, dans plusieurs pays, par des sanctions pénales.

Il aurait été difficile de présenter ouvertement une chanson revendiquant l’amour entre deux hommes sur une scène internationale aussi populaire.

Maurice Vidalin choisit donc une stratégie d’écriture remarquable : ne jamais préciser le sexe de la personne aimée.

Le chanteur dit « nous les amoureux », mais ne donne aucun indice grammatical permettant de déterminer s’il s’adresse à un homme ou à une femme.

Le public peut ainsi entendre une chanson d’amour universelle, comme il en existe tant à la radio.

Les paroles peuvent également être comprises comme le récit de deux personnes rejetées par leur entourage, sans que la raison de ce rejet soit explicitement formulée.

Le message passe sous le radar d’une grande partie des auditeurs, tout en conservant sa véritable signification pour ceux qui peuvent la reconnaître.

Il ne s’agit donc pas d’une chanson dont le sens aurait été totalement invisible, mais d’un texte suffisamment ambigu pour permettre plusieurs lectures.

Cette ambiguïté constitue sa principale force : elle permet de dénoncer une injustice sans prononcer directement le mot qui aurait pu provoquer le scandale.

La référence à la condamnation des amoureux prend alors une signification particulièrement forte, au-delà des difficultés ordinaires d’une relation sentimentale.

L’espoir d’un avenir où ils pourront vivre leur amour sans être montrés du doigt donne au texte une dimension presque prophétique.

Le titre est aussi un pied de nez à ceux qui prétendent décider quels amours ont le droit d’exister.

Sur scène, Jean-Claude Pascal interprète la chanson avec sobriété, sans chercher à transformer le message en déclaration militante explicite.

Le Luxembourg remporte le concours avec 31 points, décrochant sa première victoire à l’Eurovision.

Le Royaume-Uni termine deuxième et la Suisse troisième.

Cette victoire donne à Jean-Claude Pascal une visibilité internationale considérable et contribue au succès commercial de la chanson.

En France, le disque se classe parmi les grands succès de l’année 1961 et atteint la première place des ventes selon certaines rétrospectives discographiques.

Le titre est également enregistré dans d’autres langues par Jean-Claude Pascal, notamment en allemand et en italien.

Il ne sera pas le seul à l’interpréter : Isabelle Aubret en propose sa propre version dès 1961, tout comme Nicole Croisille et Jean-Paul Mauric.

Franca di Rienzo, représentante de la Suisse à l’Eurovision cette même année, figure également parmi les interprètes qui reprennent la chanson.

D’autres chanteurs, dont Dave, l’ont intégrée à leur répertoire au fil des années.

Des orchestres de variété en proposent aussi des versions instrumentales, signe que la mélodie a dépassé le cadre du concours.

L’influence de la chanson est moins celle d’un tube ayant immédiatement déclenché un mouvement public que celle d’une œuvre dont la signification s’est éclairée avec le temps.

Elle est aujourd’hui considérée comme un jalon important dans l’histoire queer de l’Eurovision.

Elle montre qu’une chanson populaire, diffusée devant des millions de téléspectateurs, pouvait porter un message de liberté tout en restant accessible à un public qui n’en percevait pas nécessairement toute la portée.

Il faut néanmoins éviter de lui attribuer à elle seule une évolution des mentalités : les combats pour les droits des homosexuels ont une histoire bien plus vaste.

Mais le texte a offert, sous la forme d’une chanson d’amour, une place à des sentiments que la société de l’époque préférait souvent maintenir dans l’ombre.

Plus de soixante ans après sa victoire, Nous les amoureux conserve ainsi une double histoire : celle d’un succès de variété et celle d’un message longtemps dissimulé derrière des paroles universelles.

Une chanson qui a gagné l’Eurovision en 1961 sans que tout le monde comprenne vraiment ce qu’elle racontait.

Et c’est peut-être là son plus beau pied de nez : les amoureux ont gagné le concours avant même que le public découvre pleinement qui ils étaient.

L’histoire de cette chanson prend une dimension encore plus personnelle lorsqu’on sait que Jean-Claude Pascal était lui-même homosexuel. Dans une société où il était difficile de vivre ouvertement son homosexualité, il interprète en 1961, sur la scène de l’Eurovision, une chanson qui raconte l’amour de deux hommes condamnés par les préjugés de leur époque. Le texte de Maurice Vidalin ne nomme jamais explicitement cet amour, mais évoque deux êtres que l’on veut séparer, qui subissent le rejet et qui espèrent pouvoir un jour s’aimer librement. Jean-Claude Pascal ne prête donc pas seulement sa voix à une histoire fictive : il donne corps à un message qui fait écho à sa propre vie. La chanson pouvait être entendue comme une romance contrariée par le grand public, tandis que ceux qui en percevaient le véritable sens pouvaient y reconnaître une réalité autrement plus courageuse. En remportant l’Eurovision pour le Luxembourg, il a ainsi porté sur une scène internationale un message de tolérance et de liberté, à une époque où il fallait encore beaucoup de discrétion pour parler d’amour entre personnes du même sexe.

4.80 - MON AVIS SUR LE FILM LES LEOPARDS DE CHURCHILL (1970)

 


Vu le Film Les Léopards de Churchill de Maurizio Pradeaux (1970) avec Richard Harrison Klaus Kinski Giacomo Rossi Stuard Helga Liné Pilar Velazquez


En regardant Les Léopards de Churchill, j’ai immédiatement repensé à mon fameux Cinex, ce cinéma de quartier parisien où l’on pouvait découvrir des films dans une salle enfumée, avec un son qui crachotait et une pellicule qui se coupait parfois en plein milieu d’une scène. À l’époque, on ne venait pas forcément pour voir un chef-d’œuvre, mais on pouvait tomber sur des films dont on ressortait avec quelques souvenirs, même si ce n’était pas toujours pour les bonnes raisons. Celui-ci fait partie de cette catégorie où le mot « nanar » semble avoir été inventé spécialement pour lui.

Maurizio Pradeaux nous propose ici un film de guerre dans lequel les Alliés doivent déjouer les plans des nazis. Sur le papier, l’affaire pourrait tenir la route : une mission périlleuse, des ennemis à tromper, des identités à brouiller et suffisamment de dangers pour entretenir le suspense. Mais entre le papier et l’écran, il y a un gouffre que le réalisateur ne parvient jamais à franchir. On aurait presque envie de lui tendre une passerelle, mais même le matériel nécessaire semble avoir été acheté en kit.

Le scénario nous sort une idée qui permet de faire des économies tout en compliquant inutilement les choses : deux frères jumeaux, l’un dans le camp allié, l’autre chez les Allemands, tous deux interprétés par Richard Harrison. Voilà donc notre acteur chargé de jouer deux personnages, avec le petit avantage pour la production de ne payer qu’un seul comédien pour deux rôles. Le cinéma italien savait parfois faire des miracles avec trois bouts de ficelle, mais ici, les ficelles sont tellement visibles qu’elles finissent par constituer l’essentiel du spectacle.

L’astuce consiste à faire passer l’Allié pour son frère allemand afin de contrecarrer les projets nazis. Il faut donc que les personnages se ressemblent suffisamment pour tromper leurs adversaires, mais que le spectateur puisse tout de même suivre l’histoire. Avec Richard Harrison dans les deux rôles, le problème est réglé : il suffit de changer de camp, de costume et de position devant la caméra. On aurait presque pu lui demander de jouer aussi le réalisateur, histoire de poursuivre les économies jusqu’au bout.

Au milieu de tout cela, nous avons droit à Klaus Kinski, dont la présence devrait normalement apporter un peu de relief à cette aventure. Mais Kinski fait du Kinski, avec cette intensité qui lui appartenait et qui pouvait donner du poids à certains films. Ici, on a plutôt l’impression qu’il joue dans une production parallèle, persuadé d’être au milieu d’un film autrement plus important que celui dans lequel il se trouve. Il semble parfois que les acteurs ne soient pas tous au courant du film auquel ils participent, ce qui expliquerait bien des choses.

La mise en scène ne vient malheureusement pas sauver l’entreprise. Les décors donnent l’impression d’avoir été achetés chez IKEA, avec montage à la va-vite et quelques vis oubliées dans la boîte. On attend presque de voir apparaître la notice en plusieurs langues et le petit outil fourni avec le meuble. Quant à la lumière, elle est tellement faible qu’on pourrait croire que l’équipe a voulu économiser l’électricité, mais assombrir une image ne suffit pas à lui donner du caractère. Encore faudrait-il savoir où placer la caméra et comment filmer une scène.

Le cadrage n’arrange rien, les scènes manquent de rythme et l’action peine à décoller. On nous parle de guerre, de résistance, de sabotage et de nazis à tromper, mais l’ensemble donne surtout l’impression que le film cherche lui-même la sortie de secours. Les situations s’enchaînent sans véritable tension, les rebondissements arrivent comme ils peuvent et le spectateur finit par se demander si quelqu’un, sur le tournage, a réellement lu le scénario jusqu’au bout.

D’ailleurs, quel scénario ? L’histoire pourrait tenir sur l’emballage d’un Malabar, et il resterait probablement assez de place pour noter les dialogues. L’idée des jumeaux aurait pu offrir quelques possibilités amusantes ou entretenir un minimum de suspense, mais elle est exploitée avec une telle lourdeur que l’on voit arriver les ficelles avant même que les personnages aient compris ce qui leur arrive. Les nazis se font berner, les Alliés avancent dans leur mission et nous, devant l’écran, nous attendons toujours que le film commence réellement.

Les seconds rôles ne relèvent guère le niveau. Certains donnent franchement l’impression d’avoir appris leur texte après l’avoir joué, ce qui constitue une méthode de travail originale, mais dont les résultats restent discutables. Les dialogues sont débités sans conviction, les réactions tombent à côté et les personnages semblent parfois aussi surpris que nous par ce qui leur arrive. Il ne manque plus qu’un acteur qui demande à son partenaire ce qu’il est censé faire dans la scène suivante.

Tout cela serait presque attendrissant si le film parvenait à transformer ses faiblesses en charme. Or, il ne possède ni l’énergie nécessaire pour faire oublier ses défauts, ni l’imagination qui permet à certains films fauchés de devenir de véritables plaisirs coupables. Le manque de moyens n’excuse pas tout : avec une bonne idée, un peu d’inventivité et une mise en scène qui tient debout, on peut accomplir beaucoup de choses. Ici, on a surtout le sentiment que les économies ont été faites partout, y compris sur les idées.

Dire que Les Léopards de Churchill est mauvais serait donc un euphémisme. Il accumule les maladresses, les facilités et les approximations sans jamais réussir à donner à son histoire le souffle d’un véritable film d’aventures. Même le contexte de la Seconde Guerre mondiale, qui offre pourtant matière à des récits autrement plus passionnants, ne parvient pas à réveiller cette production.

Je lui reconnais malgré tout une qualité très personnelle : il m’a rappelé le Cinex, ses fauteuils, sa fumée, le bruit de la machine et ces séances où l’on ne savait pas toujours ce que l’on allait voir. À défaut d’être un grand film, il réveille quelques souvenirs de cinéma de quartier, une époque où l’on pouvait entrer dans une salle pour passer le temps et en ressortir avec une histoire à raconter.

Sauf que, cette fois, le souvenir du Cinex est nettement meilleur que le film lui-même. Et si les léopards de Churchill ont réellement mené une mission aussi peu convaincante que celle-ci, les nazis ont dû finir la guerre en demandant le remboursement de leurs billets.

NOTE : 4.80

FICHE TECHNIQUE

DISTRIBUTION


MES LIEUX DE TOURNAGE : SAINT MANDE (VAL DE MARNE 94)


Aujourd'hui la Ville de SaintMandé dans le Val de Marne (94) Aujourd’hui, direction Saint-Mandé, une petite commune du Val-de-Marne, en région Île-de-France, que l’on surnomme parfois le « Neuilly de l’Est ». Située aux portes de Paris, à proximité des portes de Saint-Mandé et de Vincennes, elle possède une particularité : avec ses quelque 92 hectares, elle fait partie des communes les plus petites de la région parisienne. Ici, on ne risque pas de se perdre dans l’immensité des boulevards, même si les cinéastes ont parfois besoin d’un peu plus de place pour installer leurs caméras !


Saint-Mandé a également une signification personnelle pour moi : c’est la ville où habite le seul membre de ma famille. Une raison supplémentaire de m’y intéresser, même si mon regard se porte naturellement vers les lieux qui ont accueilli des tournages.


Le nom de la commune remonte à saint Maudez, un abbé breton du VIe siècle. Une relique du saint aurait été rapportée sur le site au Xe siècle, à une époque où la Bretagne subissait les invasions scandinaves. Elle fut ensuite transférée dans le bois de Vincennes. Une chapelle fut construite pour l’abriter, accompagnée d’un prieuré, contribuant ainsi à l’histoire du lieu.


Saint-Mandé possède également une petite célébrité littéraire. C’est dans ses environs que le vicomte de Valmont trouve la mort dans Les Liaisons dangereuses, le célèbre roman épistolaire de Choderlos de Laclos publié en 1782. Une mort qui rappelle que les abords de Paris ne sont pas seulement propices aux promenades dominicales : ils peuvent aussi servir de cadre aux passions les plus meurtrières. Valmont n’aura pas eu le temps de profiter de la tranquillité des lieux !


Malgré sa superficie modeste, Saint-Mandé peut se vanter d’avoir vu naître ou grandi plusieurs personnalités du spectacle et de la culture. On y associe notamment Thierry Beccaro, Charles Berling, Claudette Colbert, Bruno Cremer, Frédéric Diefenthal, Arthur Dupont, Laurent Grévil, Alice Guy, Marc Jolivet, Dominique Laffin et Éric Serra. Un joli tapis rouge pour une ville qui tient presque dans un mouchoir de poche !


Il faut toutefois chercher ailleurs pour trouver une salle de cinéma traditionnelle : Saint-Mandé n’en possède pas actuellement. La commune propose néanmoins des projections dans son centre culturel. Le cinéma y est donc présent, mais plutôt du côté des écrans que des grandes façades lumineuses.


Et pourtant, les caméras ne l’ont pas oubliée. Entre les rues de la commune, ses bâtiments institutionnels et la proximité immédiate du bois de Vincennes, Saint-Mandé offre des décors intéressants pour les cinéastes. Le bois voisin constitue à lui seul un immense terrain de jeu pour les réalisateurs : allées arborées, clairières, lacs et paysages qui permettent de s’éloigner visuellement de l’agitation parisienne sans quitter la capitale et sa proche banlieue.


- Le Mentor (2012/2013), de Jean-Pierre Mocky : un SDF dans le décor du bois de Vincennes


Commençons par un réalisateur qui n'avait pas besoin de faire des kilomètres pour trouver un décor à sa convenance : Jean-Pierre Mocky, le franc-tireur du cinéma français, toujours prêt à dégainer sa caméra contre les travers de la société.


Dans Le Mentor, Mocky incarne Ludovic, un ancien chef d'entreprise qui a tout perdu et se retrouve sans domicile fixe. Au hasard de ses déambulations, il rencontre Annette, une jeune femme qui s'apprête à épouser un homme peu recommandable. Notre ancien PDG va alors jouer les anges gardiens et tenter de lui éviter un mariage désastreux, tout en essayant de lui ouvrir de nouvelles perspectives.


Pour interpréter cette comédie sociale, Mocky s'entoure notamment de Solène Hébert, Clovis Fouin et Simon Coutret, tout en tenant lui-même le rôle principal.


Le tournage se déroule en septembre 2011, à Paris, dans la région parisienne et à Vincennes, notamment au Chalet du Lac, dans le bois de Vincennes, à deux pas de Saint-Mandé. Des scènes sont également tournées à Yerres, dans la propriété Caillebotte.


Voilà un exemple intéressant pour notre rubrique : le film utilise bien le secteur de Saint-Mandé, même si le Chalet du Lac se trouve dans le bois de Vincennes et non dans le centre de la commune. La frontière administrative n'arrête pas les cinéastes, qui choisissent avant tout un décor correspondant à leurs besoins.


Mocky présente lui-même son film comme une œuvre féministe et optimiste, dans laquelle un homme qui a tout perdu cherche à aider une jeune femme à changer de vie. Derrière la comédie, il s'intéresse aussi à la condition des sans-abri et à notre regard sur ceux qui vivent en marge de la société.


Le cinéaste aimait travailler vite, avec des moyens limités, sans attendre que toute la mécanique industrielle du cinéma se mette en route. Une manière de faire qui correspondait parfaitement à son tempérament de réalisateur indépendant.


- Calomnies (2014) : Mocky revient au Chalet du Lac


Jean-Pierre Mocky revient dans le secteur en octobre 2013 pour tourner Calomnies, sorti en 2014. Cette fois, il s'intéresse à la fabrication des fausses rumeurs et aux mécanismes de la manipulation.


Le film réunit notamment Marius Colucci, Guy Marchand, Agnès Soral et Jean-Pierre Mocky. Les premières scènes sont tournées au restaurant du Chalet du Lac, à Saint-Mandé, avant que l'équipe ne poursuive son travail à la fête à Neu-Neu, porte de la Muette, puis à Saumur.


Le Chalet du Lac apparaît donc comme un véritable petit point de rencontre entre le cinéma et le territoire. Ce restaurant du bois de Vincennes a accueilli plusieurs équipes, dont celle de Le Mentor quelques années auparavant.


C'est aussi ce qui rend la recherche des lieux de tournage intéressante : un même endroit peut changer complètement de fonction selon le film. Un restaurant devient un décor de comédie sociale, puis le cadre d'une intrigue autour de la manipulation et des apparences.


Chez Mocky, les apparences sont d'ailleurs rarement innocentes. Derrière les conversations tranquilles et les lieux familiers se cachent volontiers des personnages douteux, des arrangements et quelques belles occasions de tirer sur les conventions sociales.


- Comme une étoile dans la nuit (2008), de René Féret : l'Institut géographique national


Changement de registre avec Comme une étoile dans la nuit, film de René Féret sorti en 2008.


Le réalisateur raconte l'histoire d'Anne et Marc, un couple qui souhaite avoir un enfant. Mais Marc apprend qu'il est atteint d'un lymphome de Hodgkin. Le film ne se limite pas à la maladie : il s'attache surtout à l'amour qui unit les deux personnages et à leur manière d'affronter ensemble une épreuve terrible.


Les rôles principaux sont tenus par Salomé Stévenin et Nicolas Giraud, avec Jean-François Stévenin dans le rôle du père d'Anne. Maryline Canto, Aurélia Petit et Sabrina Seyvecou complètent notamment la distribution.


Le tournage possède une particularité locale : certaines scènes professionnelles ont été filmées à l'Institut géographique national, situé avenue Pasteur, à Saint-Mandé.


Le bâtiment sert de lieu de travail à Marc et à son collègue Éric, interprété par Guillaume Verdier. Ce choix est intéressant, car le film s'appuie sur un véritable environnement professionnel plutôt que sur un décor entièrement reconstitué.


Il faut également signaler l'origine très personnelle du scénario. René Féret s'est inspiré de l'histoire vécue par sa nièce et par le compagnon de celle-ci, atteint de la maladie de Hodgkin. Après avoir obtenu son accord, il a construit son film à partir de leurs souvenirs et de ce qu'ils avaient traversé.


Le cinéaste a même veillé à ce que sa nièce puisse découvrir les séquences au fur et à mesure du montage. Cette démarche témoigne d'une attention particulière portée à ceux dont l'histoire intime devient matière cinématographique.


Saint-Mandé se retrouve ainsi associé à un film profondément humain, loin des sarcasmes de Mocky. Deux cinéastes, deux univers, et des décors situés à quelques kilomètres les uns des autres.


- 36 Quai des Orfèvres (2004), d'Olivier Marchal : la PJ fait un détour par Saint-Mandé


Impossible de parler des tournages du secteur sans évoquer 36 Quai des Orfèvres, le polar musclé d'Olivier Marchal, sorti en 2004. Ancien policier devenu réalisateur, Marchal connaît son sujet et nous entraîne dans une guerre sans merci entre deux services de la police judiciaire.


D'un côté, Léo Vrinks, patron de la BRI, interprété par Daniel Auteuil ; de l'autre, Denis Klein, à la tête de la BRB, incarné par Gérard Depardieu. Leur supérieur, Robert Mancini, joué par André Dussollier, leur promet le poste de grand patron de la PJ à celui qui parviendra à mettre fin aux agissements d'un gang de braqueurs. Une promotion qui va transformer la rivalité professionnelle en affrontement personnel, avec ses coups bas et ses règlements de comptes.


Roschdy Zem, Daniel Duval, Francis Renaud, Valeria Golino et Catherine Marchal complètent notamment la distribution de ce polar sombre, inspiré en partie par l'expérience du réalisateur et par l'histoire de l'ancien policier Dominique Loiseau, qui a participé au scénario.


Le film a utilisé de nombreux décors en région parisienne, et Saint-Mandé figure bien parmi les lieux de tournage. une séquence à proximité du 41, avenue Daumesnil, à 25 minutes et 42 secondes du film, puis une autre scène à 52 minutes et 12 secondes, le long du ministère des Finances, boulevard de Bercy, où Denis Klein tente d'influencer un collègue. Cette seconde adresse se trouve toutefois dans le 12e arrondissement de Paris, et non à Saint-Mandé.


Ces repères permettent de retrouver les lieux sur la carte et de vérifier les séquences à l'écran. La proximité de Saint-Mandé avec Paris explique que les équipes puissent passer d'une commune à l'autre au fil du tournage.


Comme quoi, derrière les règlements de comptes entre flics, il y a aussi un travail de repérage bien réel. Et si les personnages d'Olivier Marchal n'ont pas toujours le temps de regarder le paysage, les amateurs de cinéma, eux, peuvent s'amuser à reconnaître les rues !


Saint-Mandé n'est donc pas seulement une commune résidentielle accolée à Paris. Son histoire, son environnement et sa proximité avec le bois de Vincennes en font un territoire intéressant pour les cinéastes.


Le Chalet du Lac et l'Institut géographique national illustrent deux manières différentes d'utiliser la ville et ses abords : le premier comme décor de fiction, le second comme véritable lieu de travail intégré au récit.


Et c'est tout le plaisir de cette rubrique Mes Lieux de Tournage : découvrir qu'un endroit où l'on passe sans forcément le regarder a parfois servi de décor à une scène que l'on a vue sur grand écran.


À Saint-Mandé, il n'y a peut-être pas de cinéma traditionnel, mais les caméras, elles, ont bien trouvé leur place !

jeudi 22 octobre 2026

14.00 - MON AVIS SUR LE FILM FITZCARRALDO DE WERNER HERZOG (1982)

 


Vu le Film Fitzcarraldo de Werner Herzog (1982) avec Klaus Kinski Claudia Cardinale Paul Hitscher Grande Otelo José Legwoy Peter Berling Jean Claude Dreyfus Enrique Bohorquez 


Un film de Werner Herzog avec Klaus Kinski, c’est toujours une histoire de soufre, de sueur et de folie, car les deux hommes se détestaient autant qu’ils avaient besoin l’un de l’autre pour donner naissance à des œuvres qui ne ressemblent à aucune autre. Leur collaboration relevait parfois du miracle, parfois du règlement de comptes, mais avec eux, quoi qu’il arrive, le cinéma ne se faisait jamais dans la tranquillité d’un bureau climatisé. Fitzcarraldo en est sans doute l’un des exemples les plus délirants, avec un tournage dantesque dont les affrontements, les accidents et les difficultés semblent avoir contaminé chaque image du film.


Et ce bordel, on le voit à l’écran ! On sent la sueur, la peur, la haine, le sang, la fatigue et cette obstination presque suicidaire qui pousse les hommes à vouloir accomplir l’impossible, quitte à transformer une entreprise cinématographique en expédition au bout de l’enfer. Herzog ne se contente pas de raconter la folie de son personnage, il nous la fait éprouver, avec une puissance visuelle qui donne parfois l’impression que la caméra elle-même risque de finir au fond du fleuve.


Au cœur de cette aventure, Brian Sweeney Fitzgerald, surnommé Fitzcarraldo, est un homme ruiné, mais possédé par une passion dévorante pour l’opéra et particulièrement pour le ténor Enrico Caruso. Son rêve est de construire un opéra au cœur de la forêt amazonienne afin d’y faire venir son idole et d’offrir à cette région reculée un spectacle digne des plus grandes scènes européennes. Pour financer son projet, il se lance dans une entreprise aussi extravagante que dangereuse, qui l’amène à exploiter les possibilités commerciales d’une région où le caoutchouc représente une fortune considérable.


Fitzcarraldo est un conquistador des temps modernes, un illuminé qui refuse de reconnaître les limites du possible, un homme dont la passion artistique finit par ressembler à une maladie incurable. Moitié fou, moitié visionnaire, il poursuit son rêve avec une obstination qui force autant l’admiration que l’inquiétude, et Kinski est pour beaucoup dans l’intensité de ce personnage, avec son regard halluciné, ses emportements et cette manière de donner à ses obsessions une dimension presque surnaturelle.


L’acteur semble habité par son rôle, comme si Fitzcarraldo était une nouvelle incarnation de cette folie qui traverse une partie de la filmographie de Herzog. On ne sait plus toujours où s’arrête le personnage et où commence la démesure de Kinski, dont la présence donne au film une tension permanente. Avec lui, la passion n’est jamais raisonnable, le rêve ne connaît aucune frontière et la folie devient une force qui peut soulever des montagnes, ou du moins tenter de faire passer un bateau par-dessus l’une d’elles !


Car le morceau de bravoure du film reste cette idée insensée de transporter un immense bateau à vapeur par-dessus une colline, afin de rejoindre un autre cours d’eau et de poursuivre l’expédition. Herzog a choisi de réaliser cette opération avec un véritable bateau, sans se contenter de maquettes ou de trucages destinés à nous faire croire à l’impossible. Le résultat est une séquence monumentale, dont la démesure dépasse largement ce que le cinéma peut habituellement se permettre, et l’on reste fasciné devant cette masse de métal qui semble défier les lois de la nature autant que le bon sens de ceux qui la déplacent.


Mais derrière l’exploit, le film montre aussi une folie beaucoup moins glorieuse, celle des hommes qui veulent soumettre la nature à leurs ambitions et imposer leurs rêves à ceux qui vivent sur ces terres. La destruction de la forêt amazonienne, l’exploitation des populations indigènes et la violence d’une entreprise guidée par l’ego d’un seul homme donnent à cette aventure une dimension profondément dérangeante. On peut admirer l’obstination de Fitzcarraldo tout en ayant envie de lui demander au nom de quoi il s’autorise à entraîner tant de monde dans son délire.


C’est là que le film devient particulièrement intéressant, car Herzog ne nous propose pas simplement le portrait héroïque d’un homme qui accomplit l’impossible. Il nous montre aussi les contradictions d’un rêve qui se nourrit de sacrifices, de domination et d’une volonté de puissance qui ne s’embarrasse guère des conséquences. L’opéra représente la beauté, la culture et l’élévation de l’esprit, mais pour atteindre ce paradis musical, Fitzcarraldo est prêt à traverser un enfer bien réel.


Le cinéaste filme cette contradiction avec une ambition folle, en opposant les grandes envolées de Caruso à l’immensité de la forêt, les rêves de civilisation aux réalités d’un territoire que l’homme croit pouvoir conquérir. Les images sont parfois d’une beauté stupéfiante, et la nature devient presque un personnage à part entière, indifférent aux ambitions humaines, capable d’engloutir en quelques secondes les efforts d’une équipe entière.


Le tournage, lui aussi, est devenu légendaire, avec ses conflits, ses conditions difficiles et les tensions entre Herzog et Kinski. Les deux hommes entretenaient une relation explosive, faite de haine, d’admiration et d’une dépendance artistique dont ils semblaient incapables de se libérer. Herzog voulait aller jusqu’au bout de sa vision, tandis que Kinski pouvait se montrer aussi imprévisible que son personnage, et cette confrontation a contribué à nourrir la réputation d’une production hors norme.


Je compte d’ailleurs regarder le documentaire Ennemis intimes, dans lequel Herzog revient sur sa relation avec Kinski, afin de découvrir ce qui se cachait derrière cette collaboration aussi fascinante que destructrice. Leurs affrontements permettent de mieux comprendre l’atmosphère de certaines scènes, même s’il faut se garder de réduire la puissance du film à ses seules histoires de tournage.


Car ce qui demeure à l’écran, c’est bien cette expérience de cinéma où l’ambition artistique se confond avec la démesure, où l’on ressent physiquement les difficultés de l’expédition et où chaque obstacle semble renforcer la détermination de Fitzcarraldo. On peut s’indigner de ses méthodes, sourire de son obstination et rester stupéfait devant l’énergie déployée pour mener son rêve à bien, sans jamais oublier le prix humain et environnemental de cette aventure.


Avec Fitzcarraldo, Herzog signe une œuvre monumentale, imparfaite peut-être, mais habitée par une vision que peu de cinéastes auraient osé pousser aussi loin. Kinski y trouve un personnage à sa mesure, excessif, fascinant et parfois effrayant, tandis que le réalisateur transforme une expédition insensée en une réflexion sur la folie des hommes et leur désir de laisser une trace dans le monde.


Un conquistador de l’opéra au milieu de l’Amazonie, un bateau hissé sur une montagne, un ténor devenu obsession et deux artistes qui semblent vouloir s’entre-tuer pour accoucher d’un film : il fallait quand même oser ! Heureusement que le cinéma permet ce genre de délires, même si, pour les populations et la forêt prises dans cette aventure, le spectacle n’avait rien d’une représentation à La Scala.


Voilà du cinéma qui transpire, qui grince, qui dérange et qui vous laisse avec des images plein la tête, comme si vous aviez vous-même participé à cette expédition. Herzog et Kinski ne nous ont décidément pas fait un film de tout repos, mais qui aurait envie de voir un bateau gravir une montagne en prenant simplement l’ascenseur ?

NOTE : 14.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


11.40 - MON AVIS SUR LE FILM MORLAIX DE JAIME ROSALES (2025)

 


Vu le film Morlaix de Jaime Rosales (2025) avec Melanie Thierry Samuel Kircher Aminthe Audiard Alexis Keruzore Àlex Brendemühl Balthazar Delville Eden Kerdoncuff


On a parfois l’impression que Jaime Rosales s’est perdu un jour dans cette ville de Bretagne, que j’ai moi-même visitée, et qu’il en est revenu avec une idée fixe : est-ce pour me punir ou par amour que je vais faire un film pour parler de désespoir et d’ennui ? La question mérite d’être posée, car si Morlaix possède un charme certain, son utilisation comme décor d’une jeunesse tourmentée donne parfois envie de prendre le premier train pour aller voir si le soleil existe ailleurs.


Gwen (Aminthe Audiard), une jeune fille originaire de cette ville, revient sur les lieux de son passé, marquée par la tristesse d’une perte, tandis que nous découvrons une histoire sentimentale qui va nous occuper, enfin un peu, avec son amoureux Thomas (Alexis Kuruzore) et l’arrivée de Jean-Luc (Samuel Kircher), un nouveau venu qui va la magnétiser d’amour. Il faut reconnaître que Kircher possède quelque chose de sacrément magnétique, comme une boussole qui se dérègle dès qu’on le regarde, et que son personnage apporte une présence troublante à cette histoire de cœur. Gwen se retrouve alors devant un cruel dilemme : choisir entre deux garçons, l’un qu’elle connaît déjà et l’autre qui vient bouleverser son existence. Cruel dilemme, hein, pourquoi ne pas choisir les deux ? Mais Jaime Rosales n’est manifestement pas venu à Morlaix pour tourner une comédie sur les avantages du partage amoureux.


Le réalisateur a d’autres préoccupations en tête, puisqu’il décide de raconter une histoire dans l’histoire, en faisant cohabiter le réel et la fiction dans un jeu de miroirs qui finit par nous perdre autant que ses personnages. La couleur appartient au réel, tandis que le noir et blanc accompagne la fiction que les protagonistes découvrent sur un écran de cinéma, mais les deux univers se mélangent progressivement, changent de format et brouillent les frontières entre ce que nous voyons, ce que les personnages vivent et ce qu’ils imaginent. On se retrouve ainsi dans une construction narrative assez étrange, où un film raconte leur histoire vingt ans plus tard, avec une autre temporalité et d’autres perspectives, comme si le réalisateur voulait nous rappeler que les souvenirs ne sont jamais tout à fait fidèles à ce que nous avons vécu.


Ce retour dans le passé possède quelque chose d’intrigant, même si l’on se demande parfois où Rosales veut nous emmener, tant son récit semble avancer au rythme des états d’âme de ses personnages. Le film demande de l’attention et de la patience, car il ne faut pas s’attendre à une succession de rebondissements capables de nous réveiller en sursaut. Il y a des silences, des regards, des hésitations, des interrogations sentimentales et beaucoup de cette mélancolie propre à une jeunesse qui cherche encore sa place dans le monde, avec la sensation que le bonheur se trouve toujours ailleurs.


La confrontation entre Thomas et Jean-Luc apporte heureusement un peu de tension à cette histoire, car les deux garçons ne possèdent ni le même tempérament ni la même manière d’exprimer leurs sentiments. L’un se montre plus provocateur que l’autre, et leur rivalité finit par dégénérer sur le célèbre pont de Morlaix, un décor qui offre au film un cadre autrement plus spectaculaire que certaines de leurs longues interrogations intérieures. Il faut dire que le viaduc est magnifique et que la ville possède une véritable personnalité visuelle, même si ses pierres et ses paysages ne suffisent pas toujours à dissiper la torpeur qui s’installe à l’écran.


Ce qui reste intéressant, c’est cette fascination pour une jeunesse qui rêve d’un paradis blanc, d’amour absolu et de vide, comme si l’avenir était une page vierge sur laquelle on pourrait tout écrire, à condition de savoir quoi y mettre. Les sentiments sont intenses, les désirs contradictoires et les choix semblent définitifs alors que la vie n’a pas encore commencé à distribuer toutes ses cartes. Le film observe cette période avec une certaine distance, sans chercher à rendre ses personnages immédiatement sympathiques, et c’est sans doute là que réside une partie de son intérêt.


La présence de Mélanie Thierry, qui interprète Gwen vingt ans plus tard, ajoute une autre dimension à ce récit, puisque le temps transforme les visages, les regrets et la manière de regarder ses propres souvenirs. Comme dirait Hugo, le temps passe, mais les histoires d’amour continuent de laisser des traces, même lorsque ceux qui les ont vécues ont changé de vie et de visage.


Le casting permet également de découvrir de jeunes comédiens, notamment Aminthe Audiard et Samuel Kircher, dont la présence apporte une véritable curiosité à cette chronique sentimentale. Kircher, en particulier, possède cette capacité à attirer le regard sans avoir besoin d’en faire des tonnes, ce qui n’est déjà pas si mal dans un film où les personnages passent beaucoup de temps à chercher ce qu’ils ressentent.


Morlaix est donc une œuvre littéraire, exigeante et très intrigante, qui oscille entre l’ennui provoqué par une intrigue où il ne se passe finalement pas grand-chose et la fascination pour ces personnages qui se débattent avec leurs émotions, leurs rêves et leurs souvenirs. La construction en abyme, les changements de format et les allers-retours entre passé et présent donnent au film une singularité indéniable, même si cette ambition formelle finit parfois par prendre le dessus sur l’histoire elle-même.


Je reste partagé devant cette confusion des sentiments, entre l’envie de suivre ces jeunes gens dans leurs tourments et celle de leur conseiller de sortir prendre l’air, histoire de vérifier que la vie ne se résume pas à un triangle amoureux filmé en noir et blanc. Heureusement, il nous reste la beauté de Morlaix, ses rues, son viaduc et cette Bretagne que j’ai moi-même parcourue, avec le plaisir de retrouver une ville qui mérite mieux que d’être uniquement le théâtre du désespoir amoureux.


Un film qui intrigue, qui divise et qui ne laisse pas complètement indifférent, même si, par moments, on aurait aimé que les personnages cessent de réfléchir à leur existence pour commencer à la vivre. À force de chercher le paradis blanc, ils risquent surtout de nous faire regretter la couleur !

NOTE : 11.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

MES LIEUX DE TOURNAGE - VILLEFRANCHE SUR SAONE


 Aujourd’hui, direction Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Ses habitants sont les Caladois, un gentilé qui vient de calada, mot francoprovençal désignant une rue pavée de galets, autrefois caractéristique de la ville. Villefranche est la capitale du Beaujolais, une sous-préfecture importante et une cité dont le patrimoine mérite le détour.


Avec ses théâtres et ses cinémas, notamment les 400 Coups, l’Eden, le Rex et désormais un multiplexe CGR, la ville possède de quoi satisfaire les amoureux du septième art. Et si elle n'a pas accueilli autant de tournages que Lyon, elle a tout de même quelques belles références à son actif !

Côté personnalités, la Calade a vu naître ou passer des figures aussi diverses qu’Antoine de Saint-Exupéry, Maurice Baquet, Benjamin Biolay, Noël Deschamps, Raymond Depardon ou Gaël Morel. Sans oublier l’ami Fabrice, véritable tour de contrôle locale ! La liste est longue, et le cinéma n’est jamais très loin.

Parmi les films qui ont posé leurs caméras dans la ville ou ses environs, citons d’abord

- Le Diable par la queue de Philippe de Broca. Cette comédie de 1969, avec Yves Montand, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Marthe Keller, a notamment été tournée au château de Fléchères, à Fareins, tout près de Villefranche. Un décor idéal pour cette histoire de famille aristocratique désargentée qui transforme son château en piège à touristes fortunés. Le tournage date de l’été 1968, et le film possède aujourd’hui le charme de ces comédies françaises où les escrocs avaient de l’esprit et les châteaux des secrets.

- En 1996, Gaël Morel tourne À toute vitesse, film qui fait partie de ses premières réalisations et qui ouvre la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Le tournage se déroule notamment à Villefranche-sur-Saône, dans le quartier de Belleroche, ainsi qu’à Lyon et dans les environs. Une histoire de jeunesse, de désir et de sentiments à vif, à l’image d’un cinéaste qui n’a jamais eu peur de filmer les émotions sans prendre de gants.

- Trois ans plus tard, Jean Becker vient tourner une partie des Enfants du marais, sorti en 1999. Avec Jacques Villeret, Jacques Gamblin, André Dussollier, Michel Serrault et Éric Cantona, le film nous ramène à une France populaire, rurale et généreuse, loin du vacarme des grandes villes. Le tournage s’est déroulé dans plusieurs communes de la région, dont Villefranche-sur-Saône, mais aussi dans l’Ain et en Ardèche. Cinq nominations aux César viendront saluer cette chronique nostalgique, qui rappelle que le bonheur se trouve parfois au bord d’un étang plutôt que dans un appartement avec vue sur la Défense !

- En 2000, Philippe Lioret pose lui aussi ses caméras à Villefranche pour Mademoiselle, avec Sandrine Bonnaire et Jacques Gamblin. Une rencontre entre deux êtres que tout semble éloigner, le temps d’une parenthèse sentimentale. Le tournage s’est déroulé dans plusieurs communes de la région, notamment à Villefranche, mais aussi à Annecy, Chambéry et Aix-les-Bains.

- On retrouve ensuite Gaël Morel avec Prendre le large en 2017, un film porté par Sandrine Bonnaire qui aborde le travail, la délocalisation et les bouleversements personnels. Le cinéaste poursuit son exploration des existences fragilisées, même si les lieux précis de tournage caladois restent à distinguer des autres décors régionaux.

- Autre étape, La Vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc, sorti en 2015. Jean-Pierre Bacri y incarne un homme qui se croit sans intérêt et qui traverse la France pour vendre des brosses à dents. Derrière cette drôle de mission commerciale se cache un voyage intérieur, parfois mélancolique, parfois cocasse, comme Bacri savait si bien les jouer. Le tournage a parcouru plusieurs régions, mais les lieux précis de Villefranche méritent d’être confirmés avant de leur attribuer une scène particulière.

- Enfin, plus récemment, La Pire Mère au monde de Pierre Mazingarbe, avec Muriel Robin et Louise Bourgoin, a fait de Villefranche un décor de cinéma à part entière. Tourné en septembre et octobre 2024, ce premier long-métrage du réalisateur utilise notamment l’Hôtel de Ville : la salle des mariages devient un bureau de procureure et la salle du conseil se transforme en salle d’audience. Les locaux du futur siège de l’agglomération, boulevard Gambetta, servent quant à eux de commissariat. La ville fictive du film prend ainsi les traits de la Calade, et de nombreux habitants ont participé au tournage comme figurants.

- On peut également citer les documentaires Les Glaneurs et la Glaneuse d’Agnès Varda et sa suite Deux ans après, même si les lieux précis à Villefranche doivent être vérifiés pour éviter de confondre une étape du parcours avec un véritable décor de tournage.

Villefranche-sur-Saône n’est donc pas seulement la capitale du Beaujolais : elle est aussi une ville de cinéma, parfois discrète, mais qui a su offrir ses rues, ses bâtiments et ses paysages à des réalisateurs aux univers bien différents. De la comédie de De Broca aux émotions de Gaël Morel, en passant par la tendresse de Jean Becker, la Calade a quelques bobines à défendre.

La Ville est le rendez-vous du Festival des Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais

Et si vous passez dans le coin, entre deux dégustations beaujolaises, ouvrez l’œil : vous pourriez bien reconnaître un décor de film. À condition, bien sûr, de ne pas avoir déjà la tête dans le tonneau !